

Pierre Perret a-t-il vraiment connu Paul Léautaud ? Voici tout l'enjeu d'un procès opposant l'interprète du Zizi au Nouvel Observateur. Qualifié d'imposteur et de mythomane, le chanteur attaque la journaliste Sophie Delassein pour diffamation
Après deux jours de procès, la XVII e chambre correctionnelle de Paris est toujours sous le choc d'un étrange scandale médiatico-littéraire. Il lui faudra plusieurs semaines avant de rendre son verdict dans cette obscure affaire, opposant Pierre Perret (photo AFP) au journal le Nouvel Observateur. Le chanteur de la Cage aux oiseaux avait en effet porté plainte pour "injures publiques et diffamation" à l'encontre du quotidien et de sa journaliste Sophie Delassein. Dans un article assassin, faisant suite à la sortie en 2009 du livre de Pierre Perret A capella, elle accuse le chanteur de n'avoir jamais rencontré l'écrivain Paul Léautaud, dont il s'est dit pourtant très proche.
Imposteur amer
Evoquant des "mensonges" et "une grosse imposture", la journaliste présente l'amitié entre Pierre Perret et l'auteur misanthrope au look improbable comme un acte de mythomanie visant à impressionner son protecteur de l'époque Georges Brassens. Alors que le chanteur à la moustache fournie se rapprochait de l'écrivain René Fallet, le jeune Perret aurait inventé cette histoire pour se regagner ses faveurs. Pour étayer ses accusations, Sophie Delassein démontre les incohérences de dates dans les différents récits de l'interprète de Lilly, son absence du Journal littéraire de Paul Léautaud -sorte de journal intime de l'auteur de Le petit ami-, mais aussi les déclarations de Marie Dormoy -exécutrice testamentaire et légataire universelle de Léautaud assurant ne l'avoir jamais rencontré- et de proches de Brassens. Ces derniers lui reprochent également d'avoir utilisé tonton Georges avant de le jeter une fois le succès venu. Sophie Delassein enfonce une dernière fois le clou en accusant l'amoureux des chansons paillardes d'avoir plagié dans ses textes certains écrivains méconnus du XVIIIe (Garcia Lorca, Alphonse Momas ou Mercier de Compiègne).
La "preuve" de Perret
Pierre Perret défend bec et ongles son honneur. Fustigeant cet article, véritable "entreprise de démolition", le chanteur, qui a écrit dans les années 70 un ouvrage sur Paul Léautaud, prend pour preuve de leurs rencontres un livre dédicacé de la main de l'auteur de Passe-temps. Il s'agit d'un exemplaire des Entretiens avec Robert Mallet, de Paul Léautaud, parus chez Gallimard, en 1951, où on peut y lire : "A Pierre Perret, avec des années de retard et mes cordialités. P. Léautaud. Le jeudi 26 août 1954". Pour la défense, ce livre n'est pas une preuve, l'écrivain en ayant signé des centaines d'autres à de parfaits inconnus. Sophie Delassein assure toujours avoir mené "une enquête littéraire" des plus sérieuses. Appelés à la barre en tant que témoins de la défense, le cinéaste Pascal Thomas et le chanteur Guy Béart, qui avait mis la puce à l'oreille de la journaliste, n'ont pas épargné un Pierre Perret qui a toujours expliqué que Brassens l'avait évincé par jalousie. L'interprète de l'Eau vive a affirmé que le plaignant est "un imposteur, un méchant qui joue les gentils". "Je me demande au fond si Pierre Perret ne souffre pas de ne pas être parmi les grands de la chanson : Ferré, Ferrat, Brassens, Brel, Béart...", ajoute-t-il non sans modestie.
Pierre Perret est-il un "imposteur" ou est-il la victime de vieilles ranc?urs ? Le Ministère public ne semble pas vouloir trancher. Il a demandé hier la condamnation de l'hebdomadaire et de l'auteur de l'article incriminé pour "manque de prudence" et non plus diffamation ?
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) jeudi 24 mars 2011
En savoir plus
Article de l'Express, Accusé de mensonge par le Nouvel Obs, Pierre Perret riposte
Article de la Dépêche, Pierre Perret. Querelle littéraire au Palais de justice de Paris


































