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« Her Song » : Kalki Koechlin, la star Française du cinéma indien, tourne enfin en français

Star du cinéma indien, née à Pondichéry de parents français, Kalki Koechlin joue pour la première fois en français dans Her Song, une comédie dramatique tendre tournée dans un village des Pyrénées, avec James Ivory à la production exécutive. Elle y incarne une romancière new-yorkaise partie sur les traces de sa grand-mère, un rôle qui lui ressemble beaucoup. Rencontre avec une actrice chaleureuse et pleine d'humour, avant les projections de Palo Alto et de San Francisco.

Kalki Koechlin dans Her Song, film franco américain dans le course aux OscarsKalki Koechlin dans Her Song, film franco américain dans le course aux Oscars

 

Kalki Koechlin, née à Pondichéry de parents venus d'Angers

Kalki Koechlin voit le jour le 10 janvier 1984 à Pondichéry, l'ancien comptoir français de la côte est de l'Inde. Ses parents, Joël Koechlin et Françoise Armandie, sont originaires d'Angers. Arrivés en Inde dans les années 1970, en quête de spiritualité et dans le sillage du maître Sri Aurobindo, ils s'installent d'abord à Auroville, près de Pondichéry.

La famille part ensuite pour Kallatty, un village proche d'Ooty, dans les montagnes du Tamil Nadu. Son père, Joël, a fondé en 1980 Raj Hamsa, une entreprise indienne de deltaplanes et d'ULM. Kalki grandit donc au milieu des ailes et des moteurs. De 6 à 18 ans, elle est pensionnaire à la Hebron School d'Ooty.

La France, elle ne la connaît alors que de loin. Elle n'y a jamais vécu, et enfant, elle n'y est venue que deux fois, à 9 et à 13 ans, pour voir ses grands-parents. Quand on lui demande d'où elle se sent, la réponse est sans détour :

« Je me sens plutôt indienne. C'est là-bas que j'ai mes amis, ma famille, et surtout tous mes souvenirs. »

 

Le français, la langue de la maison (et des dictées)

Le français, elle le doit à sa mère, qui tenait à lui parler dans sa langue. Et pas seulement à l'oral : la petite Kalki avait droit à ses dictées.

« Elle était très stricte, je m'en souviens. Mais maintenant, je suis contente qu'elle l'ait fait. »

Les parents expatriés de la Bay Area, qui négocient chaque soir un quart d'heure de français avec des enfants répondant en anglais, apprécieront. La persévérance finit par payer. Parfois trente ans plus tard, sur un plateau de cinéma.

 

Une descendante de Maurice Koechlin, l'homme qui a imaginé la tour Eiffel

Son nom de famille, lui, est inscrit dans l'histoire de Paris. Kalki Koechlin descend de Maurice Koechlin, ingénieur né en 1856 à Buhl, en Alsace. Entré en 1879 dans l'entreprise de Gustave Eiffel, c'est lui qui, en 1884, avec son collègue Émile Nouguier, imagine une tour de 300 mètres pour l'Exposition universelle de 1889, et en dessine la première esquisse. Eiffel adopte le projet, et la suite est connue.

Clin d'œil pour les lecteurs installés aux États-Unis : Maurice Koechlin a aussi travaillé sur l'armature métallique de la statue de la Liberté, à New York.

C'est sa mère, passionnée de généalogie, qui a retrouvé cet aïeul dans un livre de famille. Kalki, elle, en rit volontiers :

« Ça ne me donne pas de réduction quand je vais à la tour Eiffel ! Ils ne me reconnaissent pas. »

 

De Londres à Bollywood, une actrice qui sort des sentiers battus

À 18 ans, Kalki Koechlin part étudier le théâtre à Londres, au Goldsmiths College, dont elle sort diplômée en 2005. Elle s'installe ensuite à Mumbai et se fait connaître en 2009 avec Dev.D, qui lui vaut le Filmfare Award de la meilleure actrice dans un second rôle, l'un des prix les plus prestigieux du cinéma indien.

Suivent Zindagi Na Milegi Dobara (2011), puis Margarita with a Straw (2015), récompensé pour elle d'un National Film Award (prix spécial du jury). Le grand public la retrouve ensuite dans Gully Boy (2019) et dans les séries Made in Heaven et Sacred Games. En 2018, la France la fait chevalier dans l'ordre des Arts et des Lettres pour sa contribution aux liens franco-indiens dans le cinéma.

Une Européenne devenue star en hindi, ce n'était pas gagné d'avance. En 2013, le site The Local rapportait la formule par laquelle elle résume son identité : la peau blanche, mais le cœur indien. Elle est aussi l'autrice de The Elephant in the Womb (Penguin, 2021), un livre illustré sur la grossesse et la maternité, publié après la naissance de sa fille en 2020.

