Vendredi 20 février 2026, la Cour suprême des États-Unis invalide les droits de douane "réciproques" de Trump, jugés illégaux car imposés sans aval du Congrès. Dès le soir même, le président signe un nouveau décret : un tarif universel de 10 % sur la quasi-totalité des importations mondiales entre en vigueur le 24 février, fondé cette fois sur la section 122 du Trade Act de 1974. « C'est un grand honneur pour moi d'avoir signé, depuis le bureau Ovale, un droit de douane mondial de 10 % », écrit Trump sur Truth Social, saluant ce qu'il présente comme une victoire. La Chine, elle, prend acte et attend.


La Chine, gagnante par défaut
Le paradoxe est troublant. Avant la décision de la Cour suprême, le taux effectif appliqué aux exportations chinoises vers les États-Unis atteignait environ 36,8 %. Avec le nouveau tarif universel à 10 %, ce taux tombe à environ 26,9 %, une baisse substantielle, même si elle reste bien au-dessus des niveaux d'avant le second mandat Trump. Le Vietnam, l'Inde ou l'Indonésie bénéficient de réductions similaires. En revanche, l'Europe et le Japon, qui avaient consenti des concessions bilatérales lors de négociations commerciales, se retrouvent paradoxalement dans une position moins favorable qu'avant la décision.
Ce nouveau dispositif est toutefois limité à 150 jours. Au-delà, le gouvernement devra obtenir un vote du Congrès pour le maintenir, une échéance qui tombe à peine trois mois avant les élections de mi-mandat de novembre, où les démocrates pourraient reprendre le contrôle de la Chambre des représentants. La menace d'une hausse à 15 %, évoquée par Trump dès le week-end suivant la décision de la Cour suprême, plane également toujours sur les marchés.
La réaction mesurée de Pékin
Le 24 février, le porte-parole du ministère chinois du Commerce (MOFCOM) prend acte du changement sans dramatiser. Pékin « se réserve le droit de prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre ses droits et intérêts légitimes » et décidera « en temps voulu » d'un éventuel ajustement de ses contre-mesures. Un communiqué court mais sans équivoque, qui laisse entendre que la riposte n'est pas exclue.
Ce ton mesuré s'inscrit dans la logique de la trêve commerciale négociée à Busan en octobre 2025, lors du sommet de l'APEC. Xi Jinping et Donald Trump y avaient convenu d'un apaisement mutuel : abaissement des droits américains sur certains produits chinois, suspension des restrictions chinoises sur les terres rares, gel réciproque des nouvelles mesures de contrôle des exportations. Hong Kong et Macao étaient expressément inclus dans l'accord, un signal important pour la place financière, souvent victime des répercussions de chaque rebondissement de la guerre commerciale sino-américaine.
Un répit qui pourrait être de courte durée
Les analystes tempèrent pourtant l'optimisme. L'administration Trump travaille déjà à reconstituer son arsenal tarifaire via les sections 232 et 301 du même Trade Act de 1974, qui permettraient de réimposer des droits élevés ciblant spécifiquement Pékin, sans s'exposer aux mêmes fragilités juridiques. La section 232, fondée sur la sécurité nationale, autorise des droits sectoriels après enquête du département du Commerce. La section 301, elle, permet des mesures de rétorsion ciblées contre des pratiques commerciales jugées déloyales, un outil déjà utilisé lors du premier mandat Trump contre les exportations chinoises.
Autrement dit, si la Chine sort gagnante de cet épisode judiciaire, ce soulagement pourrait n'être que temporaire. La visite de Trump à Pékin, attendue en avril, constitue la prochaine échéance décisive. Nouvelle escalade ou nouveau compromis, les deux scénarios restent ouverts et Pékin, fidèle à sa stratégie, joue la montre.












