Plus de 100 intervenants internationaux, institutions européennes, scientifiques, entreprises, artistes et communautés issus de plus de 30 pays se sont réunis à Venise du 3 au 8 juin 2026 pour élaborer un nouvel agenda mondial sur l'eau.


De la résilience hydrique des villes aux « Blue Communities », des données sur la « faillite hydrique mondiale » aux stratégies récompensées par les Planet Aqua Awards : une semaine après la clôture de l'événement, les thèmes abordés et les solutions discutées lors de la Venice Climate Week s'avèrent de plus en plus urgents, alors que le monde se prépare à affronter un nouvel été marqué par des phénomènes climatiques extrêmes, le stress hydrique, la vulnérabilité croissante des territoires et de nouvelles instabilités économiques et sociales générées par la crise climatique.
Après une semaine intense de travaux lors de la deuxième édition de la Venice Climate Week, le message qui s’est dégagé de ces six jours de rencontres, forums, assemblées, tables rondes et événements publics qui ont animé Venise du 3 au 8 juin continue de s’avérer plus que jamais d’actualité.
Alors qu’une grande partie de l’Europe s’apprête à affronter, ou connaît déjà, un nouvel été marqué par des températures record, des vagues de chaleur, des phénomènes météorologiques extrêmes et une pression croissante sur les ressources en eau, les réflexions menées lors de cet événement trouvent en effet une confirmation de plus en plus évidente dans la réalité et proposent d’ores et déjà des solutions.
Résilience climatique
Née d’une idée du journaliste Riccardo Luna et organisée en collaboration avec Sara Roversi (Future Food Institute) et Cristiano Seganfreddo (FlashArt), la Venice Climate Week s’est imposée, en seulement deux éditions, comme l’une des principales plateformes européennes dédiées à la rencontre entre la science, les politiques publiques, la culture, l’innovation, les entreprises et la société civile, ainsi qu’un point de référence international en matière de résilience climatique, de régénération écologique et de diplomatie de l’eau.
L'édition 2026, articulée autour du thème « Planet Aqua, Planet Peace », a placé au cœur du débat international une conviction partagée : l'eau représente aujourd'hui le principal lien entre la crise climatique, la sécurité alimentaire, la biodiversité, la santé publique, le développement économique, le patrimoine culturel et la paix.
Au cours de la semaine, Venise a accueilli plus d’une centaine d’intervenants venus de plus de trente pays, parmi lesquels des représentants des institutions européennes et de l’ONU, des ministres, des maires, des scientifiques, des entrepreneurs, des artistes, de jeunes leaders et des organisations de la société civile.
Parmi les personnalités présentes figuraient, entre autres, la commissaire européenne chargée de l’Environnement, de la résilience hydrique et de l’économie circulaire, Jessika Roswall, l’économiste et stratège de la transition écologique Jeremy Rifkin, l’artiste Olafur Eliasson, le scientifique spécialiste de l’environnement et récent lauréat du prestigieux Stockholm Water Prize 2026, Kaveh Madani, la biologiste marine et océanographe Sylvia Earle, le philosophe des sciences et évolutionniste Telmo Pievani, l’artiste Michelangelo Pistoletto, la militante de 14 ans Licypriya Kangujam et de nombreux représentants du système des Nations unies, des villes du réseau C40 et des principales organisations internationales engagées dans la transition écologique.

Planet Aqua : une nouvelle façon d'appréhender la crise climatique
L'une des contributions théoriques les plus marquantes de cet événement a été celle de Jeremy Rifkin, qui a appelé à dépasser définitivement l'idée de vivre sur une « planète Terre » pour reconnaître au contraire que la Terre est avant tout une planète d'eau.
Selon Rifkin, le changement climatique se manifeste aujourd’hui à travers la réaction de l’ensemble de l’hydrosphère terrestre : pluies torrentielles, inondations, sécheresses, incendies, ouragans, élévation du niveau des mers et phénomènes météorologiques extrêmes sont autant de signes d’un système planétaire en quête d’un nouvel équilibre.
De cette prise de conscience naît la proposition culturelle et politique incarnée par le concept de « Planet Aqua » : passer d’une vision de l’eau comme simple ressource à exploiter à une conception de l’eau comme source de vie, infrastructure écologique fondamentale et bien commun mondial à protéger.
Dans cette perspective, l’eau, les océans, les glaciers, les rivières, les nappes phréatiques et l’atmosphère ne constituent pas des systèmes distincts, mais un organisme planétaire unique, dont l’équilibre conditionne la stabilité climatique, la sécurité alimentaire, la santé des écosystèmes et la prospérité des sociétés humaines.