 

« Her Song » : une romancière new-yorkaise dans un village des Pyrénées

Her Song est le premier long métrage de l'Américain John M. Keller, qui l'a écrit et réalisé. À la production, deux Françaises installées à New York, l'actrice Eléa Clair et Marine Assaiante. À la production exécutive, un nom qui parle aux cinéphiles : James Ivory, le réalisateur de Chambre avec vue, oscarisé en 2018 pour le scénario de Call Me by Your Name. Détail qui fera sourire nos lecteurs : il est né à Berkeley, en 1928.

L'histoire ? Olivia, romancière new-yorkaise aux racines françaises, revient dans le village des Pyrénées où sa grand-mère avait trouvé refuge après avoir fui Paris pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle compte y écrire le roman de cette grand-mère. Mais l'inspiration ne vient pas, la pandémie de Covid-19 arrive, et son mari, Dave (Zach Grenier), ne peut pas la rejoindre. Olivia se prend alors de fascination pour Madeline (Eléa Clair), une artiste du village, dont elle glisse peu à peu la vie dans son livre. Sans le lui dire.

Le passé de la grand-mère, le roman et le présent finissent par se répondre. D'où le slogan du film, History is a lazy plagiarist : l'histoire est une plagiaire paresseuse.

Le film a été tourné en cinq semaines, à l'été 2024, avec un budget serré, en partie réuni grâce au financement participatif. Le décor : un petit village des Pyrénées d'environ 80 habitants, selon l'actrice, dont presque tous apparaissent à l'écran. Le tournage a commencé de façon rocambolesque pour Kalki : ses bagages perdus, elle a passé les trois premiers jours dans les vêtements d'Eléa Clair, par une dizaine de degrés. Quand sa valise est enfin arrivée, il faisait 30 °C.

La première mondiale a eu lieu en ouverture du festival Cinequest de San Jose, le 10 mars 2026, devant un public attentif et réceptif.

« Her Song » enchante San Jose et les Pyrénées font chavirer les cœurs américains

 

Olivia, un rôle en miroir pour Kalki Koechlin

Her Song est le premier film que Kalki Koechlin tourne en français. Et John M. Keller ne lui a pas facilité la tâche : il lui a demandé de parler français avec un accent américain, une mission qu'il qualifiait lui-même de presque impossible. Face au texte, traduit par Eléa Clair, elle a d'abord eu peur, puis trouvé sa propre version, « plus proche du français que je parle, avec plein de petites fautes et avec l'accent ».

Pour les mots difficiles, elle s'est entraînée avec un stylo dans la bouche. Pour l'accent, elle a observé les Américains de l'équipe, leur façon de parler, mais aussi de bouger.

« Un accent, c'est dans tout le corps, pas seulement dans la bouche. »

Jouer en français a aussi réveillé quelque chose de plus intime. Pour elle, ce n'est pas une langue comme les autres :

« Je suis très émotionnelle en français. C'est la langue dans laquelle je me suis disputée avec mes parents, dans laquelle j'ai entendu mes parents se disputer. C'est passionnel. »

Surtout, le rôle tombait au bon moment. Quand le scénario est arrivé, sa fille avait un an, et Kalki menait sa propre enquête familiale, interrogeant ses parents, cherchant à joindre des proches perdus de vue.

« Quand on a un enfant, on devient beaucoup plus curieux de son passé. J'étais vraiment dans la soupe du passé. Et en lisant le scénario, je me suis dit : mais c'est exactement ce qui se passe dans ma vie ! »

Olivia est une Américaine qui part chercher la France de sa grand-mère. Kalki, une Indienne de cœur qui a appris le français à la maison. Le miroir n'est pas parfait, mais il fonctionne. Et quand on lui demande pourquoi les francophones devraient aller voir le film, elle cite d'abord les paysages : « Vous n'avez aucune idée de la beauté que vous avez en France. »

 

Un film indépendant dans la course aux Oscars 2027

Financé en partie par le public, Her Song fait désormais partie, selon le site indien Bollywood Hungama, des films qui remplissent les conditions pour concourir aux Oscars 2027. Il est sorti en salles à Los Angeles le 16 octobre, au Laemmle Town Center 5 d'Encino, et sera à l'affiche à New York, au Cinema Village, à partir du 6 novembre. Une tournée américaine, en partenariat avec PIAFF, passe par la Bay Area cette semaine.

 

Où voir « Her Song » dans la Bay Area

  • Lundi 19 octobre 2026 : Landmark Aquarius Theatre, à Palo Alto. Billets sur PIAFF.
  • Mardi 20 octobre 2026 à 18 h : Alliance Française de San Francisco, 1345 Bush Street. Projection  en présence de Paul Salvaire, consul général adjoint, suivie d'une rencontre avec Eléa Clair et Julien Jacob, puis d'un cocktail. . Réservations sur le site de l'Alliance Française.
  • Berkeley : une projection est annoncée prochainement, dates à suivre sur le site de PIAFF.
  • New York, Denver, Atlanta, Seattle, Boston

Her Song, de John M. Keller, avec Kalki Koechlin, Eléa Clair, Julien Jacob, Zach Grenier et Marie-Christine Adam. 1 h 45. En français, en anglais et en portugais. 

 

 

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