À la French American School of Puget Sound, Déborah Worrall incarne cette énergie douce et déterminée qui transforme une école en lieu de vie. De Paris à Seattle, de la littérature jeunesse aux résidences d’artistes, elle raconte un parcours où l’émotion, l’art et les enfants tiennent la première place.


De Paris aux États-Unis, une vocation qui s’affine
Quand Déborah Worrall évoque son parcours, elle le fait avec cette franchise lumineuse qui donne envie de la suivre. Avant de devenir enseignante, elle travaillait dans l’événementiel, au cœur de grandes réceptions parisiennes. Un univers élégant, mais loin de ce qu’elle cherchait vraiment.
J’ai décidé de me tourner vers ce dont j’avais toujours rêvé, un métier humain.
Cette phrase de Déborah résume tout, ce virage assumé, presque une évidence. « J’ai décidé de me tourner vers ce dont j’avais toujours rêvé, un métier humain », confie-t-elle. Elle passe le concours de professeur des écoles, persuadée qu’elle ne mettrait jamais les pieds en maternelle. Et pourtant, un premier stage change tout. Elle tombe littéralement amoureuse de cet âge où les enfants vivent chaque émotion comme une découverte neuve. « Je suis devenue une inconditionnelle de la maternelle », dit-elle en riant. On la croit sans hésiter.
Son lien à l’art, lui, remonte à l’enfance. Petite, elle arpentait les musées parisiens avec une vraie fascination. Elle se souvient de ces tableaux qui la bouleversaient sans qu’elle puisse expliquer pourquoi. « Comment est-il possible de faire des choses si belles et qui nous touchent autant ? » Cette question ne l’a jamais vraiment quittée. Le musée d’Orsay reste son refuge, son rituel parisien. Elle y retourne comme on rend visite à une vieille amie.
L’arrivée aux États-Unis, elle, se fait presque par hasard. Son mari, américain, obtient un poste à Seattle, et elle contacte les écoles accréditées de la région. FASPS répond. Elle y enseigne trois ans en grande section, avant de devenir directrice des admissions. Elle adore ce rôle, surtout parce qu’il lui permet de présenter la maternelle française à des familles qui n’en connaissent rien. Une mission qu’elle mène avec un enthousiasme contagieux.
Puis, en 2024, elle revient à ses premières amours : la direction de la maternelle. « C’est vraiment ce que j’aime le plus », dit-elle simplement. Et tout, dans sa manière de parler, confirme que c’est là qu’elle est à sa place.

L’art comme langage, les enfants comme public idéal
Déborah parle de littérature jeunesse avec émotion. Elle raconte ces moments où, en lisant une histoire aux enfants, elle doit s’arrêter parce que les larmes montent. « Je pleure parce que je vous regarde », leur dit-elle parfois, incapable de cacher ce qu’elle ressent. Elle décrit leurs visages concentrés, leurs peurs soudaines, leurs sourires suspendus. Pour elle, ces instants sont « peut-être les plus beaux moments de ma vie en tant qu’enseignante ».
Elle a vu des enfants agités, anxieux, incapables de rester assis, se transformer dès qu’un livre s’ouvre. Le pouvoir du dessin, de l’image, de la narration, elle le connaît si bien. Elle l’a observé dans des classes en France, notamment en ZEP, où la littérature jeunesse n’était pas toujours présente à la maison. Elle l’a vu à Seattle, où beaucoup d’élèves n’ont pas de français dans leur quotidien. Le livre devient alors un pont, un espace où la langue se vit autrement.
C’est le moment où l’objet devient une œuvre d’art !
Les rencontres avec des auteurs ont aussi marqué son parcours. Elle se souvient du salon de littérature jeunesse d’Eaubonne, où elle découvre pour la première fois le travail minutieux des illustrateurs et des écrivains. Voir ces artistes créer devant les enfants, c’est pour elle une révélation. « C’est le moment où l’objet devient une œuvre d’art », explique-t-elle.
C’est cette conviction qui l’a menée à imaginer une résidence d’artiste à FASPS. Longtemps, elle pensait qu’il fallait un grand espace, un lieu d’exposition spectaculaire. Puis elle comprend grâce à un partenariat avec une agence du Nord-Ouest américain que l’essentiel n’est pas là. L’essentiel, c’est la rencontre, la création et le partage.
La première résidence, menée avec l'artiste mexicano-canadienne Cara Carmina, ouvre une page nouvelle pour l’école. Un projet pluridisciplinaire, mêlant illustration, écriture, et culture hispanophone. Une aventure qui traverse les classes, du primaire au collège.
Cara Carmina, l’art de mettre des étoiles dans les yeux
Et comme Déborah n’aime pas faire les choses à moitié, une deuxième résidence suivra, cette fois musicale, avec un artiste suisse. Deux univers, deux sensibilités, deux façons de montrer aux élèves que la francophonie est vaste, vivante, multiple.
Elle sourit en évoquant cette année qui s’annonce riche. On sent qu’elle imagine déjà les enfants, leurs yeux grands ouverts, leurs questions, leurs émotions. Et on se dit que l’art n’aurait pas pu trouver meilleure ambassadrice.
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