Armes à feu aux États-Unis : Trop, c’est trop !

Par Rachel Brunet | Publié le 25/05/2022 à 17:37 | Mis à jour le 25/05/2022 à 20:53
Une scène de police après une fusillade aux Etats-Unis

19 enfants de moins de 10 ans ont perdu la vie dans une école américaine. La mort d’un enfant est ce qu’il y a de pire. Une douleur innommable. L’Amérique entière partage la douleur de ces familles texanes qui affrontent le pire. Mais c’est un scénario qui se répète une fois de trop !

 

Armes à feu aux États-Unis, stop !

Ce n’est malheureusement pas la première fois qu’une telle scène se produit aux États-Unis - pays où n’importe qui peut acheter en toute légalité une arme. Alors aujourd’hui, j’écris cet article à la première personne. Parce que je suis une maman. Parce que je ne supporte plus d’apprendre, comme tout un chacun, l’horrible. Des tueries dans les écoles. Ces institutions qui offrent la liberté. Celle d’apprendre. Celle de devenir celle ou celui que l’on rêve d’être. Celle de l’indépendance. Celle du savoir.

Cette énième tuerie qui frappe les États-Unis relance le débat sur la régulation des armes à feu. Le président Biden a appelé l'Amérique à "transformer cette douleur en action", dénonçant "ceux qui empêchent, repoussent ou bloquent des lois de bon sens sur les armes à feu". Entendre, les Républicains.

Le second amendement de la Constitution permet aux Américains de porter des armes. Or, avec les différents lobbys qui les financent, en particulier la National Rifle Association, le parti des Républicains font leur possible pour empêcher la moindre législation. Ils considèrent, comme le dit le 10e amendement, que c'est aux États de légiférer, et que le gouvernement fédéral n'a pas à s'occuper de cette question.

Pour Joe Biden, la question des armes est le combat de sa vie. Un combat de vie. En 1994, il avait fait adopter une grande loi pour limiter les armes d'assaut, avec une validité de dix ans. Après la tuerie de Sandy Hook, Barack Obama l'avait chargé de légiférer sur la question des armes. Malgré sa connaissance du Congrès, il avait été obligé de jeter l'éponge au bout de quatre mois. Le président Obama avait parlé de "journée de la honte". Depuis, rien n'a été fait. Une véritable impasse.

En 2014, deux ans après la tuerie de Sandy Hook qui avait couté la vie à 26 enfants, mon fils était en Pre-K. Ce début d’après-midi, j’allais le chercher. Comme chaque jour de la semaine. Il était inscrit dans une école publique d’Harlem, où nous habitions. J’ai toujours pensé que la gentrification ne devait pas s’arrêter aux portes des écoles.

La PS123, un bâtiment qui s’étale sur un bloc au coeur du quartier historique d’Harlem. De loin, il me semblait que quelque chose n’était pas normal, en m’approchant, j’ai vu ces cordons de sécurité jaunes que déploie la police. Dessus, il est écrit « Crime scene do not cross ». Un cordon faisait le tour du bloc et entourait l’école. Comme un cadeau. Empoisonné. Cette sensation de mon sang qui se glace ne me quittera jamais. Je m’étais alors précipitée vers un des nombreux policiers. Il m’avait calmement expliqué qu’il y avait eu un problème à cause d’une arme à feu. Pas plus. Tous les parents étaient retenus derrière ce cordon jaune. La panique nous etouffait. Quelques minutes plus tard, qui nous avaient paru une éternité, le cordon était enlevé, les portes de l’école s’étaient ouvertes, les enfants sortis. Finalement, c’était « juste » un règlement de comptes avec arme à feu qui avait eu lieu devant l’école. Une histoire de gang. La directrice avait alors fermé toutes les portes. Une mesure de sécurité.

Deux ans plus tard, même scénario. Le même cordon jaune autour de l’école. Le même cadeau empoisonné. Le sang qui se glace encore. Mon fils avait alors 6 ans. Cette fois-ci, l’arme à feu était dans l’école. Un élève l’avait portée dans son cartable au milieu de ses cahiers. Tous les professeurs s’étaient enfermés à double tour dans leur classe avec leurs élèves. Tous avaient eu la consigne de se cacher sous leur bureau. Finalement, le gamin avait juste voulu faire le malin avec une arme, sans aucune intention de tuer. Mais la question reste bel et bien là : comme est-il possible qu’un enfant de primaire puisse avoir une arme sur lui ?

En France, un professeur a été décapité, aux États-Unis, des enfants meurent dans les salles de classe. Quel monde sordide que celui qui est le nôtre !

Ce matin, quand j’ai déposé mon fils à sa middle school d’Upper West Side, j’ai eu un haut-le-coeur. J’ai pensé à ces parents qui ne déposeront plus jamais leur enfant à l’école.

 

Rachel Brunet

Rachel Brunet

Après être passée par la presse économique et la presse spécialisée, Rachel Brunet est la directrice et la rédactrice en chef des éditions New York et Miami du Petit Journal.
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