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Comment LiteratIA prépare les enseignants francophones à l'intelligence artificielle

Face à une intelligence artificielle qui transforme en profondeur les pratiques pédagogiques, des enseignants, chercheurs et conseillers pédagogiques ont fait un pari : celui de l'intelligence collective. Née à l'UQAM et au Collège de Bois-de-Boulogne, LiteratIA est devenue une communauté de pratique qui accompagne aujourd'hui des centaines d'acteurs de l'enseignement au Québec et commence à rayonner dans l'ensemble de la Francophonie.

Sandrine Prom Tep - UQAMSandrine Prom Tep - UQAM
Sandrine Prom Tep, professeure à l'UQAM et cofondatrice de LiteratIA. - Illustration LPJ
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 1 août 2026

 

 

Un mardi soir, des enseignants du Québec, de France, de Belgique ou encore du Luxembourg se retrouvent devant leur écran. Certains enseignent le français, d'autres les mathématiques, le marketing ou les soins infirmiers. Tous se posent la même question : comment intégrer l'intelligence artificielle dans leurs cours sans perdre le sens de leur métier ?

Pendant près de deux heures, l'un d'eux présente une expérimentation menée avec ses étudiants. Les autres interrogent, testent, critiquent, proposent des améliorations. Les échanges se poursuivent souvent bien après la fin de la rencontre.

Cette scène se répète actuellement une fois par mois en moyenne. Elle constitue le cœur de LiteratIA, une communauté de pratique née à l'Université du Québec à Montréal (UQAM) qui accompagne aujourd'hui des centaines d'enseignants francophones dans l'appropriation de l'intelligence artificielle. Plus qu'un site Internet, LiteratIA est un espace où l'on apprend collectivement à enseigner dans un monde où l'IA est devenue une réalité quotidienne.

 

Une idée née avant ChatGPT

Le projet voit le jour au printemps 2022, plusieurs mois avant que ChatGPT ne soit rendu accessible au grand public. À l'origine, les chercheurs souhaitent explorer les possibilités de l'intelligence artificielle dans quelques disciplines.

Lorsque ChatGPT apparaît à l'automne suivant, ils comprennent que l'enjeu dépasse largement leurs premières hypothèses. LiteratIA change alors d'échelle : il ne s'agit plus seulement d'expérimenter un outil, mais d'accompagner l'ensemble du monde de l'enseignement supérieur face à une transformation profonde.

À l'origine de cette évolution se trouve une conviction simple : face à une technologie qui progresse presque chaque semaine, aucun enseignant, aucun établissement et aucun pays ne peut avancer seul.

 

 

 

Miser sur l'intelligence collective

C'est cette idée qui conduit Sandrine Prom Tep, professeure à l'UQAM, et Bruno Santerre, professeur au Collège de Bois-de-Boulogne de Montréal, à lancer cette communauté de pratique. Leur ambition n'est pas de créer une plateforme supplémentaire, mais un lieu où les enseignants apprennent d'abord les uns des autres.

Cette collaboration n'est pas un hasard. Les chercheurs universitaires apportent leurs travaux et leur capacité d'analyse, tandis que les enseignants du réseau collégial expérimentent rapidement de nouvelles approches dans leurs classes. Les deux univers se complètent et s'enrichissent mutuellement.

Dès ses débuts, LiteratIA fait également le choix de produire des ressources en français adaptées au contexte québécois, alors que la quasi-totalité des contenus disponibles sur l'intelligence artificielle sont encore en anglais.

Très vite, les fondateurs constatent que la véritable richesse de LiteratIA ne réside pas dans son site Internet, mais dans les échanges qu'il suscite. « Nous faisons surtout un travail de mise en relation et de transfert de connaissances », résume Sandrine Prom Tep.

 

Une trajectoire entre plusieurs cultures

Si LiteratIA regarde aujourd'hui vers l'ensemble de la Francophonie, ce n'est sans doute pas un hasard.

