À quelques jours de son départ pour Bruxelles, Marie Lapierre revient, pour Le Petit Journal, sur les trois années qu'elle vient de passer à la tête du consulat général de France à Montréal. Une première mission consulaire qui aura profondément marqué son parcours de diplomate.


« Je repars avec le sentiment de la mission accomplie »
Lorsque Marie Lapierre évoque son départ, elle choisit soigneusement ses mots. Il ne s'agit pas, corrige-t-elle d'emblée, de la fin d'un « mandat », mais bien de l'achèvement d'une « mission ». Une nuance qui résume assez bien sa conception du métier de diplomate : une fonction temporaire, au service d'un pays, d'une équipe et d'une communauté.
À la fin du mois, elle quittera Montréal pour rejoindre Bruxelles comme ambassadrice adjointe à l'ambassade de France en Belgique. Elle y retrouvera les dossiers politiques et les relations bilatérales qui ont constitué le cœur de sa carrière avant son arrivée à Montréal. Au moment de refermer ce chapitre québécois, c'est pourtant moins sa prochaine affectation qui l'occupe que le chemin parcouru depuis son arrivée, à l'été 2023.
« Je repars avec le sentiment de la mission accomplie », confie-t-elle simplement.
Cette satisfaction est d'autant plus forte que rien ne la prédestinait à diriger un consulat.
Jusqu'alors, sa carrière s'était construite dans les affaires politiques. Après un premier poste en République démocratique du Congo, où elle suivait notamment les conflits dans l'est du pays en lien avec les Nations unies, elle avait rejoint Bruxelles pour travailler sur les négociations européennes. Montréal constituait donc sa première expérience à la tête d'un poste consulaire.
« C'était la première fois que j'exerçais une mission consulaire ».
Pour autant, la ville ne lui était pas inconnue.
Une ville qu'elle connaissait déjà
Bien avant de revenir à Montréal avec un passeport diplomatique, Marie Lapierre y avait vécu comme étudiante. Elle y était même revenue quelques années plus tard avec un Permis Vacances-Travail, découvrant alors le Québec comme tant d'autres jeunes Français.
Cette expérience personnelle ressurgit au détour de l'entretien lorsqu'elle évoque le registre des Français établis hors de France. « Comme beaucoup d'étudiants, je ne savais même pas que cela existait. En revanche, je connaissais le Fil d'Ariane et je m'y étais inscrite », raconte-t-elle.
Devenue consule générale, elle fera de la promotion du registre consulaire l'un des messages qu'elle adressera le plus souvent aux Français installés au Canada.
Aujourd'hui encore, elle insiste sur les conséquences parfois méconnues d'une absence d'inscription ou du non-renouvellement des papiers d'identité. Avec l'entrée en vigueur progressive des nouvelles règles européennes de contrôle aux frontières, les Franco-Canadiens devront désormais entrer dans l'Union européenne avec leur passeport français. Une évolution qui renforce, selon elle, l'importance d'entretenir sa nationalité et ses documents d'identité tout au long de sa vie.
Une communauté française hors norme
À Montréal, la découverte est aussi quantitative. La circonscription consulaire couvre un vaste territoire, de l'Abitibi-Témiscamingue jusqu'à l'Estrie, et rassemble l'une des plus importantes communautés françaises établies hors d'Europe.
« Nous estimons qu'environ 300 000 Français vivent dans notre circonscription »
Ce chiffre contraste pourtant avec les quelque 70 000 personnes inscrites au registre consulaire montréalais. Cette différence n'est pas anodine puisque les moyens humains attribués aux consulats sont calculés principalement sur le nombre d'inscrits.
Pour Marie Lapierre, cette faible proportion traduit avant tout la remarquable intégration des Français au Québec.
« Les Français s'intègrent très bien dans leur société d'accueil. C'est une richesse. »
Ils fondent des familles, voient naître une deuxième génération de Franco-Québécois et, parfois, finissent par oublier les démarches administratives françaises. Une réalité qu'elle considère comme positive sur le plan humain, mais qui complique la gestion quotidienne du consulat.
Trois années de transformation
Si elle devait retenir un seul accomplissement, ce ne serait pourtant ni une visite présidentielle ni un grand événement diplomatique.
Elle parlerait d'abord de la transformation silencieuse de l'administration consulaire.
« J'ai eu la chance d'exercer cette mission pendant une véritable révolution de notre administration. »
Pendant trois ans, le consulat de Montréal a accompagné l'arrivée de nouveaux outils numériques, de procédures simplifiées et de nouvelles méthodes de travail. Le Canada est même devenu l'un des premiers pays pilotes pour le renouvellement dématérialisé des passeports.
Visioconférences, France Consulaire, France Identité, nouvelles stations biométriques, centralisation de certaines procédures à Québec… autant d'innovations qui ont progressivement changé le quotidien des usagers.
