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À New York, des réflexions sont menées sur l’avenir du Parti socialiste

Par Rachel Brunet | Publié le 20/01/2022 à 14:17 | Mis à jour le 20/01/2022 à 14:47
Photo : Sullivan Berthier et Jean-Philippe Berteau
Avenir du Parti socialiste

En France, le Parti socialiste traverse une mauvaise passe avec une candidate officielle, Anne Hidalgo, qui peine à décoller dans les sondages, à moins de trois mois de l’élection présidentielle. Alors que la primaire populaire de Gauche se complique et que le candidat de la Remontada vient de jeter l’éponge sans soutenir aucun candidat de Gauche, notre édition est partie à la rencontre de Sullivan Berthier et de Jean-Philippe Berteau. Sullivan Berthier est installé à New York depuis 10 ans et a rejoint le PS en 2007. Il est le secrétaire de la section New York du Parti socialiste. Jean-Philippe Berteau est installé à New York depuis 2014, militant de longue date, il est le trésorier de la section New York du Parti socialiste.

 

 

Rachel Brunet pour le Petit Journal New York : À moins de trois mois du premier tour de l’élection présidentielle, quels constats posez-vous sur le Parti socialiste ?

Sullivan Berthier : Il y a plusieurs candidats de gauche, mais nous avons une candidate socialiste, Anne Hidalgo, qui a largement été désignée par les militants à l’automne dernier. Le PS traverse une petite crise, on ne peut pas le nier, mais nous sommes très motivés au sein du Parti socialiste parce que nous avons tout de même obtenus de bons résultats aux élections locales, municipales, régionales et consulaires. Par ailleurs, nous avons une base militante qui est forte avec environ 23.000 militants aujourd’hui. Quand le PS est décrit dans les médias, on a l’impression qu’il est à l’agonie, mais en réalité, même si les temps sont difficiles, nous avons des atouts et des bases solides. Notre candidate n’est, certes, pas très haute dans les sondages, mais je pense que sa campagne prend une tournure plus active, elle a des relais, des élus locaux donc je pense qu’il y a encore des choses à faire.

 

Depuis New York, vous réfléchissez à l’avenir du parti. Qu’est-ce que vous imaginez, depuis les États-Unis, pour redresser un parti qui a occupé durant trois mandats, la plus haute fonction de l’État, sous la 5e République ?

Jean-Philippe Berteau : Notre expérience aux États-Unis apporte une autre couleur à notre militantisme puisque nous avons vécu les campagnes de Biden, d’Obama et nous avons pu constater qu’elles ont posé des thématiques assez fortes sur la vie quotidienne des Américains et je pense que la leçon que nous pouvons en tirer est que pour créer une dynamique électorale, il faut savoir faire des propositions fortes et très concrètes dans la vie quotidienne des gens. C’est ce qui peut créer de l’engagement. Anne Hidalgo, a, dans son programme, des propositions concrètes et fortes. Je suis persuadé que les Français aiment la politique et encore plus quand elle leur parle.

Un autre enseignement que nous pouvons tirer depuis New York, est de voir comment le Parti démocrate a réussi à attirer des organisations et mouvements satellites afin de les intégrer dans leur campagne. C’est comme ça que AOC (Alexandria Ocasio-Cortez, NDLR) a réussi à créer cette dynamique et à s’imposer au sein du Parti démocrate. Je pense que nous pouvons nous en inspirer dans le sens où l’organisation du Parti socialiste peut s’enrichir des mouvements satellites. Par contre, les idées sont là, notre parti les a. La politique libérale est vouée à l’échec, je pense notamment à la dernière proposition du candidat Macron concernant l’augmentation des frais d’inscription dans les universités. C’est quelque chose qui se pratique aux États-Unis et c’est un échec. Au PS, le fond est là, après, peut-être faut-il intégrer un peu plus les citoyens dans les décisions et les propositions. Il faut faire la bonne proposition, même clivante, mais au bon moment, pour qu’elle ait un écho.

