Quand il quitte Paris à l'été 2022, Félix Wagner ne cherche pas seulement une école. Il cherche un nouveau départ. Quatre ans plus tard, le pari est réussi. L'humoriste vit désormais de son métier, partage sa vie entre la scène, l'écriture et les réseaux sociaux, et regarde déjà vers l'avenir. Une trajectoire qui raconte aussi ce que le Québec peut offrir à ceux qui osent tout recommencer.


Donner une chance à son rêve
À 17 ans, Félix Wagner sait déjà ce qu'il veut faire : monter sur scène. Pourtant, le chemin sera plus long que prévu.
Après une licence d'études théâtrales à la Sorbonne-Nouvelle puis un master en scénarisation et réalisation, il multiplie les scènes ouvertes tout en occupant un emploi alimentaire dans un escape game. Les études rassurent sa famille, mais elles ne répondent jamais vraiment à son ambition.
Puis la pandémie met un coup d'arrêt aux débuts qu'il espérait. « Je faisais beaucoup d'allers-retours entre mon travail et la scène. J'avais l'impression de ne plus avancer. »
Au bout de trois ans, une évidence s'impose.
« Je me suis dit qu'il fallait que je donne une vraie chance à mon rêve. »
Cette chance, il ira la chercher à Montréal.
Le Québec comme accélérateur
À l'époque, l'École nationale de l'humour constitue pratiquement une exception dans le monde francophone. Félix postule aux deux formations proposées. Il est d'abord accepté en écriture humoristique, alors qu'il rêvait plutôt de monter sur scène.
Un contretemps qui changera sa vie.
Après une première année consacrée à l'écriture, il décide de poursuivre avec la formation d'humoriste. Trois années d'immersion totale dans un univers où tout tourne autour du rire, de l'écriture et de la scène.
« J'étais entouré de gens qui partageaient exactement la même passion. Ça change complètement ta façon de créer. »
Plus que les techniques d'écriture ou les conseils des enseignants, c'est cette immersion quotidienne qui agit comme un accélérateur. Pour la première fois, il peut consacrer toute son énergie à son projet artistique.
Apprendre à douter... pour mieux avancer
La deuxième formation est plus exigeante. Il ne s'agit plus seulement d'écrire des blagues, mais de parler de soi devant un public. Les doutes réapparaissent.
« J'ai même pensé arrêter. »
Consacrer trois ans à une carrière dont personne ne peut garantir l'issue n'a rien d'évident. Le déclic viendra d'une vidéo publiée sur les réseaux sociaux. Un extrait de spectacle rencontre un succès inattendu et lui apporte ses premiers milliers d'abonnés. Les opportunités commencent alors à se multiplier. « Ça m'a permis de chasser une partie de mes doutes. »
Trouver sa propre voix
L'École nationale de l'humour lui apporte bien plus qu'une méthode de travail. Elle l'aide aussi à préciser le créateur qu'il souhaite devenir.
Ses premières vidéos reprennent les codes du stand-up : un texte, une caméra et quelques minutes pour faire rire. Progressivement, son univers évolue.
« J'aime créer des univers. »
Jeux vidéo, cinéma, culture populaire ou situations absurdes : Félix Wagner imagine désormais de véritables mini-fictions où la mise en scène occupe autant de place que les blagues. Un virage qui lui permet de développer une identité plus personnelle.
Paradoxalement, les études de cinéma qu'il considérait autrefois comme un détour trouvent aujourd'hui toute leur utilité. « J'aime mélanger différents univers. Je suis moins dans le face caméra. Ce qui m'amuse, c'est de construire une fiction. »
Cette évolution se retrouve jusque dans les projets que lui confient certaines entreprises. Lorsqu'on lui demande de faire découvrir le métier d'arpenteur-géomètre, il imagine par exemple une vidéo inspirée de l'univers des jeux vidéo plutôt qu'une présentation classique. Une manière de raconter autrement, devenue peu à peu sa signature.
Une carrière qui se construit
Aujourd'hui, Félix vit de plusieurs activités complémentaires.
Il monte sur scène plusieurs fois par semaine, écrit pour d'autres humoristes, accompagne de jeunes artistes dans le développement de leurs textes et crée des contenus humoristiques pour les réseaux sociaux. Instagram, TikTok, YouTube et Facebook sont devenus autant de vitrines professionnelles.
« Beaucoup de contrats arrivent parce que les gens m'ont découvert sur les réseaux. »
Au fil des derniers mois, des entreprises comme Desjardins ont fait appel à lui pour imaginer des campagnes destinées aux nouveaux arrivants. D'autres clients lui ont également confié la conception de contenus originaux, avec une grande liberté créative.
Pour lui, les réseaux sociaux ne remplacent pas la scène. Ils en sont souvent la porte d'entrée.
Une nouvelle vie au Québec
En quatre ans, le Québec lui a offert bien davantage qu'une formation. Il y a trouvé ses premiers contrats professionnels, un réseau d'amis et de collaborateurs, mais aussi sa compagne, une Québécoise rencontrée à l'École nationale de l'humour, où elle termine actuellement son propre parcours. Pour autant, Félix n'oublie pas la France.
Il continue de suivre de près l'actualité politique française, retourne régulièrement voir sa famille à Paris et imagine qu'une partie de sa carrière s'y développera un jour.
« J’ai le désir de construire une carrière en France, mais je n’oublierais jamais ce que le Québec m’a apporté »
Cette double culture nourrit déjà son écriture.
Entre Montréal et Paris
À seulement quelques années de ses débuts professionnels, Félix vit désormais de son humour. Le chemin reste long. Construire un spectacle, élargir son public, poursuivre son développement sur scène et, peut-être un jour, partager sa carrière entre Montréal et Paris.
Mais une chose est déjà acquise. Lorsqu'il a traversé l'Atlantique en 2022, il venait chercher une école. Il y a trouvé un métier, un pays d'adoption... et une nouvelle vie.
Félix Wagner partagera l'affiche avec Leonardo De Hemptinne le 13 juillet prochain au Bar Le Jockey, à Montréal, pour un spectacle où chacun présentera trente minutes de stand-up inédit. Informations et réservation.
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