Mais, insiste-t-elle, ces évolutions n'auraient eu aucun effet sans l'implication des équipes. À plusieurs reprises, elle revient spontanément vers ses collaborateurs.
« Le plus beau bilan, c'est celui de cette équipe qui a accepté de revoir complètement ses méthodes de travail pour améliorer le service rendu aux usagers. »
Elle tient d'ailleurs à rendre hommage aussi bien aux diplomates de passage qu'aux agents recrutés localement, dont beaucoup assurent la continuité du service depuis de nombreuses années.
Des nuits jusqu'à trois heures du matin
Parmi les moments les plus marquants de sa mission, Marie Lapierre cite sans hésiter les élections européennes de 2024, rapidement suivies par les élections législatives anticipées. Le calendrier politique français avait alors bouleversé l'organisation du consulat. « Pendant plusieurs semaines, nous étions ici jusqu'à trois heures du matin », se souvient-elle.
L'organisation de ces scrutins, dans des délais extrêmement courts, a mobilisé l'ensemble des équipes mais aussi une centaine de bénévoles venus prêter main-forte au consulat.
C'est probablement l'un de ses souvenirs les plus forts.
« Voir que l'on pouvait compter sur notre communauté a été l'un des moments les plus émouvants de ma mission. »
Cette capacité de mobilisation restera également précieuse à l'approche de l'élection présidentielle de 2027, dont la préparation a déjà commencé.
Des visites officielles au plus haut niveau
Le mandat de Marie Lapierre aura également été rythmé par plusieurs visites officielles de premier plan. Parmi elles, celles du Premier ministre Gabriel Attal, au printemps 2024, puis du président Emmanuel Macron quelques mois plus tard, avec une étape montréalaise consacrée notamment à l'intelligence artificielle. Plus récemment, la ministre déléguée chargée des Français de l'étranger, Éléonore Caroit, et le ministre des Finances, Roland Lescure, sont également venus à Montréal.
Ces déplacements mobilisent étroitement les équipes du consulat général, aux côtés de l'ambassade de France au Canada. Ils illustrent la densité des relations franco-canadiennes et la place qu'occupe Montréal dans cette coopération, qu'elle soit politique, économique, scientifique ou culturelle.

Ouvrir le 14 juillet à tous les Montréalais
L'autre image qu'elle souhaite laisser est plus festive. Lorsque la conversation aborde le Festival Bastille, son visage s'illumine. Elle reconnaît volontiers avoir longtemps regardé avec envie les grandes fêtes communautaires montréalaises. « Nous sommes un peu jaloux de la Saint-Patrick », lance-t-elle en souriant.
Avec son équipe et de nombreux partenaires privés et associatifs, elle a souhaité faire évoluer les célébrations du 14 juillet pour en faire un événement ouvert à tous les Montréalais, bien au-delà de la seule communauté française.
Le succès des deux dernières éditions la conforte dans cette intuition.
Elle espère désormais que cette fête continuera à grandir et qu'elle trouvera, avec le temps, sa place parmi les grands rendez-vous populaires de l'été montréalais.
Retour aux sources
À Bruxelles, la diplomate retrouvera les dossiers politiques qui ont façonné une grande partie de sa carrière. Mais lorsqu'on l'interroge sur son avenir à plus long terme, c'est un autre continent qui revient immédiatement dans ses réponses.
Elle se définit volontiers comme une « africaniste ». Le Kenya, la Tanzanie, la République démocratique du Congo… autant de pays qui ont marqué son parcours et auxquels elle demeure profondément attachée.
« C'est un continent qui me manque beaucoup. »
Cette prochaine étape européenne répond aussi à un équilibre personnel et familial, avant, peut-être, un nouveau départ vers l'Afrique.
Au terme de cette conversation, le bilan dépasse largement les statistiques, les passeports délivrés ou les réformes administratives. Il raconte le parcours d'une diplomate qui, après avoir travaillé sur les crises internationales et les grandes négociations politiques, aura découvert à Montréal une autre dimension de son métier : celle du service direct aux citoyens.
Présente dans les grands rendez-vous institutionnels comme dans les événements associatifs, attentive aux Français établis au Canada, elle aura cultivé une diplomatie de proximité, en lien étroit avec les conseillers des Français de l'étranger et les consuls honoraires de Sherbrooke et de Rouyn-Noranda, partenaires essentiels du consulat sur le territoire québécois.
C'est sans doute cette manière d'exercer ses fonctions, autant que les réformes engagées, qui laissera son empreinte auprès de la communauté française de Montréal : celle d'une consule générale pour qui un consulat ne se résume pas à des démarches administratives mais qu'il est avant tout un lieu où se maintient, parfois discrètement, le lien entre un pays et ses ressortissants.
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