Dans le cadre de la campagne des élections consulaires, nous donnons la parole aux têtes de liste de la 3e circonscription du Brésil. Corentin Louis se présente pour la liste "Traits-d'Union".


- Pouvez-vous vous présenter en quelques phrases ?
Bonjour à tout le monde ! Merci pour l'invitation. Je m'appelle Corentin Louis et j'utilise le nom social CoCo au Brésil. J'ai 28 ans et je suis une personne trans non-binaire. Doctorant'e, j’ai étudié la philosophie et les beaux-arts à Nantes, où j'ai grandi jusqu'en 2021, date à laquelle j'ai déménagé au Brésil par amour et pour les études.
En France comme au Brésil, j’ai participé à plusieurs projets associatifs, aussi bien culturels que sociaux.
Je me suis particulièrement intéressé’e à la politique française depuis ma vie au Brésil où j'ai pu faire de belles rencontres franco-brésiliennes me permettant de mieux saisir une réalité locale et internationale plus complexe que je ne l'imaginais depuis la France. Cela a fini par se refléter dans ma recherche doctorale au Brésil. Un tel dépaysement a provoqué une étude relationnelle et critique que j'aimerais rapporter dans cette expérience de conseil aux français'es.

- Que représente pour vous la mission principale de conseiller des Français de l'étranger ?
Il s'agit selon moi d'être un contact de confiance entre les personnes françaises et les institutions françaises ici au Brésil. Dans un sens comme dans l'autre. Comprendre les demandes des français'es du Brésil et disponibiliser, en dialogue avec les institutions françaises, les ressources disponibles pour chacun'e.
Il s'agit selon moi d'être un contact de confiance entre les personnes françaises et les institutions françaises ici au Brésil.
Un des axes que j'envisage est la visibilisation de problèmes concrets, notamment bureaucratiques, par lesquels passent nos concitoyen'nes. Trop souvent, les institutions françaises ignorent, par manque de temps, de formation ou d’actualisation, le fonctionnement local brésilien — et quand bien même il ne s'agit pas directement de leur ressort, cela peut impliquer des complications quand des personnes françaises au Brésil veulent travailler avec des institutions françaises. C'est un cas particulier, mais moi-même ainsi que d'autres connaissances ont déjà eu sur ce point quelques difficultés contractuelles parce que les fonctionnaires français’es ignoraient simplement le droit effectif à travailler au Brésil pour une personne française avec un visa temporaire brésilien. Par exemple, ce type de problématique pourrait être plus facilement résolue si l’engagement de l’État français se maintenait à un niveau suffisant, comme cela a déjà pu être le cas lorsque le Conseil Consulaire pour l'Emploi et la Formation Professionnelle (CCEFP) était encore en activité, ou bien si le personnel se voyait offrir une formation spécialisée brésilienne. La culture au Brésil ayant ses différences avec la culture en France, il me semble essentiel de proposer cet enseignement au personnel français avec lequel nous interagissons sur place.
J'estime me situer à la confluence de ces questionnements ; je suis moi aussi une personne française au Brésil — et l’ensemble de cette expression me semble importante à garder à l’esprit. Ma volonté d’articuler politiquement les surgissements de telles questions m’a poussé à cette candidature. Un programme d’union citoyenne, écologiste et populaire doit aussi en passer par ces remises en question décoloniales, c’est-à-dire revoir la manière dont l’État français souhaite exister outre ses frontières avec des perspectives nouvelles.

Préserver un enseignement gratuit et de qualité pour ses concitoyens même en dehors de ses frontières, une aide à la personne, un accompagnement à certaines tâches administratives etc. afin que se puisse bien vivre, font partie des nécessités de chaque personne engagée avec l’État français. Le rôle de conseiller’e intervient pour visibiliser et défendre ces positions.
- Comment avez-vous constitué votre liste ?
Notre liste s'est constituée en partie grâce à un réseau préétabli. La liste Traits d’Union São Paulo & Sud du Brésil termine actuellement son mandat commencé en 2021 (dans un premier temps avec Frédéric Laplace puis avec la co-listière Armelle Champetier) et, par sa présence sur le terrain et sa coopération avec la liste homonyme de la deuxième circonscription du Brésil, a entretenu divers contacts dans tout le pays. Aussi, grâce à une expérience personnelle avec un groupe d’Action Populaire à Brasília, j’ai pu faire quelques contacts qui m’ont aidé à monter une liste qui manquait pour ces élections consulaires 2026 : une liste avec des idées et un programme de gauche, et pour laquelle il ferait sens pour moi de voter.