 

Dans l’Hexagone, certains lancent l’idée de refondre le PS, qu’en pensez-vous, depuis New York ?

Sullivan Berthier : Depuis New York, je pense que nous pouvons avoir une vision un peu différente de ce que nous pouvons faire. Il y a toujours besoin de rénovation, c’est toujours bien de se questionner, je pense que nous le faisons beaucoup à gauche, beaucoup au sein du Parti socialiste. D’ailleurs, parfois cela nous dessert un peu. Donc oui, il faut continuer à se questionner. Cela serait bien de faire venir un peu de sang neuf au PS, d’envisager les choses de manière un peu différente. Comme nous sommes aux États-Unis, nous observons les gens qui font de la politique locale, cela peut nous inspirer. Même s’il ne s’agit pas de faire du copier-coller de ce que font les Démocrates. Nous faisons remonter à nos élus, à nos sénateurs qui représentent les Français de l’étranger ce que nous observons.

Pour prendre un exemple concret, c’est vrai que le Parti socialiste pourrait peut-être prendre un peu mieux en compte les nouveaux mouvements comme le wokisme, dont on parle beaucoup, ou encore le mouvement de décroissance. Je ne dis pas qu’il faut tout reprendre, d’ailleurs Anne Hidalgo est assez claire sur ces sujets-là, elle parle beaucoup de gauche républicaine, mais on pourrait s’inspirer. Nous avons parfois l’impression, avec Jean- Philippe et d’autres jeunes militants, que le Parti socialiste peut être en retard sur certains sujets et nous avons la chance, en vivant aux États-Unis, de voir ce qu’il pourrait se passer dans 10 ans en France. Mais refondre le Parti socialiste complètement ? Non, je ne pense pas.

 

En décembre, Stephane Le Foll disait lors d’une interview radio que le problème essentiel du PS est qu’il n’y a plus de projet. Partagez-vous ce sentiment ?

Jean-Philippe Berteau : Non, je ne suis pas du tout sur la position de Stéphane Le Foll. Le projet du Parti socialiste pour la présidentielle a été travaillé depuis plusieurs mois, nous pouvons d’ailleurs le voir sur le programme d’Anne Hidalgo qui est fourni, détaillé et précis. Je pense que c’est justement une des grandes forces de notre candidate que d’avoir un projet aussi travaillé. J’étais aux universités d’été du PS à Blois, j’avais déjà vu une présentation de ce projet l’été dernier, il y avait déjà les grandes lignes et nous avions continué à débattre. Le projet a été approuvé par un vote militant. Je pense que peut-être, Stéphane Le Foll veut dire que le projet n’a pas été assez élaboré en prenant en compte ses propres contributions. Nous avons tenu compte de l’ensemble des courants. Pour cela, deux textes d’orientation se sont affrontés, un a largement gagné et le projet est issu d’une mûre réflexion.

 

Depuis New York, comment vous organisez-vous pour soutenir le PS et participer à la campagne ?

Sullivan Berthier : Nous allons essayer de faire une campagne hybride où nous ferons des zooms et des événements en présentiel. Et nous nous organisons en interne, évidemment, pour faire campagne. Nous sommes en lien avec nos élus, nous participons de façon plus ou moins directe à l’élaboration du programme, nous faisons remonter ce que nous pensons depuis New York. Je trouve que nos sénateurs font très bien le lien, l’information remonte, nous sommes   dans toutes les boucles. Ceux qui ont envie de s’investir encore plus et qui en ont le temps, peuvent le faire aussi, c’est vraiment une chance. Encore une fois, c’est lié au fait que l’on soit dans une fédération plus petite que si nous étions en France. Grâce à zoom, nous pouvons aujourd’hui participer à la campagne, communiquer et nous allons continuer à le faire. Anne Hidalgo est encore en train d’arborer son programme. Elle a sorti les principales lignes avec un programme de 70 pages qui est déjà assez complet, mais nous allons compléter les choses et nous avons la chance de pouvoir le faire avec son équipe.

