Édition internationale

Un théâtre montréalais sur les routes de la francophonie canadienne

Avant d’être un bâtiment, le théâtre fut une troupe allant de ville en ville. Dix ans après avoir ouvert leur salle à Montréal, Maiva Huguet et Jamin Chtouki renouent avec cette tradition. Du Nouveau-Brunswick aux Prairies, ils transforment salles polyvalentes et centres communautaires en théâtres d’un soir.

Jamin Chtouki, Éléa Chtouki, Maïli Chtouki et Maiva Huguet Jamin Chtouki, Éléa Chtouki, Maïli Chtouki et Maiva Huguet
Jamin Chtouki, Éléa Chtouki, Maïli Chtouki et Maiva Huguet réunis sur scène lors de la soirée célébrant les dix ans de La Comédie de Montréal, le 14 mai 2026. Photo de courtoisie
Écrit par Bertrand de Petigny
Publié le 2 septembre 2026

 

À Petit-Rocher, au Nouveau-Brunswick, rien n’attend les comédiens. Il faut apporter le spectacle, installer la salle, régler les lumières, accueillir le public, jouer, démonter. Puis reprendre la route.

Les tréteaux ont disparu, remplacés par des kilomètres de bitume et des décors conçus pour voyager. L’esprit demeure : aller là où se trouve le public.

 

« Ils ne passeront pas l’hiver »

Ouverte en 2016, La Comédie porte bien son nom. Ici, le rire n’est pas un genre parmi d’autres : il est la raison d’être du lieu.

Les pièces parlent du couple, du mariage et des fins de semaine qui dérapent. Les titres annoncent la couleur : Drôle de mariage, Foutue fin de semaine, Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus.

À leurs débuts, pourtant, certains doutaient de l’avenir du théâtre.

« Les gens du milieu se disaient : “Ils ne passeront pas l’hiver.” Dix ans plus tard, nous sommes toujours là. »

En une décennie, La Comédie a produit plus de 50 créations maison et donné environ 800 représentations. Ses spectacles ont circulé dans plus de 30 villes au Québec et ailleurs au Canada.

 

La Comédie de Montréal : une scène indépendante qui fait place au théâtre populaire

 

Le 14 mai dernier, la salle a célébré ses dix ans autour de Drôle de mariage et d’un encan mené par Jamin Chtouki. Clients, artistes, amis et gens d’affaires étaient réunis. Pas de salle comble, reconnaît Maiva Huguet, mais une soirée à l’image du théâtre : intime, chaleureuse et joyeuse.

Le parcours n’a pourtant rien eu d’un long éclat de rire. Pendant la pandémie, la salle est restée fermée 18 mois sur 24. L’équipe s’est tenue prête et a rouvert dès le premier jour autorisé.

« Notre sofa était imprimé sur nos fesses ! », plaisante aujourd’hui Maiva Huguet.

 

Le public était plus loin

L’idée des tournées est venue des spectateurs. La Comédie cherchait de petites salles, d’une centaine de places, pour jouer hors de Montréal. Elle a alors rencontré des francophones qui avaient parcouru des kilomètres pour assister à une représentation. Dans leur ville, les comédies en français circulaient peu.

Maiva Huguet et Jamin Chtouki ont commencé à contacter des associations francophones, des centres communautaires et des municipalités ailleurs au Canada.

En septembre 2025, Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus prend la route de Moncton, Petit-Rocher et Campbellton, puis de Charlottetown. Un mois plus tard, le spectacle traverse les Prairies : Gravelbourg, Regina, Saskatoon et Winnipeg.

En mars 2026, la compagnie ajoute Fredericton, Edmundston, Shippagan et Carleton-sur-Mer à son parcours.

Les villes changent, pas les sujets. La vie de couple, ses malentendus et ses petites catastrophes se comprennent partout.

