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Nouvel An lunaire : le Quartier chinois en fête malgré l’incertitude

Les lanternes rouges flottent au-dessus de la rue De la Gauchetière. Les tambours résonnent contre les façades, les lions colorés ondulent au rythme des cymbales. Ce week-end, le Quartier chinois célèbre le Nouvel An lunaire dans une atmosphère à la fois festive et déterminée.

personnages du Nouvel an chinois 2026 à Montrealpersonnages du Nouvel an chinois 2026 à Montreal
Mascottes porte-bonheur, costumes impériaux et foule rassemblée : le Nouvel An lunaire a transformé le Quartier chinois en scène festive le temps d’un week-end. Photo Instagram
Écrit par Astrid David de Vignerte
Publié le 24 février 2026

 

 

 

« Si on met du cœur dans un endroit, on peut lui redonner sa grandeur d’avant », Yi Fang (Eva) Hu



 

Les 21 et 22 février, le secteur s’est transformé en scène à ciel ouvert. Danses du lion, spectacles culturels, calligraphie, projections lumineuses sur la place Sun-Yat-Sen : la formule mise sur des performances déambulatoires plutôt qu’une grande parade.

« Le Nouvel An lunaire, c’est le moment où le quartier montre qu’il est vivant », affirme Yi Fang (Eva) Hu, fondatrice d’Asie en Fête et du Marché de Nuit asiatique, qui orchestre les célébrations pour la quatrième année consécutive.

 

« Le quartier a évolué, et nous aussi. On voulait quelque chose de plus proche des gens, plus chaleureux. »

 

 

passeport 2026 Montreal

 

 

Encourager les commerces

Grande nouveauté cette année : un passeport du Quartier chinois. Une quarantaine de commerçants participent à l’initiative. Trois étampes à récolter, plus de mille cadeaux offerts.

« C’est une manière directe d’encourager les visiteurs à entrer dans les boutiques », explique Eva Hu.

Car derrière la fête, la réalité économique demeure fragile. Le budget de l’événement a été réduit de plus de moitié par rapport à l’an dernier. « L’essentiel, ce n’est pas combien on a, c’est comment on crée quelque chose de beau et accessible, avec peu », insiste-t-elle.

 

Un quartier sous pression

Aujourd’hui, le Quartier chinois ne s’étend plus que sur deux blocs. Amputé au fil des décennies par la construction du Complexe Guy-Favreau, du Palais des congrès et du Complexe Desjardins, il reste pourtant un symbole fort de l’histoire migratoire montréalaise.

En 2022, le gouvernement du Québec l’a reconnu officiellement comme site patrimonial.

Mais depuis la pandémie, commerçants et résidants constatent une hausse marquée de l’itinérance et de la toxicomanie aux abords du secteur. En 2021, le territoire affichait l’un des taux de criminalité les plus élevés de Montréal, avec 207 crimes pour 1000 résidants selon le SPVM. « On ne peut pas laisser la peur définir l’identité du quartier », confie Eva Hu.

 

Un plan d’action à concrétiser

En 2021, la Ville de Montréal adoptait un Plan d’action pour le développement du Quartier chinois, avec un horizon 2026. Logement, vitalité commerciale, patrimoine et concertation : quatre grandes orientations pour relancer ce secteur emblématique.

La Table ronde du Quartier chinois, créée pour faciliter le dialogue entre la Ville et la communauté, fait l’objet de critiques. Selon Eva Hu, « pour qu’un comité soit représentatif, il faudrait un équilibre réel entre le commercial et le résidentiel. »

Le projet de Société de développement commercial (SDC), envisagé pour structurer les gens d’affaires du secteur, n’a toujours pas vu le jour. « Une SDC transparente et forte pourrait aller chercher plus de ressources et défendre clairement les intérêts économiques du quartier », estime-t-elle.

 

 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Célébrer pour exister

Situé entre le Vieux-Montréal et le Quartier des spectacles, le Quartier chinois occupe un emplacement stratégique. Il demeure aussi le seul quartier chinois francophone d’Amérique du Nord.

Pour Eva Hu, le Nouvel An lunaire dépasse la simple festivité. « C’est un rappel que nous sommes encore là. Que notre histoire continue. »

Au milieu des tambours et des lanternes, des enfants courent entre les stands, des familles posent sous les arches rouges.

Dans un quartier sous pression, la fête devient un geste d’affirmation.

« Si on met du cœur dans un endroit, on peut lui redonner sa grandeur d’avant », conclut Eva Hu. 

Et cette année plus que jamais, derrière chaque lanterne suspendue, c’est cette promesse qui éclaire le Quartier chinois

 

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