 

En Marche a participé à faire éclater les deux grands partis traditionnels, PS et LR, quelles sont les forces du PS aujourd’hui ?

Jean-Philippe Berteau : Nous sommes un parti extrêmement bien organisé, très solide, nous sommes un vieux parti dans le bon sens du terme, c’est-à-dire que c’est un parti très mature. Nous avons connu des hauts et des bas, nous avons ainsi l’expérience de la résilience. Nous sommes un parti très professionnalisé, avec beaucoup d’élus, des anciens ministres, nous connaissons ainsi parfaitement les rouages des institutions et c’est une vraie force quand nous voulons faire passer des amendements ou des lois. Nous avons aussi la chance d’être en lien avec des gens qui nous expliquent, qui nous éduquent en tant que jeunes pousses du Parti socialiste. Les réseaux de militants, très fidèles, sont très forts. À New York, nous n’avons pas perdu de militants, nous voyons même des gens revenir après avoir rejoint LREM, notamment au moment de la campagne des élections consulaires. Nous avons aussi recruté des gens qui venaient d’En Marche. Notre réseau d’élus locaux est fort avec des élus à peu près partout, sur les 5 continents, même si le nombre a diminué. C’est une force incroyable. La vraie force du Parti socialiste aujourd’hui, c’est sa structure, son réseau et la solidité de ses militants.

 

Si les LR donnent un semblant d’unité, bien que d’apparence relativement fragile, le PS devrait pouvoir y arriver, non ?

Sullivan Berthier : C’est la seule chose que l’on peut jalouser à la droite : la culture du chef. Ils sont arrivés, juste après leurs primaires — qui ont révélé des différences — à se rassembler rapidement, à se mettre dans le rang. Ciotti est un bon exemple, il est assez éloigné des propositions de Pécresse et finalement, après dans la victoire de Pécresse à la primaire, il rentre dans le rang. À gauche, nous n’avons pas cette culture du chef, mais plutôt une culture de débat d’idées. Nous avons des idées fortes à défendre. Anne Hidalgo est notre candidate, elle a un programme à porter, Jean-Philippe et moi ne sommes pas d’accord sur tout, nous ne sommes pas d’accord avec toutes les propositions, mais nos débats internes sont notre force. Cela nous permet aussi de dialoguer avec d’autres partis, nous ne sommes pas dans des chapelles où l’on admire un chef. Au niveau local nous échangeons facilement avec les Verts, avec La France Insoumise, et c’est parce que nous n’avons pas cette culture du chef que nous sommes dans le débat d’idées que de dialogue est possible. On peut se rassembler à certains moments et se diviser à d’autres. C’est très important en période d’élections parce qu’il faut savoir se rassembler.

 

Anne Hidalgo a dévoilé ses 70 propositions, que pensez-vous de son programme ?

Jean-Philippe Berteau : Je n’ai pas été surpris parce que c’est un projet que je connaissais et que j’avais vu mûrir. Je suis très content et très fier que le programme mette l’accent sur la revalorisation du travail et sur l’écologie parce que ce sont, je pense, les vrais enjeux de notre société française, mais aussi à l’échelle globale. J’aime cette idée de penser le monde. J’aime l’universalisme qui est mis en avant. La solidarité inter-générationnelle me plaît aussi. L’augmentation du smic de 15 % est essentiel. Tous les partis d’ailleurs s’accordent à dire qu’il faut revaloriser le smic et c’est une vraie victoire de la gauche. Sur l’ensemble de l’échiquier, nous avons réussi à faire passer cette idée-là. Si les idées que nous mettons sur la table sont reprises par d’autres candidats qui gagnent, c’est aussi une victoire et c’est ce qui nous intéresse.