L'eau, enjeu politique, économique et social du XXIe siècle
Comme l'a souligné Jessika Roswall, commissaire européenne chargée de l'Environnement, de la résilience hydrique et de l'économie circulaire : « L'eau doit être au cœur de tout. La résilience hydrique doit devenir l'une des priorités politiques et stratégiques de notre époque. »
Une position partagée par Kaveh Madani, directeur de l’Institut de l’Université des Nations unies pour l’eau, l’environnement et la santé (UNU-INWEH) et lauréat du Prix de l’eau de Stockholm 2026, qui a proposé l’une des analyses les plus percutantes de tout l’événement : « Nous ne sommes pas confrontés à une crise de l’eau. Nous sommes confrontés à une crise de gouvernance, de priorités et d’imagination. L’eau est le premier domaine où le changement climatique devient visible, économique et politique.»
Les chiffres de la crise et de la transition
Les données présentées lors de la Venice Climate Week 2026 dressent un tableau qui exige une accélération sans précédent des politiques d'adaptation au changement climatique.
Selon le rapport Global Water Bankruptcy 2026 – une expression qui évoque l’idée d’une véritable « faillite hydrique mondiale », dans laquelle la consommation et la dégradation des ressources en eau dépassent la capacité des systèmes naturels à les régénérer –, présenté par Kaveh Madani :
- près de 75 % de la population mondiale vit dans des pays classés comme étant en situation d’insécurité hydrique ;
- 1,8 milliard de personnes ont connu des conditions de sécheresse rien qu’au cours de la période 2022-2023 ;
- plus de 50 % des terres agricoles de la planète sont aujourd’hui dégradées ;
- environ 10 % sont affectées par la salinisation ;
- la sécheresse engendre un coût économique mondial estimé à 307 milliards de dollars chaque année.
Du côté italien, le rapport élaboré par Deloitte, le Politecnico de Milan et l'université Ca' Foscari a mis en évidence que l'inaction face au changement climatique pourrait entraîner, d'ici 2050, une baisse du PIB national comprise entre 1,6 % et 6 %.
Le rapport a également souligné que la gestion des risques climatiques est appelée à avoir un impact direct sur la compétitivité des systèmes de production, sur la capacité à attirer les investissements et sur la résilience économique des territoires.
Parallèlement, le Blue Economy Monitor d’Intesa Sanpaolo et de la SDA Bocconi a révélé que
59 % des PME européennes ne disposent toujours d’aucune couverture d’assurance contre les événements climatiques extrêmes.
Des signes encourageants et des défis à relever
À côté de ces points critiques, des signes encourageants apparaissent toutefois : on compte déjà 485 start-ups italiennes actives dans les secteurs des technologies propres et de l’économie bleue, ce qui témoigne d’un écosystème innovant en pleine croissance.
Parmi les données les plus significatives qui sont ressorties lors de cet événement, figure également un autre élément souvent sous-estimé dans le débat public : d’ici 2030, il faudra augmenter de plus de 40 % le nombre de diplômés et de titulaires de masters spécialisés dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures et de la transition écologique afin de répondre à la demande croissante de compétences générée par la transformation des systèmes énergétiques et productifs. Un défi qui concerne non seulement l’innovation technologique, mais aussi la formation des nouvelles générations et la capacité des systèmes éducatifs à accompagner le changement.
L’ensemble des données, des recherches et des expériences présentées lors de la Venice Climate Week permet de tirer une conclusion commune : la crise climatique n’est plus un scénario futur à éviter, mais une réalité déjà en cours qui nécessite des investissements immédiats dans la connaissance, les infrastructures, l’innovation et la capacité d’adaptation.
Andrea Sironi, économiste, président d'Assicurazioni Generali et de l'université Bocconi, a en effet souligné la nécessité de renforcer le dialogue entre le monde de la finance, les institutions, les entreprises et les communautés afin de relever les défis du changement climatique. Il a mis en avant le rôle stratégique de la durabilité dans la création de valeur à long terme et l’importance d’investir dans la résilience des territoires, des villes et des personnes, afin que la transition écologique soit inclusive et génère des bénéfices concrets pour la société.
La bonne nouvelle, c’est que bon nombre des solutions nécessaires existent déjà. Le défi des prochaines années consistera à les rendre accessibles, finançables et reproductibles à l’échelle requise par la rapidité des transformations en cours.

Du diagnostic aux solutions : naissance des « Blue Communities »
L’un des principaux héritages de la Venice Climate Week 2026 est la formalisation du projet « Blue Communities », présenté officiellement à la commissaire européenne Jessika Roswall.
Si les données révélées lors de l’événement ont montré l’ampleur de la crise mondiale de l’eau, le projet « Blue Communities » représente la tentative la plus concrète issue de Venise pour transformer la prise de conscience en action. L'objectif est aussi simple qu'ambitieux : construire une nouvelle génération de territoires capables de considérer l'eau non pas comme une ressource sectorielle à gérer, mais comme l'infrastructure stratégique autour de laquelle repenser le développement économique, l'adaptation au changement climatique, la protection des écosystèmes, la cohésion sociale et la qualité de vie.
La proposition prévoit :
- la mise en place d'un groupe de travail permanent sur les « Blue Communities » ;
- le lancement de dix territoires pilotes en Europe et dans la région méditerranéenne ;
- la définition de nouvelles recommandations européennes en matière de gouvernance, de financement et d'innovation pour la résilience hydrique.
