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Anitta, nouvelle "Girl from Rio"

Par Céline Crespy | Publié le 19/03/2021 à 03:14 | Mis à jour le 19/03/2021 à 11:00
Photo : Joel Rodrigues/ Agência Brasilia (Flickr)
Anitta Rio

Larissa Machado, née dans un quartier populaire de Rio (Honório Gurgel), qui jouxte une favela, est aujourd’hui connue, bien au-delà des frontières du Brésil, sous son nom d’artiste, Anitta. Retour sur son parcours hors du commun et ses engagements, avant la sortie de son 5e album: “Girl from Rio“.

Enfant d’un quartier défavorisé où la religion tient une place importante, c’est tout naturellement que la petite Larissa commence à chanter à l’église. Alors qu’elle n’a que 17 ans, un producteur la repère grâce à une vidéo postée sur YouTube. Ce début de carrière marque également le point de départ d’une longue histoire entre la chanteuse et les réseaux sociaux.

La jeune Anitta se produit dans des soirées de «baile funk», musique typique des favelas cariocas.  Parallèlement à ces spectacles, elle continue à poster régulièrement des vidéos sur sa chaîne You Tube. C’est d’ailleurs par le biais de cette plateforme que vont se diffuser ses premiers tubes à succès empreints de féminisme : “Meiga e abusada“ (“Douce et rebelle“), “Show das poderosas“ (“Show des puissantes“) ou encore “Bang“, dont le clip fait un véritable carton sur les réseaux sociaux en 2015. Ses chansons résonnent depuis les favelas jusque dans les clubs chics des beaux quartiers de Rio.

Deux ans plus tard, c’est au tour de "Vai, malandra" (« Vas-y, coquine ») de faire un tabac. Première chanson brésilienne et lusophone à intégrer le top 20 de Spotify, elle y figure en 18e position. Tourné dans une favela, le clip de ce tube international fait également parler de lui en raison des mouvements de danse décomplexés de la chanteuse. En réponse à la polémique, Anitta assume les gros plans sur ses fesses et ses hanches, revendiquant haut et fort le droit de ne pas cacher sa cellulite et même de la montrer.

Conférences à Harvard

Véritable « self-made woman », Anitta est dotée d’un sens du marketing hors du commun qui lui permet d’exporter la pop funk brésilienne et de donner une dimension internationale à sa carrière.

Au cours de ses voyages, notamment aux États-Unis et au Mexique, elle est à l’affût des nouvelles tendances et mène de véritables études de marché pour ouvrir de nouveaux débouchés à ses chansons par une stratégie de différenciation bien ficelée. « Faire différemment », tel est en effet le leitmotiv de la star qui donne désormais des conférences pour la prestigieuse université d’Harvard pour partager les clés de son succès international.

“Je pensais que je me hisserais où je voudrais au Brésil vers l’âge de 30 ans. Mais à 22 ans, ça marchait super bien. Et comme j’aime les défis, j’ai décidé de viser la scène internationale“, confie-t-elle en 2018. Anitta partage alors la vedette avec des stars internationales comme le DJ suédois Alesso, le groupe américain Major Lazer, le compositeur américain Poo Bear ou la rappeuse australienne Iggy Azalea.

Critiques violentes

La jeune femme ne se contente pas de chanter en anglais. Consciente du potentiel du marché que représentent les pays voisins du Brésil ainsi que l’Amérique centrale, elle décide d’apprendre l’espagnol et enregistre des tubes avec les chanteurs de reggaeton colombiens Maluma et J. Balvin. “J’ai commencé à comprendre que, même si l’anglais est la langue universelle, les chansons en espagnol ont des chiffres de vente également élevés, équivalents à ceux en langue anglaise», raconte-t-elle.

Dans la continuité de cette ouverture internationale, 100 % des titres de l’album « Girl from Rio » sont en anglais et en espagnol. Plusieurs singles de cet album qui devrait sortir à la fin du premier semestre 2021 sont déjà disponibles au téléchargement sur des plateformes en ligne. Bien qu’aucun titre en langue portugaise n’y figure, la chanteuse assure que l’album est marqué par l’âme de Rio, le Rio authentique, loin des clichés de la ville du Carnaval. Ce Rio populaire de ses origines dont elle est fière et qu’elle souhaite faire connaître.

En dépit du succès international d’Anitta, qui contribue largement à la popularité de la pop funk brésilienne dans le monde, ce genre musical est encore considéré comme “la musique des favelas“ et n’a pas toujours bonne réputation au Brésil. Anitta essuie ainsi des critiques parfois violentes de la part de ses concitoyens. Ses détracteurs reprochent à ses chansons d’avoir des paroles parfois vulgaires, quand ils ne jugent pas ses tenues et sa manière de danser outrageuses.

“L’une des femmes les plus puissantes du Brésil“

Les chansons d’Anitta lèvent le tabou du corps féminin et questionnent au contraire sur la place de la femme dans la société brésilienne, sa capacité d’empowerment, autant de problématiques qui, en ce mois de mars marqué par la journée internationale des droits des femmes, viennent nous rappeler la nécessité de voir des artistes, notamment des artistes féminines, s’engager pour défendre ces droits.

Mais la chanteuse ne s’en tient pas au combat féministe. Anitta s’appuie sur sa notoriété, notamment sur les réseaux sociaux, pour sensibiliser aux défis environnementaux. Dans un contexte politique difficile exacerbé par la crise sanitaire, elle n’hésite pas non plus à défendre la communauté LGBTQ+ ou à dénoncer les violences policières dans les favelas.

Ce n’est pas pour rien que Forbes l’a désignée l’an dernier comme l’une des femmes les plus puissantes du Brésil et qu'un sondage du journal O Globo l’a classée comme troisième personnalité la plus influente du pays. Alors que certains de ses fans rêvent de la voir franchir le pas et s’engager en politique, Anitta préfère pour l’instant rester une artiste engagée doublée d’une très active militante numérique, notamment sur Instagram où elle compte plus de 52 millions de followers. De quoi rendre jalouse feu la Girl from Ipanema.

 

Anitta Rio
La couverture du nouvel album d'Anitta

 

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Céline Crespy

Lyonnaise d’origine sicilienne, photographe, professionnelle de la communication, amoureuse de la langue portugaise et des cultures lusophones. Rédactrice de la rubrique économie du magazine Cap Mag.
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