Notre liste se compose de personnes dont les opinions s’attachent au programme de LFI, EELV ou encore Génération·s en France, de la CISE dans le monde, tout comme à des actions plus locales au Brésil, comme avec la présence parmi nous de Elisabeth Schober dans l’état de Santa Catarina, cheffe d’entreprise et fromagère qui donne notamment des cours de fabrication de fromages à des agriculteurices du MST (Mouvement des Sans Terre) ou encore de Aurélie Honoré, ma colistière, qui participe au projet Gomo Coop (Coopérative de Consommation Participative) à São Paulo. Nous comptons enfin les noms de deux professeureuses, d’un enseignant-chercheur, d’un artiste-plasticien cinéaste et d’une retraitée, le tout avec des personnalités d’âges divers et vivant dans trois des états de la circonscription, recouvrant ainsi diverses catégories souvent mises en question dans ce type d’élection.
- Pourquoi est-il important pour les Français de l’étranger de prendre part à ces élections consulaires ?
Les français’es de l’étranger disposent de nombreux droits — desquels nous ignorons parfois l’existence. Si vous souhaitez connaître vos droits, les conserver et en obtenir d’autres, le rôle de ces élections consulaires est primordial.
Le rôle de conseil aux français’es de l’étranger est un rôle de proximité, local, celui d’une personne qui vit au quotidien une réalité semblable, malgré notre singularité propre, à plus de 8 000 concitoyen’nes (selon les chiffres des personnes inscrites sur la liste de notre troisième circonscription du Brésil). Notre rôle influe directement sur le pouvoir législatif puisque nous faisons partie du collège électoral chargé de désigner les douze sénateurices des français’es de l'étranger ainsi que les conseiller’es à l’Assemblée des Français’es de l’Étranger (AFE).
Une chose que nous partageons toustes, c’est d’être des français’es au Brésil ; ce mandat a selon moi vocation à visibiliser ce statut afin de répondre au mieux aux demandes locales.
Une chose que nous partageons toustes, c’est d’être des français’es au Brésil ; ce mandat a selon moi vocation à visibiliser ce statut afin de répondre au mieux aux demandes locales.
Bourses à l’enseignement, retraites, aides aux personnes en situation de handicap et autres aides exceptionnelles pour les personnes en grande précarité sont quelques uns des devoirs exécutés par le gouvernement français à l’étranger — on peut dès lors imaginer cette liste s’allonger, l’accompagnement par l’État envers ses concitoyens dans le monde se renforcer, le cœur de chacun’e battant aux quatre coins du globe ; ces élections consulaires peuvent donner une voix à ces demandes. Voter permet d’offrir une autre voie possible.
- Quel est selon vous le plus grand défi auquel font face les Français de votre circonscription ?
Les défis sont multiples, et en cinq années vécues au Brésil, j’ai déjà pu en faire les expériences les plus diverses : difficultés bureaucratiques, difficultés de l’accès au marché du travail à l’arrivée sur le territoire brésilien, et une relative sensation d’abandon de la part des institutions françaises. Débureaucratiser l’accès aux aides sociales, faire savoir clairement aux citoyen’nes français’es sur le territoire brésilien leurs droits, l’accès à une éducation de qualité et gratuite, à la santé, sont quelques uns des cheminements pour mieux vivre.
La France pourrait suivre le parcours d’insertion de ses concitoyen’nes au Brésil de plus près, les accompagner et leur permettre dans les plus diverses situations d’entretenir une relation franco-brésilienne à double sens. Offrir l’opportunité à des idées franco-brésiliennes de voir le jour encouragerait un esprit de communauté possible que l’année de l’amitié entre nos deux pays célébrée en 2025 a bien démontré. Nos intérêts sont réciproques !

- Pouvez-vous nous détailler les grands axes de votre programme pour ces élections ?
Notre programme dispose de quelques grands axes que nous préciserons au cours des semaines à venir, en vue de former une communauté stable des français’es établi’es au Brésil :
- Défense de l'inclusion et de la mixité dans nos écoles et lycées français de l’étranger
- Avancer vers la gratuité de l'enseignement et l’amélioration de notre système de bourses ; faciliter l’accès et l’accompagnement pour les personnes en situation de handicap
- Meilleur accès à la sécurité sociale et solidarité accrue pour les français'es les plus vulnérables
- Simplification administrative, meilleure information sur les droits sociaux et défense absolue des droits à a la nationalité française
- Financer par l’État une formation locale pour ses équipes françaises au Brésil afin qu'elles soient préparées de la meilleure manière possible à respecter la situation de ses concitoyen'nes sur place, ce notamment en connaissant mieux la législation migratoire brésilienne lorsque celle-ci concerne ses compatriotes, mais aussi dans de nombreux autres cas différents des cas français (culturels, de genre, ethniques etc)
- Relancer les dispositifs d’accompagnement à l’emploi (CCEFP)
- Soutenir les Alliances françaises, créer un annuaire des acteurices de la culture, permettre des échanges franco-brésiliens entre nos deux pays pour apprendre à mieux se connaître d’un continent à l’autre
- Écologie : plan d’exemplarité pour les institutions françaises, guide des initiatives locales et soutien à des projets STAFE verts
J'aimerais ajouter une précision quant au projet d'impôt national (ou « impôt universel ciblé »), qui pourrait être sujet à débats durant cette campagne et qui, défendu par les groupes de gauche auxquels j'appartiens, vise à lutter contre l'exil fiscal :
- Si vous percevez un revenu annuel inférieur à 230 000 €, vous n'êtes pas concerné'e par ce projet de loi.
- Le Brésil ayant une convention fiscale avec la France, les revenus en question ne sont pas concernés.
- Si vous n'avez pas résidé en France 3 ans ces 10 dernières années, vous n'êtes pas concerné'e.
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