Sa cofondatrice, Sandrine Prom Tep, est née en France d'un père cambodgien et d'une mère française. À 18 ans, elle choisit de venir à Montréal pour entreprendre un baccalauréat à l'Université McGill. Elle ne quittera plus le Québec, où elle poursuivra ses études avant d'y bâtir sa carrière jusqu'à devenir professeure à l'UQAM. Mariée à un Québécois et mère de deux enfants, elle porte aujourd'hui un regard nourri par plusieurs cultures.

Cette histoire personnelle nourrit sa vision : faire circuler les connaissances entre les différents espaces francophones plutôt que laisser chaque territoire développer seul ses propres réponses face à l'intelligence artificielle.

 

Capture d'écran de LiteratIA
Capture d'écran de literatia.ca

 

Une communauté plutôt qu'une plateforme

À première vue, LiteratIA ressemble à un portail consacré à l'intelligence artificielle. En réalité, le site n'est que la partie visible du projet.

Accessible librement et gratuitement, LiteratIA est ouvert à toute personne intéressée par l'intelligence artificielle en éducation. La communauté concentre toutefois ses activités sur l'enseignement supérieur, en privilégiant le partage d'expérimentations pédagogiques concrètes autour de l'IA générative.

Le véritable moteur réside dans une communauté où enseignants, chercheurs, conseillers pédagogiques et professionnels de l'éducation présentent leurs essais, leurs réussites, mais aussi leurs hésitations. Les rencontres, webinaires et ateliers permettent aux participants de repartir avec des idées immédiatement applicables dans leurs classes.

Cette dynamique fait de LiteratIA un véritable projet de recherche-action. Les expérimentations menées dans les établissements ne restent pas confinées aux salles de classe : elles sont documentées, partagées, discutées puis réinvesties par d'autres enseignants, qui les adaptent à leur tour à leur propre contexte.

Chaque expérimentation individuelle devient ainsi une ressource collective. Personne n'y prétend détenir la solution idéale. Les pratiques se construisent collectivement, au fil des expériences.

 

Capture d'écran de LiteratIA
Capture d'écran de literatia.ca


 

Former des citoyens autant que des enseignants

Pour les fondateurs de LiteratIA, l'intelligence artificielle ne bouleverse pas seulement les méthodes d'enseignement. Elle transforme aussi la manière dont les citoyens produisent, recherchent et évaluent l'information.

Former les enseignants à l'IA, c'est donc aussi leur donner les moyens d'accompagner leurs étudiants dans le développement d'un esprit critique face à ces nouveaux outils : comprendre comment ils fonctionnent, identifier leurs limites, reconnaître leurs biais et apprendre à les utiliser avec discernement.

L'objectif n'est pas de faire de chaque enseignant un expert en intelligence artificielle, mais de lui permettre d'en devenir un utilisateur éclairé.

 

Une ambition pour toute la Francophonie

Après avoir consolidé son implantation au Québec, LiteratIA commence désormais à essaimer au-delà de la province.

Des collaborations sont en cours avec plusieurs établissements et réseaux en Belgique, en France et dans d'autres espaces francophones. L'objectif n'est pas d'exporter une plateforme technologique, mais une méthode de travail fondée sur le partage des connaissances et l'intelligence collective.

À l'heure où l'intelligence artificielle redessine profondément les systèmes éducatifs, cette initiative née à Montréal montre que la francophonie universitaire peut produire ses propres réponses et inventer ses propres modèles de coopération.

Derrière LiteratIA se dessine finalement une question qui dépasse largement le monde de l'éducation : celle de la capacité des communautés francophones à construire leurs propres savoirs et leurs propres pratiques face à des technologies conçues ailleurs.

Pour ses fondateurs, l'enjeu n'est pas seulement de mieux utiliser l'intelligence artificielle. Il est aussi de montrer que la Francophonie peut être un lieu d'innovation, capable de produire ses propres méthodes, de partager ses expériences et d'influencer, à son tour, la manière dont l'intelligence artificielle transformera l'enseignement.

 

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