Le séjour de Hans Staden chez les Tupinambá

Par Vincent Bosson | Publié le 01/04/2022 à 11:00 | Mis à jour le 01/04/2022 à 11:00
Photo : couverture du livre de Hans Staden : « Nus, féroces et anthropophages »
couverture du livre de Hans Staden

1554, São Vicente. Après avoir fait naufrage près des côtes paulistes, Hans Staden, un soldat allemand, mercenaire et aventurier, s'engage dans les forces portugaises, qui viennent de fonder le premier village. Pour se protéger des Tupinambá, les Indiens qui peuplent les environs, une poignée d'hommes construisent des fortifications à l'extrémité de l’actuelle île de Guarujá, située sur le littoral pauliste, où Hans Staden se fera capturer par ces derniers.

Promettant de le dévorer pendant un rituel anthropophage, il réussit néanmoins à gagner le respect et la crainte des Indiens. Il sera libéré par des corsaires français, après 9 mois de captivité. À son retour en Europe, il écrit alors son livre épique, connu sous le titre : « Nus, féroces et anthropophages ».

 

Les Français, alliés des Tupinambá

À l'époque où les Européens se disputent les Amériques, les Français sont alliés aux Tupinambá, avec lesquels ils font, notamment, le commerce du pau-brasil, pour en extraire de la teinture rouge. Quant aux Portugais, ils sont alliés aux Tupiniquins, ennemis jurés des Tupinambá.

Ainsi, au cours de son séjour chez les Tupinambá, l'explorateur allemand tente, à maintes reprises, de faire croire à ces ravisseurs qu'il est en réalité Français.

Un premier navire français accoste près du village où se trouve le captif, mais ces derniers décident de le laisser à son sort :

 

Vous n'avez qu'à le tuer et le manger, le scélérat est un véritable portugais, notre ennemi ! Hans Staden fulmine: Fichus français ! Fichus mangeurs de graviola !

Hans Staden ne finira pas dans les assiettes de ses ravisseurs, car, selon la vision des Tupinambá, l'aventurier n'était pas assez valeureux. En effet, lorsqu'un guerrier amérindien était capturé par une autre tribu, se faire farcir la peau des fesses était un véritable honneur. Claude Lévi-Strauss écrivait à ce titre que « Rousseau voyait l'origine de la vie sociale dans le sentiment qui nous pousse à nous identifier à autrui. Après tout, le moyen le plus simple d'identifier autrui à soi-même, c'est encore de le manger ».

 

Paraty et Ubatuba : des noms d’origine tupi-guarani

Uwattibi, le village où a été détenu Hans Staden se situe, d'après les historiens, aux environs de Paraty, à environ une heure en voiture d'Ubatuaba. Ces cités tirent leurs noms du tupi ; Paraty vient du mot « piratyoca » qui désigne une « mer de mulets » et Ubatuba dérive du nom de ce village indien, Uwattibi, qui signifie « nombreux canoës ». Et pour cause, les Tupinambá possédaient une véritable armée de canoës, dont chaque bolide flottant pouvait accueillir jusqu'à 18 rameurs, tous en plumes, peinturlurés, arcs et flèches.

Si les Tupinambá et les Tupiniquin n'existent plus aujourd’hui, quelques tribus guarani se sont à nouveau installées sur le littoral nord de l'État de São Paulo.

Vincent Bosson

Vincent Bosson

Formé en science de l’éducation et en sociologie, Vincent Bosson est photojournaliste installé à São Paulo, correspondant de lepetitjournal.com pour ses éditions au Brésil (Rio de Janeiro et São Paulo).
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