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Après l’enlèvement de son fils au Kazakhstan, le combat et l’espoir de Guillaume Garreau

En mars 2024, Maximilien, 2 ans, est parti au Kazakhstan avec sa mère pour un séjour de deux semaines autorisé par la justice. Elle ne l'a jamais ramené. Les tribunaux américains et kazakhs ont donné raison à son père, Guillaume Garreau, ingénieur franco-américain de la Silicon Valley, mais l'enfant n'a toujours pas été rendu. Depuis plus de deux ans, il se bat pour son retour. Privé de tout contact avec lui, il continue de préparer leurs retrouvailles, pour que son fils sache un jour qu'il n'a jamais cessé de penser à lui. Rencontre avec un père qui refuse de baisser les bras.

Guillaume Garreau et son fils Maximilien - Crédit : Guillaume GarreauGuillaume Garreau et son fils Maximilien - Crédit : Guillaume Garreau
Guillaume Garreau et son fils Maximilien - Photo fournie par Guillaume Garreau
Écrit par Anne-Lorraine Bahi
Publié le 26 octobre 2026

Dans le logement de Guillaume Garreau, une chambre reste vide depuis plus de deux ans : celle de Maximilien. Cet ingénieur de 40 ans, né à Cholet et élevé dans les Deux-Sèvres, est arrivé en Californie en 2016 pour rejoindre IBM, où il a été chercheur en intelligence artificielle. Son fils est né le 9 septembre 2021. Il ne l’a pas revu en personne depuis plus de deux ans et demi.

En mai 2025, Le Petit Journal San Francisco consacrait un premier article à son « combat solitaire ». L’entretien qu’il nous a accordé le 2 septembre 2026 porte sur ce qu’il fait pour Maximilien et sur ceux qui l’entourent aujourd’hui. « Beaucoup de gens me demandent pourquoi je ne suis pas en train de boire et de me noyer dans mon chagrin. Ce n’est pas ma personnalité. Ce que je veux, c’est mettre mon temps et mon énergie dans quelque chose de positif. »

Le combat solitaire de Guillaume Garreau pour retrouver son fils enlevé au Kazakhstan

 

Maximilien, enlevé au Kazakhstan en mars 2024

Guillaume Garreau et la mère de Maximilien se sont séparés en février 2023. La justice californienne a ensuite autorisé un séjour de l’enfant au Kazakhstan, du 16 au 30 mars 2024, à l’occasion de Nauryz, le Nouvel An célébré en Asie centrale. La mère n’a pas ramené l’enfant à la date prévue et, fin mars 2024, elle a rompu tout contact avec le père. Ce non-retour constitue un enlèvement parental : aux États-Unis, un mandat d’arrêt a été émis contre elle à ce titre. Selon Guillaume Garreau, elle est également recherchée par Interpol, où Maximilien est signalé comme disparu.

Les décisions de justice se sont ensuite succédé. La justice californienne a reconnu au père la garde de son fils. Au Kazakhstan, le tribunal pour mineurs d’Almaty a statué dans le même sens le 4 novembre 2024, décision confirmée par la Cour de cassation kazakhe en septembre 2025. Guillaume Garreau indique aussi avoir obtenu l’annulation du titre de séjour de la mère au Kazakhstan, assortie d’une décision d’expulsion. La mère de l’enfant ne s’est pas exprimée dans la presse.

Malgré ces décisions, Maximilien n’a toujours pas été rendu à son père. Pour les faire valoir, Guillaume Garreau a engagé un avocat à Almaty, multiplié les séjours au Kazakhstan et ouvert une cagnotte en ligne pour l'aider à couvrir les frais liés à cet enlèvement parental.

 

Le voyage de juillet 2026

Cet été, Guillaume Garreau a cru toucher au but. Selon son récit, après une lettre qu’il avait adressée à la Maison-Blanche, le consulat des États-Unis à Almaty a organisé, vers le 20 juillet 2026, une réunion avec la police et le procureur du district où l’enfant se trouverait. La police s’y est engagée à retrouver Maximilien dans les dix jours. Deux jours plus tard, elle a transmis au père une photo de son fils, prise dans un magasin avec sa mère et sa grand-mère, et lui a demandé de venir au Kazakhstan.

