

Il s'est autoproclamé "roi du bistouri", mais pour ses patientes il est un monstre. Michel Maure est jugé depuis lundi au tribunal correctionnel de Marseille. Entre 2000 et 2004, il aurait charcuté 97 patientes dans sa clinique insalubre
Michel Maure était également gérant de garages automobiles et directeur de deux maisons de retraites, fermées par l'administration ( photo AFP)
Il tempête, parle fort, invective ses victimes et joue les matadors face au tribunal.
Michel Maure, 59 ans n'est pourtant pas dans une position très confortable. Depuis lundi, il est jugé en correctionnelle pour "publicité mensongère, tromperies aggravées, mises en danger d'autrui, blessures involontaires, travail dissimulé et menaces sur une victime". Car depuis la fermeture de sa clinique en 1995 pour insalubrité, Maure a continué ses opérations clandestinement. En février dernier, il a été condamné à six mois de prison avec sursis pour avoir accueilli des locataires dans sa clinique, en principe fermée.
L'homme n'a pas vraiment de complexes. Mégalomane, il se voit comme "l'un des praticiens les plus connus et jalousés de Marseille". Aux enquêteurs marseillais, il s'est même décrit comme l'un des plus grands chirurgiens esthétiques de la planète, ayant même des élèves dans le monde entier. Vaste fumisterie : si Michel Maure est bien médecin généraliste depuis 1974, il a été radié de l'Ordre des Médecins l'année dernière, et n'a jamais eu de diplôme de chirurgien. "J'avais le don de pouvoir refaire une opération intégralement après l'avoir vue une seule fois"affirme-t-il à la barre.
Bienvenue dans le bloc de Frankenstein
Les victimes constituées en parties civiles, ne sont pas avares en détails lorsqu'il s'agit de décrire les pratiques du charlatan. Toutes parlent d'une salle d'opération ressemblant à une cuisine délabrée. Le mobilier est rouillé, la peinture du plafond tombe en lambeaux et la saleté est partout. Quant aux liposuccions ou poses de prothèses mammaires, opérations que Maure effectuait le plus souvent, leur description est digne des pires films d'horreur.
Catherine, opérée en 2003, raconte comment elle s'est évanouie à deux reprises au cours de sa mammoplastie, sous anesthésie locale. Ou comment Michel Maure l'a recousu à vif, alors que l'anesthésie ne faisait plus effet. Enfin Valérie, autre ex-patiente de Maure, explique qu'elle s'est retrouvée avec un sein placé?sous le bras droit ! D'autres se souviennent aussi du sang coulant sur le siège de leur voiture après une opération ou de la graisse qui suintait 3 jours durant.
Face aux douleurs de ses ex-"clientes"comme il les appelle, Michel Maure est agacé. Pour lui "quand on va chez le dentiste, on souffre, ce n'est jamais agréable". Ce procès ne serait qu'un complot, fomenté par des confrères jaloux de son talent. Quant aux plaignantes ce sont des "voleuses"qui n'auraient pas payé leur opération.
Ces arguments risquent de ne pas faire mouche face au tribunal. Verdict d'ici la fin du procès dans 12 jours. Michel Maure encourt jusqu'à 4 ans de prison ferme et 75.000 euros d'amende.
Adeline BOURG. (www.lepetitjournal.com) mercredi 4 juin 2008
En savoir plus :
La Figaro - L'ex-chirurgien esthétique face à ses 97 victimes
La Provence - La chirurgie peu esthétique du médecin aux 90 victimes
Le Point - Chirurgie esthétique: procès à Marseille d'un médecin accusé de tromperies


