« Ces publics veulent des comédies légères et drôles. Ils en ont peu de ce type et, lorsque nous leur en proposons, ils sont ravis. »

La formule fonctionne parce qu’elle est simple. Des productions légères, des histoires immédiatement reconnaissables et une proximité constante avec la salle. Pas besoin d’être un habitué du théâtre : on vient passer une soirée et rire de ce que l’on connaît.

Peu à peu, un public fidèle se forme. Certains spectateurs réservent dès qu’une nouvelle tournée est annoncée.

 

Luc Arsenault et Carole B. Thomas
Foutue fin de semaine Luc Arsenault et Carole B. Thomas Juillet 2026 L'Isle-aux-Coudres

 

Huit villes en neuf jours

Du 11 au 19 septembre 2026, La Comédie enchaînera huit villes.

Drôle de mariage sera présenté à Edmundston, Carleton-sur-Mer, Shippagan, Fredericton et Campbellton. Moncton et Petit-Rocher accueilleront Foutue fin de semaine. À Summerside, où la compagnie jouera pour la première fois, ce sera Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus.

La route passera ensuite par Lévis, Hawkesbury et Ottawa. En mars et avril 2027, La Comédie prévoit de retourner dans l’Ouest, notamment à Regina et Calgary.

 

Le rire, sans filet

Chaque date reste un pari. La compagnie loue les salles, organise les déplacements et assume le risque financier. Les premières tournées ont été déficitaires. Elles ont permis de tester le public et de gagner la confiance des partenaires locaux.

« Ce n’est pas Byzance, mais plus nous avançons, plus nous devenons rentables », 

Selon la directrice, Maiva Huguet, les demandes d’aide déposées jusqu’ici par le théâtre ont toutes été refusées. La route continue donc en autofinancement, une représentation après l’autre.

Pourtant, le théâtre a rarement avancé seul. Des princes qui protégeaient autrefois les troupes aux entreprises qui soutiennent aujourd’hui les festivals, son histoire est aussi celle de ses mécènes. Même les comédiens itinérants avaient besoin de protecteurs, de villes d’accueil et de bienfaiteurs pour dresser leurs tréteaux.

La Comédie cherche encore les siens. Pas pour renoncer à son indépendance, mais pour aller plus loin, alléger le risque de chaque tournée et rejoindre des communautés trop petites ou trop éloignées pour rentabiliser seules la venue d’une troupe.

 

Carole B. Thomas, Jamin Chtouki
À gauche, Carole B. Thomas et Jamin Chtouki dans Foutue fin de semaine à L’Isle-aux-Coudres. À droite, Jamin Chtouki dans Les hommes viennent de Mars, les femmes de Vénus, à Ottawa.

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Un port d’attache et des routes à ouvrir

À Montréal, Maiva Huguet et Jamin Chtouki veulent consolider leur salle et réaliser les aménagements trop longtemps reportés. Mais La Comédie ne tient déjà plus entre ses murs.

À l’été 2026, la troupe s’est installée pendant deux mois à L’Isle-aux-Coudres pour jouer six jours sur sept. Le succès de l’expérience lui donne envie de relancer le théâtre d’été dans d’autres villes.

La Comédie pourrait ainsi devenir à la fois un lieu montréalais et une troupe itinérante : un port d’attache, mais plusieurs scènes.

Les costumes sont prêts. Les décors savent voyager. Le public, lui, a déjà répondu présent de Moncton à Winnipeg. Reste maintenant à trouver les villes, les diffuseurs, les entreprises ou les mécènes prêts à monter dans l’aventure.

Autrefois, un protecteur permettait aux comédiens de reprendre la route. Dix ans après avoir déjoué ceux qui ne les voyaient pas passer leur premier hiver, Maiva Huguet et Jamin Chtouki cherchent moins un sauveur qu’un nouvel élan.

Car partout où une salle peut s’ouvrir et où des francophones ont envie de rire, La Comédie peut arriver.

 

Programmation et billetterie : lacomedie.ca

 

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