Édition internationale

POLÉMIQUE - Le fair-play à l'épreuve des Jeux

Pierre de Coubertin doit se retourner dans sa tombe?Depuis quelques jours, les polémiques autour du manque de fair-play de certains athlètes se multiplient. Simple mauvaise foi de perdants déçus, utilisation optimale du règlement ou esprit olympique bafoué, à chacun son avis

Tout a commencé avec huit joueuses de badminton accusées d'avoir volontairement perdu leurs matchs. S'en est suivi la chute "volontaire" du pistard britannique puis le second départ accordé au bateau de la Team GB en aviron. Sans oublier l'épisode Taoufik Makhloufi sur 800 mètres et l'étrange défaite de l'équipe espagnole de basket lundi soir. De nombreux épisodes contraires à l'esprit olympique mais qui ont chacun des explications différentes.

Des défaites volontaires

"C'est inacceptable". Ce sont les mots du président du comité d'organisation des JO de Londres, Sebastian Coe, mercredi 1er août, pour qualifier l'attitude de quatre doubles féminins en badminton. Deux Chinoises, deux Indonésiennes et quatre Sud Coréennes, accusées d'avoir volontairement perdu leurs matchs pour affronter des adversaires moins redoutables en quart de finales, sont exclues de la compétition. Autrement dit, les quatre paires ont été sanctionnées pour "ne pas avoir déployé les meilleurs efforts pour gagner" et donc respecté l'esprit olympique.

Devrait-on en faire autant avec l'équipe espagnole de basket ? La question se pose depuis lundi soir et sa surprenante défaite face au Brésil. Alors que les coéquipiers de Pau Gasol menaient au tableau d'affichage à la fin du troisième quart temps, ils se sont complètement effondrés au quatrième et ont finalement perdu 88 à 82. Une défaite qui leur permet "d'éviter" la deuxième place du groupe B et donc de ne pas retrouver les États-Unis avant la finale de dimanche. Le champion d'Europe a-t-il fait exprès de perdre pour s'offrir une partie de tableau plus abordable ? Difficile d'en douter à la vue du 17-3 concédé dans les six dernières minutes du match?La presse espagnole, elle même, fait part de ses interrogations. "Voila un résultat qui crée beaucoup de suspicion, puisqu'il était dans notre intérêt de perdre pour ne pas croiser la route des Américains", écrit le reporter d'El Economista.

(Crédit : AFP)

La France, dindon de la farce ?

En perdant son dernier match de poule et à moins que des sanctions soient prises, ce qui est peu probable, l'Espagne s'est donc offerte le droit de jouer contre la France en quart de finale. Ce n'est pas la première fois dans ces Jeux que la délégation française se retrouve, bien malgré elle, à subir les conséquences d'un comportement éthique discutable. Jeudi dernier, Philip Hindes, membre de l'équipe britannique de cyclisme sur piste, manque son départ en qualification et s'écroule sur la piste après quelques mètres. Le règlement, en cas d'accident de ce type, autorise un nouveau départ. La Team GB recommence donc la course, se qualifie en battant le record du monde puis remporte la médaille d'or face au trio français en finale. Rien de choquant à priori. Seulement voilà, à sa descente du podium, Philip Hindes avoue au micro de la BBC que sa chute était volontaire : "On s'était dit que si on prenait un mauvais départ, on devait tomber pour pouvoir repartir. Je suis juste tombé, je l'ai fait exprès pour avoir un nouveau départ, pour aller le plus vite possible. Je l'ai fait. Tout était prévu, vraiment". Tricherie ou optimisation du règlement ? Le CIO a affirmé qu'aucune enquête ne serait menée. Selon l'organisation, cette chute n'a pénalisé aucun concurrent et contrairement au badminton, les Britanniques ont fourni le meilleur effort possible.

Manipulation du règlement

Si Florian Rousseau, entraineur de l'équipe de France de cyclisme sur piste est resté beau perdant vendredi soir, affirmant même que le "cascadeur" avait "bien joué", le lendemain, le staff de l'aviron n'est pas resté aussi serein. Après que le bateau français ait pris un superbe départ, les rameurs britanniques ont coupé leurs efforts après quelques dizaines de mètres. La coulisse d'un de leurs sièges avait déraillé et une fois de plus le règlement les autorisait à arrêter la course pour prendre un nouveau départ "lorsqu'un incident technique intervient dans les 100 premiers mètres". De quoi énerver les Français qui adresseront un doigt d'honneur à leurs adversaires avant de porter réclamation en mettant en doute la réalité du problème mécanique?sans succès. Les Britanniques finiront deuxièmes et les Bleus quatrièmes?Encore une fois, le débat entre manque de fair-play et manipulation du règlement fait rage. L'épisode malheureux entraine une réaction immédiate sur les réseaux sociaux. Sur Twitter, sous le hashtag #GBJOfacts, les internautes français réinventent les règles olympiques à la sauce britannique : "Les Anglais auront le droit à des balles rebondissantes pour le lancer de poids", "Les adversaires des Britanniques en basket devront titulariser des joueurs de moins d'1m63", "Chambers le sprinteur anglais n'a pas démarré en finale du 100m. Tous les autres athlètes sont éliminés pour faux départ" ou encore "Usain Bolt vient de demander la nationalité anglaise pour être autorisé à faire des faux-départs".

L'histoire du fair-play

La guerre du fair-play entre Britanniques et Français est aussi vieille que la rivalité sportive entre les deux pays. Au Royaume-Uni, fair play n'est d'ailleurs pas un terme utilisé pour louer l'esprit sportif. C'est une expression emprunté au cricket qui désigne une action réussie et qui ne met pas en danger l'adversaire. Rien à voir avec le respect des valeurs, qui est plutôt traduit par "sportmanship". C'est le journaliste français Montalembert qui a introduit l'expression "fair play" en France au milieu du 19ème siècle après avoir longtemps vécu à Londres et s'être passionné pour le cricket. Quarante ans plus tard, Pierre de Coubertin reprenait l'expression et l'introduisait au coeur des valeurs olympiques dès les premiers Jeux.

Ce n'est pas la première fois que le fair play des Britanniques est mis à rude épreuve. En 1908, lors des premiers Jeux à Londres, les Anglais sont déjà accusés de favoriser leurs athlètes. Ces derniers repartent avec 146 médailles, soit la moitié du total distribué?Après de nombreuses polémiques, le Comité olympique international se voit dans l'obligation de modifier les règles : les arbitres viendront désormais du monde entier et ne seront plus uniquement issus du pays organisateur. Alors, fair-play les Britanniques ?    

Simon Gleize (www.lepetitjournal.com/jeux-olympiques) mercredi 8 août 2012

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