Guillaume Garreau a aussitôt pris un billet et annoncé son arrivée pour le vendredi 24 juillet, à 23 heures. Ce soir-là, vers 20 heures, la mère et l’enfant ont été conduits au commissariat. Deux heures avant d’atterrir, il a reçu une photo d’eux deux, prise sur place. « Pour moi, c’était terminé, le cauchemar était terminé. Dans deux heures au maximum, il serait dans mes bras, et dans trois ou quatre jours, nous serions rentrés en Californie. » À 22 h 30, une demi-heure avant que son avion ne se pose, la mère et l'enfant sont ressortis libres du commissariat. 

Dans les semaines qui ont suivi, les promesses se sont succédé : son fils lui serait rendu « dans quarante-huit heures », puis « dans dix jours », puis « lundi ». Cinq semaines plus tard, Guillaume Garreau est rentré seul en Californie.

Le soir du 24 juillet, la mère de l’enfant était pourtant visée par un mandat d’arrêt aux États-Unis et par une décision d’expulsion au Kazakhstan, et les tribunaux des deux pays avaient confié la garde de Maximilien à son père. « J’ai douze décisions de justice différentes, onze en ma faveur, une qui a considéré comme irrecevable, et pas une seule n’est appliquée », résume-t-il. Il en tire une conclusion amère : « Au final, un enfant ne pèse pas lourd face à des accords commerciaux qui se chiffrent en dizaines de milliards de dollars. C’est la réalité de notre monde. »

 

Une adresse électronique ouverte pour Maximilien dès sa naissance

Il aura dix ou douze années de courriels de son papa, écrits au jour le jour

Pendant ce temps, il consacre une large part de son énergie à ce qui le relie à son fils. À la naissance de Maximilien, il avait créé une adresse électronique à son nom. Il y envoie depuis des messages et des photos, afin que l’enfant puisse les lire le jour où il disposera de sa propre messagerie. « Il aura dix ou douze années de courriels de son papa, écrits au jour le jour », dit-il.

Certains messages tiennent en quelques lignes. D’autres sont accompagnés de photos prises pendant les vacances en France, pour que Maximilien connaisse les visages de ses cousins, de ses oncles et de ses tantes. Guillaume Garreau reconnaît écrire moins souvent qu’au début, mais il n’a jamais cessé.

 

« Around The World For My Son », trois livres écrits pour son fils

L’écriture a pris une autre ampleur en 2025. Le premier livre, Around The World For My Son: Love Letters – A Memoir, a paru le 12 septembre 2025, trois jours après le quatrième anniversaire de Maximilien, pour qui il a été écrit. Sa traduction française, Autour du monde pour mon fils : Lettres à mon fils – Un mémoire, existe en version brochée.

Deux autres titres ont suivi en avril 2026. Dans Around the World for My Son: Part Two, il raconte sa rencontre avec la mère de l’enfant et les raisons de leur séparation. Around The World For My Son: A Spy Novel est un roman d’espionnage largement inspiré de son histoire, également publié en allemand sous le titre Um die Welt für meinen Sohn. D’autres livres sont en projet.

« Quand il rentrera, il aura quelque chose de tangible », dit Guillaume Garreau, qui veut que son fils puisse y lire, un jour, qu’il n’a jamais été abandonné.

Publiés en autoédition, les livres sont référencés sur IngramSpark, la plateforme de distribution utilisée par les librairies américaines pour passer leurs commandes. Leur auteur a aussi fait le tour des librairies de sa région pour y déposer des exemplaires gratuits, chez Barnes & Noble comme chez de petits libraires indépendants, afin de faire connaître l’histoire de Maximilien.