Rétablir l’impôt sur la fortune, vu depuis New York — où l’on voit bien ce qu’est une personne très riche — est une bonne chose. Il faut prendre l’argent là où il est pour rétablir l’égalité et la solidarité. La mesure très concrète de l’isolation des logements nous plaît aussi beaucoup, au bureau de New York. Ce plan de rénovation énergétique, avec aucun frais avancé, est une idée très porteuse, qui va parler à tous les Français, quelles que soient leurs conditions de revenus. C’est du gagnant pour tout le monde, ça va créer de l’emploi, ça va améliorer les conditions de vie et c’est bien pour la planète. On disait que la gauche complexifiait les procédures. Là, tout le monde peut s’apercevoir que c’est une procédure de simplification.

J’aime aussi la mesure des cinq mille euros donnés à chaque jeune de 18 ans, je pense notamment aux enfants des classes moyennes qui n’ont pas eu accès à des bourses. Cette somme pourra leur permettre de partir faire un stage à l’étranger, de pouvoir acheter une voiture, et pourquoi pas une voiture électrique. C’est un petit coup de pouce pour pouvoir accéder à quelque chose qui correspond à ses valeurs. Ce sont des propositions qui vont dans le bon sens et je suis très fier de les voir dans le programme du Parti socialiste.

Sullivan Berthier : En tant que militant, nous avions un peu tous participé au programme et validé un premier jet au mois d’octobre. Anne Hidalgo a repris cette trame en ajoutant des propositions et elle va continuer à en dérouler d’autres. La proposition des cinq milles euros accordés à chaque jeune de 18 ans est assez forte, elle permet de rééquilibrer les injustices sociales à la majorité. Et la proposition de rénovation des logements sans avance de frais est aussi très forte. Je pense que cette proposition va résonner chez beaucoup de Français qui veulent réduire leurs factures.

 

Dans l’hypothèse d’un second tour qui opposerait Valérie Pécresse à Emmanuel Macron, pour qui votez-vous ?

Jean-Philippe Berteau : C’est une très bonne question ! Déjà, dans une configuration où l’on a Marine Le Pen ou Eric Zemmour au deuxième tour, je voterai pour le candidat qui leur fait face parce que je ne veux pas permettre l’accession au pouvoir des extrêmes. En ce qui concerne Valérie Pécresse et Emmanuel Macron, je ne vois pas vraiment de différences dans leurs programmes. Je n’ai pas l’habitude de m’abstenir, mais je serai, dans ce cas, pour la reconnaissance du vote blanc.

Sullivan Berthier : Je n’ai pas vraiment décidé. Emmanuel Macron me semble moins à droite que Valerie Pécresse, mais il est en train d’élaborer, de développer son programme ; on voit qu’il a envie de réformer les universités françaises, de peut-être faire payer les droits d’entrée, et finalement s’il continue dans cette trajectoire, face à Valerie Pécresse au second tour, comme Jean-Philippe, peut-être que finalement je ne verrai plus du tout la différence entre les deux. On verra ce qu’il développera dans les trois prochains mois.

 

Un mot de conclusion ?

Sullivan Berthier : Nous invitons tous les New-Yorkais intéressés par le débat à venir à nos événements. Certaines personnes viennent sans forcément être intéressées par la politique, mais tout simplement parce qu’elles ont envie d’échanger avec des Français sur des thématiques politiques. Génération.s a organisé, en décembre, la projection du film Rupture. Beaucoup de gens de gauche étaient là, mais pas seulement. C’était l’occasion d’échanger avec la communauté. Il est toujours intéressant, à l’approche de l’élection, de discuter avec d’autres Français.

Jean-Philippe Berteau : Lors des élections consulaires, notre liste de Rassemblement de la Gauche, menée par Annie Michel, nous a permi de resserrer nos liens avec les partis de Gauche. Nous invitons tous les Français à venir repenser avec nous la Gauche, à créer des liens entre des gens qui sont peut-être plus au centre ou peut-être plus à gauche, lors de nos événements, où nous débattons en toute amitié.

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef des éditions New York et Miami du Petit Journal.
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