Long Island, Gatsby et Jack Clayton

Par Nicolas Cauchy | Publié le 04/12/2022 à 14:00 | Mis à jour le 06/12/2022 à 12:08
Photo : Gatsby le Magnifique - Jack Clayton
Gatsby devant sa voiture jaune

Cette série d’articles dédiée à New York à travers le cinéma s’intéresse à la manière dont nous avons imaginé la ville, bien avant de nous y rendre ou d’y vivre, à travers un film connu, ou pas.

Aujourd’hui, je vous propose de voir - ou, en ce qui me concerne, de re-re-re-re-voir - Gatsby le Magnifique de Jack Clayton.

Les personnages

J’ai découvert ce film tout jeune homme sur une cassette VHS de très mauvaise qualité que mes parents avaient enregistrée sur M6. La bande-son était en français, mais j’ai tout de suite été fasciné par la richesse et l’élégance des personnages et des lieux. Mia Farrow, même en VF est délicieuse - « Nick? C’est vraiment toi? Je suis p-p-p-paralysée de bonheur ». Robert Redford est un Gatsby parfait et Sam Waterson, Nick, très attachant. Il interprète aujourd’hui, et depuis 22 saisons (!), le personnage principal de la série New York, police judiciaire. Le film cependant s'éloigne de la réalité des personnages du roman qui sont tous absolument détestables. Mais il met bien en opposition les anciennes fortunes "old money", représentées par Tom et Daisy. Et le "new money" incarné par Gatsby. 

Le décor

Le personnage arrive en bateau
L'arrivée de Nick Carraway

 

Le film ouvre sur une marine: Nick, qui rend visite à sa cousine Daisy, arrive en bateau - ce qui fait aussi penser à l’ouverture de « La mort à Venise », mais c’est une autre histoire. Bienvenue à Long Island, lieu de villégiature des ultra-riches des années folles, où l’on se fait construire des reproductions délirantes du château de Versailles, des manoirs gothiques ou, dans le cas de Gatsby, une copie de villa Normande. Cette « Golden Coast », que l’on visite encore aujourd’hui en bateau, concentre ce que l’Amérique sait faire de mieux: l’accumulation des richesses individuelles avec le ciel pour seul limite - « Sky is the limit ». Mais dans la réalité, le film a été tournée à Rhode Island, le plus petit État du pays. 

 

La manoir de Gatsby
La manoir de Gatsby

 

Tout à côté de ce paradis cohabite un enfer: « la Vallée des Cendres » qui correspond aujourd’hui au parc de Flushing Meadows dans le Queens, immense dépotoir à ciel ouvert, que nos héros doivent traverser pour se rendre à New York en voiture - ou en train. C’est l’autre versant de l’Amérique, sa production irrépressible de déchets dont personne ne sait quoi faire, son exploitation à outrance des ressources, ses conditions misérables des travailleurs pauvres.

 

La vallée des cendres
La vallée des cendres

La météo

Mais ce n’est qu’un mauvais moment à passer. Nos personnages ont vite fait de rejoindre New York pour aller prendre un verre au Plaza dans lequel ils ont loué une suite. On est en juin, il fait terriblement chaud et, si vous avez passé un été à NYC, vous savez ce que ça veut dire. La climatisation n’est pas encore inventée mais on sent qu’elle est promise à un brillant avenir lorsque Daisy gémit qu’elle rêve d’une « baignoire remplie de glaçons ».

Robert Redford sous la pluie
Pluie torrentielle et costume trempé: bienvenue à New York l’été!

Parfois, il pleut. Le jour des retrouvailles de Gatsby et de Daisy par exemple. Et là, mieux vaut vous abriter parce que c’est le déluge: le petit parapluie que vous avez acheté à un revendeur dans le métro ne vous protègera pas. Gatsby, lui, marche sous la pluie, indifférent aux éléments. Il s’apprête à retrouver Daisy, son seul grand amour avec lequel il a rompu parce que « les riches n’épousent pas les pauvres ». Le soleil est vite de retour - mais aussi la chaleur humide et écrasante.

Les costumes

Trois hommes en costumes
Le costume rose, symbole du mauvais goût "new money"

 

Ils sont sublimes. On les doit à Theoni V. Aldredge, un directeur artistique spécialisé dans les costumes pour la scène. Mais il semblerait que Ralph Lauren ait dessiné ceux des hommes. Dans le roman, Jay Gatsby est raillé pour ses tenues, quintessence du mauvais goût aux yeux du « old money ». C’est peut-être la dimension de l’histoire de New York qui a le plus changé: aujourd’hui, vous pouvez porter n’importe quel vêtement, personne ne vous fera jamais aucune réflexion. Même en costume rose.

Le film vs la réalité

Le New York rêvé de Jack Clayton n’est pas si différent de la réalité. On y retrouve les mêmes contrastes, les mêmes obsessions. On ne peut pas lui reprocher de n’avoir qu’un seul angle, celui des ultra-riches. C’est le thème même du livre. En cela, on pourrait le rapprocher de la série « Succession ». Si vous voulez aborder New York sous l’angle du rêve américain - en faisant donc abstraction du cauchemar américain - le film de Jack Clayton est parfait.

nicolas cauchy

Nicolas Cauchy

Auteur de romans et d’albums jeunesse, journaliste fondateur de la revue Classica, j’ai travaillé une quinzaine d’années dans le marketing de l’édition avant de fonder une agence de storytelling.
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