 

Un court-métrage au Cole Valley Nights Short Film Fest de San Francisco

 

 

Le premier livre a inspiré un film de trois minutes, Around The World For My Son, tourné avec un ami de Chypre, pays où Guillaume Garreau a préparé sa thèse. Mis en ligne sur YouTube le 9 mai 2026, il a été sélectionné pour la première édition du Cole Valley Nights Short Film Fest, organisée le 21 mai 2026 sur Cole Street, entre Carl Street et Parnassus Avenue, par l’association des commerçants du quartier. Le festival n’acceptait que des films de trois minutes au plus. « C’était assez émouvant de voir la vidéo sur grand écran, avec peut-être 150 ou 200 personnes devant », raconte-t-il.

Le roman d’espionnage existe par ailleurs en livre audio, en anglais, accessible gratuitement sur sa chaîne YouTube. Selon son auteur, il est également diffusé sur Spotify et sur d’autres plateformes.

 

Un congé paternité négocié « comme pour une adoption »

Guillaume Garreau sait que l’enfant qu’il retrouvera ne sera plus celui qui est parti. Il sait aussi que depuis que les liens ont été rompu, Maximilien ignore l'existence de son père. En 2025, alors qu’un retour semblait proche, il a demandé à son employeur de l’époque un second congé paternité. Il a fait valoir qu’il devrait s’occuper seul d’un enfant qui, après plus d’un an de séparation, ne parlait plus la même langue que lui. L’entreprise accordait déjà ce congé en cas d’adoption ; elle a accepté de l’appliquer à sa situation.

« Ce sera littéralement comme adopter un enfant avec qui je ne parlerai pas la langue. »

Maximilien n’est pas encore rentré, mais son père envisage ce retour de la même manière. Il s’attend à ce qu’il faille du temps pour retrouver leurs habitudes, et la priorité ira alors à la scolarité de son fils et à l’accompagnement dont celui-ci aura besoin.

 

Des amis, un avocat et des donateurs à ses côtés

Il peut compter sur son entourage. « J’ai beaucoup de chance : j’ai de très bons amis ici, en Californie », dit-il, évoquant une aide morale autant que financière.  La cagnotte ouverte sur GoFundMe en mars 2025 réunissait, au 23 octobre 2026, 144 dons pour un total de plus de 18 500 dollars.

Au Kazakhstan, il travaille depuis plus de deux ans avec le même avocat, Abzal Kasymzhanov, membre du barreau d’Almaty. Il l’a choisi notamment parce que celui-ci, qui a fait une partie de ses études en Angleterre, parle couramment anglais, ce qui leur permet de travailler sans interprète. Il s’estime chanceux d’être tombé sur lui.

 

Washington et Paris attentifs au dossier

Le dossier mobilise aussi les autorités. Du côté américain, deux enquêteurs du bureau du procureur de San Francisco (District Attorney) ont accompagné Guillaume Garreau lors d’un déplacement à Almaty. Pendant son séjour de l’été 2026, il a eu plusieurs réunions avec le consulat des États-Unis à Almaty et a été reçu à l’ambassade des États-Unis à Astana, en présence de l’attachée juridique du FBI (Federal Bureau of Investigation). Son avocat kazakh, Abzal Kasymzhanov, a rendez-vous le mardi 27 octobre avec l’ambassade des États-Unis à Astana, afin d’obtenir, avec son appui, une rencontre avec le ministre de l’Intérieur et avec les services du président kazakh. Guillaume Garreau attend beaucoup de cette rencontre.

Côté français, Anne-Sophie Français, conseillère des Français de l’étranger pour l’Asie centrale, l’a aidé à obtenir des rendez-vous à l’ambassade de France au Kazakhstan et prend régulièrement de ses nouvelles. Le consul général de France à Almaty lui a assuré, rapporte-t-il, que « Paris suit de très près l’affaire ».

« J’ai un caractère très optimiste. Je cherche toujours de nouvelles opportunités. »

Le message d’un père à son fils

Maximilien a eu 5 ans le 9 septembre 2026, une semaine après notre entretien. À la question de ce qu’il voudrait que son fils lise un jour, Guillaume Garreau répond : « C’est simple : je l’aime, je pense à lui tous les jours et je fais tout ce que je peux pour qu’on se revoie très vite. »

Il pense aussi aux livres et aux messages qui attendent son fils : « Il aura ce cadeau : des livres, et une adresse électronique qui contiendra déjà plein de messages de son papa. »

 

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