Édition internationale

Cécile Casanova, la littérature comme espace de liberté et de transmission

Professeure de littérature et de théâtre depuis plus de vingt ans dans l'État de Washington, Cécile Casanova n'enseigne pas seulement les textes : elle crée des espaces où la parole circule, où les idées se confrontent et où chacun découvre que sa voix compte. À l'occasion de l'atelier Debout les Femmes ! qu'elle animera le 5 novembre 2026, rencontre avec une humaniste, une passeuse de mots qui croit profondément à la puissance de la transmission, à la sororité et à l'intelligence du collectif. Une femme à suivre absolument.

Cécile Casanova à Paris, été 2026 – Crédit : Judith KannasCécile Casanova à Paris, été 2026 – Crédit : Judith Kannas
Cécile Casanova à Paris, été 2026 – Crédit : Judith Kannas
Écrit par Sylvie Joseph Julien
Publié le 1 novembre 2026

Une vie façonnée par la transmission et les rencontres

Quand on demande à Cécile Casanova ce qui a forgé sa manière d'enseigner, elle ne cite ni un auteur célèbre ni une bibliothèque idéale. Elle répond d'abord par le nom de son professeur de lettres de première : Mireille Grandval. C’est cette enseignante singulière, revenue en France après plusieurs années d’enseignement à l’étranger, qui va changer sa trajectoire. Dans sa salle de classe parisienne, la jeune élève découvre une autre façon de lire. Les textes ne sont plus des objets figés : ils interrogent le monde et embarquent les lycéens dans la grande aventure littéraire, celle de la voix et des idées.

C'est à ce moment-là que j'ai eu envie de devenir professeure de lettres.

D'autres femmes suivront. Françoise Spiess et Nicole Caillon deux enseignantes croisées au début de sa carrière et qui ont lancé Cécile dans son aventure « théâtre ». Lorsqu'elle raconte ces années fondatrices, un mot revient : transmission. Un autre aussi : sororité. Une phrase entendue au bon moment, une confiance accordée alors qu'on doute encore. Son atelier Debout les Femmes ! prolonge à sa manière cette chaîne de transmission féminine. Une façon de rendre ce qu’elle a reçu, portée par une conviction intime : nous nous construisons rarement seules.

Cette idée traverse également son enseignement. Dans ses classes, la littérature n'est pas un musée où l'on admire des œuvres à distance. Elle est un terrain d'exploration où chacun a sa place. Depuis vingt-trois ans à Mercer Island puis à Bellevue, Cécile Casanova invite ses élèves à faire dialoguer leurs expériences avec celles des auteurs. Victor Hugo côtoie les débats contemporains sur la peine de mort. Molière s’affiche comme le fan inconditionnel de la jeunesse. Les textes du XVIIIe siècle résonnent avec les préoccupations du XXIe. Son objectif n'est pas de convaincre. Son objectif est de faire réfléchir.

Je veux que les élèves trouvent dans les textes un espace où ils peuvent se retrouver. 

Cette approche a trouvé un terrain fertile dans le nord-ouest américain. Arrivée en 2003, elle découvre une liberté pédagogique qui transforme sa pratique. En entrant dans les salles de classe des enseignants français de maternelle et d’élémentaire puis dans celles de ses collègues américains au lycée, elle est frappée par la force du collectif et réapprend à enseigner. Elle emprunte certaines méthodes, en adapte

d'autres mais une certitude s’impose, le travail en groupe sera désormais au cœur de sa pédagogie. Elle multiplie les projets et les expérimentations. Peu à peu, son enseignement devient un laboratoire où les élèves lisent et écrivent ensemble, bien sûr, mais pensent, débattent, jouent et créent aussi. La routine n'existe pas dans les cours de Cécile Casanova. Et ses élèves le savent.

La littérature pour comprendre le monde et se raconter ensemble

C’est également en dehors de la salle de classe que Cécile Casanova fait vivre la littérature. En 2016, lors du premier mandat de Donald Trump, elle ne peut pas voter aux États-Unis. Impossible pourtant d’être seulement spectatrice, alors elle écrit. Non pas pour commenter l'actualité, mais pour la saisir à travers le prisme de la littérature. Chaque texte associe réflexion politique et référence littéraire. Chaque publication documente le réel et tente de comprendre ce qui se joue (à lire les chroniques de Cécile Casanova publiées dans la revue Vacarme).

La seule chose que je pouvais faire, c'était écrire.

Écrire pour dire le monde et former ces jeunes citoyens en devenir : deux démarches qui répondent à une même nécessité. Ouvrir des chemins pour accéder au réel. Car les mots peuvent éclairer autant qu'ils peuvent manipuler. Il faut donc savoir les lire, les questionner, les décrypter pour écrire et penser librement, sans entrave.

Alors, dans ses cours, elle veille à ce que chacun puisse s'exprimer. Elle crée des temps de parole pendant lesquels les élèves discutent, partagent leurs expériences et confrontent leurs points de vue. Ils apprennent à écouter autant qu’à parler. Ils découvrent le plaisir de converser sans craindre le jugement ni l’évaluation. Surtout, ils comprennent que leur voix a de la valeur.

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Debout les Femmes !
Debout les Femmes !

Debout les Femmes !

C’est avec cette même idée que Cécile animera l'atelier Debout les Femmes ! programmé le 5 novembre prochain à International School, à Bellevue. L'idée est simple : réunir des femmes d'horizons variés autour de textes, de musique, d'écriture et d'échanges, dans un cadre bienveillant.

L’atelier s'articulera autour de plusieurs temps. En ouverture l’écoute d’une dizaine de chansons pour lancer la machine à penser. Puis des échanges collectifs pour faire résonner les expériences. Enfin une création commune où chacune contribuera à une œuvre collective. Cécile imagine déjà les mots choisis et les échos entre les participantes. Être femme, vivre loin de son pays d'origine et apprendre à se définir entre plusieurs cultures, plusieurs langues, plusieurs appartenances, voilà peut-être une réalité commune à toutes.

Nos expériences résonnent les unes avec les autres.

Cette résonance constitue sans doute la matrice du projet. Il ne s'agira pas de produire un texte parfait, ni de chercher à être la meilleure élève de l’atelier. Bien au contraire : il s’agira de se faire confiance et de croire à l’entrelacement de nos expériences.

Pour expliquer sa démarche, Cécile Casanova raconte souvent une histoire savoureuse : celle de la tarte Tatin. La légende raconte qu'elle serait née d'une erreur de cuisine. Un oubli devenu une recette. Pour elle, la création collective fonctionne exactement de la même manière. Une parole inattendue ou une erreur peuvent être à l’origine de petites fulgurances. Avec Debout les Femmes ! Il n'y aura pas de bonne ou de mauvaise façon d'écrire. Pas de note finale, ni de stylo rouge. Juste des femmes réunies pour se faire entendre et écouter. Des femmes qui liront, écriront, réfléchiront et créeront ensemble.

Elles découvriront peut-être qu’elles savent écrire et peuvent trouver leur voix. Elles repartiront, comme l’espère Cécile Casanova, avec l’envie et l’assurance de partager ce qu’elles portent en elles. Les plus belles créations naissent parfois d'une simple erreur, comme une pâte oubliée pour une tarte et que l’on dépose délicatement après coup. Ou comme une parole que l'on n'osait pas prononcer et qui, elle aussi, finit par se déposer sur le papier et trouver sa place.

L’atelier Debout les Femmes ! est programmé dans le cadre du projet Portraits de Femmes©.

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