Présentée à la Commission européenne dans le cadre de la nouvelle stratégie européenne pour la résilience hydrique, cette initiative vise à contribuer à l’élaboration de ce que de nombreux observateurs désignent désormais comme le futur « European Blue Deal » : une vision intégrée dans laquelle la sécurité de l’eau est reconnue comme une condition essentielle à la compétitivité économique, à la sécurité alimentaire, à la stabilité sociale et à la transition écologique.
La « Blue Communities Task Force » a été créée dans le but de réunir autour d’une même table les institutions européennes, les collectivités locales, la communauté scientifique, les entreprises, les organisations civiques ainsi que les territoires côtiers et intérieurs, afin de surmonter l’un des principaux problèmes mis en évidence lors de la Venice Climate Week : la fragmentation des compétences et des responsabilités en matière de gestion de l’eau.
Chaque communauté impliquée sera appelée à partager ses connaissances, ses pratiques, ses outils et ses solutions, contribuant ainsi à la construction d’un laboratoire international décentralisé dédié à la résilience hydrique, à la régénération des écosystèmes et à l’adaptation au changement climatique.
Les futures « Blue Communities » pilotes seront conçues comme de véritables laboratoires vivants territoriaux au sein desquels expérimenter de nouvelles formes de gouvernance, des instruments financiers innovants, des infrastructures vertes et bleues, des modèles de participation citoyenne et des pratiques d’économie régénérative.
L'ambition est de développer des modèles reproductibles pouvant être adoptés par des villes côtières, des territoires ruraux, des zones intérieures et des communautés urbaines dans des contextes géographiques différents, contribuant ainsi à la diffusion à grande échelle des solutions les plus efficaces en matière de résilience hydrique et climatique.
Le choix de lancer cette initiative précisément à Venise n’est pas le fruit du hasard. Peu de villes dans le monde incarnent en effet aussi clairement la relation entre l’eau, la culture, l’économie, la vulnérabilité et la capacité d’adaptation. Venise devient ainsi non seulement le siège de la Venice Climate Week, mais aussi un laboratoire permanent d’une nouvelle culture de l’eau et de la résilience.
Les villes qui donnent l’exemple
Le point d’orgue de l’événement a été la première édition des Planet Aqua City Awards, organisée en collaboration avec C40 Cities, le principal réseau mondial de villes engagées dans la lutte contre la crise climatique.
Ces prix ont récompensé des collectivités locales qui expérimentent déjà des modèles innovants et reproductibles en matière d’adaptation au changement climatique, de gestion des risques hydrologiques, d’accès équitable aux ressources en eau et de régénération urbaine, offrant ainsi des exemples concrets de la manière dont la résilience peut se traduire par une meilleure qualité de vie, un développement économique et une cohésion sociale.
Parmi les lauréats :
- Quezon City (Philippines) pour ses systèmes avancés de surveillance et de prévision des inondations basés sur l'intelligence artificielle ;
- Medellín (Colombie) pour ses programmes d’accès équitable et universel à l’eau dans les zones les plus fragiles ;
- Cascais (Portugal) pour son projet de renaturalisation du torrent Sassoeiros et la transformation du risque d’inondation en infrastructure verte ;
- Barcelone (Espagne) pour sa stratégie d’adaptation au changement climatique du littoral.
Les villes lauréates ont été sélectionnées parmi des dizaines de candidatures internationales pour leur capacité à développer des solutions concrètes, mesurables et reproductibles, démontrant ainsi comment la résilience hydrique peut devenir un moteur d’innovation urbaine, d’inclusion sociale et de compétitivité économique.
Le prix décerné à Tuvalu et la question de la justice climatique
La remise du Planet Aqua Award au gouvernement de Tuvalu a revêtu une importance particulière.
Cette petite nation du Pacifique, représentée par la ministre Lily Tangisia Faavae, a été reconnue comme un symbole mondial de résilience climatique et de leadership pour les communautés les plus exposées aux effets de l’élévation du niveau des mers.
En recevant ce prix, la ministre a rappelé : « Pour Tuvalu, la crise climatique n’est pas un graphique abstrait. C’est notre réalité quotidienne. Mais je refuse de raconter une histoire de désespoir. Tuvalu n’attend pas d’être sauvé. Nous sommes les artisans actifs de notre propre survie. »
Cette distinction lui a été décernée pour le travail accompli dans le cadre de l’Eco Island Project, un programme qui intègre la restauration des écosystèmes, la sécurité de l’approvisionnement en eau, la protection des côtes fondée sur la nature et l’économie circulaire, transformant ainsi l’un des pays les plus vulnérables au monde en un symbole international d’adaptation et de leadership climatique.
Ce prix revêt une valeur symbolique particulière dans le cadre d’une édition consacrée au lien entre l’eau et la paix, rappelant que les conséquences de la crise climatique touchent aujourd’hui de manière inégale les différentes régions de la planète.
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