À Maple J Villa, l’arrivée de Cara Carmina en résidence ressemble déjà à une petite secousse poétique. L’artiste mexicano‑canadienne, connue pour ses personnages aux yeux étoilés, partage avec nous son parcours, ses influences et sa vision de la transmission artistique. Une rencontre où la couleur, la tendresse et l’énergie mexicaine débordent joyeusement du cadre.


Le chemin d’une artiste qui a suivi les signes
Cara Carmina raconte son histoire comme on déroule une bobine de fil, ce fil qui relie une petite fille mexicaine fascinée par les illustrations des contes d’Andersen à une artiste reconnue au Québec. Elle se souvient encore de l’émotion ressentie devant la couverture d’un vieux livre retrouvé, exactement le même que celui qu’elle feuilletait enfant. Cette trouvaille l’a touchée au point de lui donner des frissons, comme si son destin lui faisait un clin d’œil.
Son parcours n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. Cara ne termine pas ses études universitaires au Mexique. Son professeur de dessin la fait échouer, et, c'est alors qu'elle décide de partir à New York comme jeune fille au pair. Là, dans une maison où les étagères croulent sous les albums jeunesse, elle découvre que la littérature pour enfants n’est pas seulement un plaisir : elle a trouvé sa vocation. Elle ouvre alors un blog, cherche un nom et choisit celui qui deviendra plus tard son identité artistique, Cara Carmina, nom inspiré de l’italien, et choisi en référence au rouge des coccinelles, son animal fétiche.
Cara rit en racontant que, dans le reality show artistique 'Canadienne' : CBC Crash Gallery auquel elle participe en 2017, on l’appelait par son nom civil. Mais, ensuite, personne ne faisait plus le lien avec l'artiste Cara Carmina ! C'est ce qui l’a convaincue d'utiliser systématiquement et uniquement son nom d’artiste, celui qu’elle a choisi et qu'elle porte désormais avec fierté.
Un univers nourri de cultures et de couleurs
Quand Cara Carmina parle du Mexique, son visage s’illumine comme ses personnages. Sa maison à Montréal est un petit musée d’artisanat : tapis tissés à Oaxaca, broderies éclatantes, alebrijes sculptés et peints à la main. On y compte également quantité de plantes. Cara raconte qu’elle a besoin de tous ces objets et végétaux comme d’une respiration, une manière de garder avec elle la chaleur et la poésie de son pays d’origine.
Elle revendique aussi son amour profond pour l’Italie, pays qu’elle décrit avec un enthousiasme contagieux, ainsi que son attachement au Québec où elle vit depuis 2009. Cette mosaïque culturelle se retrouve dans ses dessins, dans ses couleurs franches, dans sa manière de mêler douceur littéraire et énergie mexicaine.
Les enfants sourient tous dans la même langue.
Ses personnages portent des valeurs fortes : la gentillesse, l’estime de soi, la joie. Elle travaille actuellement sur un album mettant en scène un lapin joueur de basket-ball en fauteuil roulant, parce que pour elle, chaque enfant doit se sentir capable, peu importe son histoire, sa langue ou ses défis. Elle le dit simplement : « les livres sont des petites graines qui poussent dans le cœur des enfants et les accompagnent jusqu’à l’âge adulte. Les enfants sourient tous dans la même langue. »

En résidence à Maple J Villa, un terrain d’expérimentation et d’émotions
Pour sa résidence à Maple J Villa, Cara Carmina arrive avec des attentes humaines, artistiques et pédagogiques. Elle confie que travailler seule peut parfois peser, et que partager du temps avec une autre créatrice est un cadeau. Elle parle de cette résidence comme d’une chance immense, une reconnaissance de son travail et de son engagement auprès des enfants.
Elle a hâte de voir si sa magie fonctionne aussi bien en dehors du Québec. Elle le dit avec humour : c’est un test grandeur nature. Elle pourra ainsi constater par elle-même si sa magie fonctionne au-delà des frontières. Les interventions prévues à la French American School of Puget Sound seront l’occasion de vérifier cette théorie, tout comme la projection du film d’animation Hola Frida! à l’Alliance Française de Seattle le 10 octobre, un moment qu’elle attend avec une émotion particulière.

L’exposition en hommage à l'actrice et autrice Sophie Faucher, qui l’a accompagnée dans ses débuts, ajoute une dimension intime à cette résidence. Cara raconte, avec nostalgie, comment Sophie a découvert ses poupées Frida lors d'une exposition à Québec, au Musée national des beaux-arts du Québec, puis lui a proposé de collaborer sur un album jeunesse au beau milieu d'un marché de Noël. Pour Cara Carmina, cette exposition est une manière de dire MERCI ! et de célébrer une femme qui a cru en elle dès le début. Cette exposition est organisée dans le cadre de l'initiative Portraits de Femmes©.
Cara Carmina devrait repartir de la résidence d'artiste Maple J Villa avec ce qu’elle appelle « les choses importantes » : des sourires, des rencontres, des enfants qui plongent dans ses couleurs comme dans une grande couverture chaude. Et peut‑être aussi quelques étoiles supplémentaires dans les yeux.
Sur le même sujet

















