Vendredi 30 juillet 2021

SALON DE L'EMPLOI SENIOR - "C’est une bonne huile de mettre du quinqua dans le moteur d’une entreprise !"

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 19/07/2010 à 00:00 | Mis à jour le 08/02/2018 à 12:52

Avec plus de 220 exposants, 30.000 visiteurs, une quarantaine d'associations présentes, une cinquantaine de conférences organisées et de nombreuses animations proposées, le salon de l'emploi du senior séduit de plus en plus de "quinquas". Edité deux fois à Paris, le salon posera ses valises à Toulouse le 16 novembre prochain. Et pour la première fois, il sera transfrontalier, mettant à l'honneur l'euro-région : Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Catalogne, Baléares. Entretien avec Jack Gaitelli, directeur du salon à Toulouse

Lepetitjournal.com : Qu'est ce qui vous a poussé à prendre en main ce projet ?
Jack Gaitelli : J'ai commencé par être directeur de société en France, puis en Amérique du sud. Quand je suis rentré d'expatriation, j'avais espoir que les quelques compétences que je pouvais avoir, les trois langues que je parle couramment et les expertises acquises sur les continents pourraient servir au développement des entreprises à l international. Mais j'ai vite déchanté ! Et même si j'ai fait des erreurs dans ma recherche de job, on s'aperçoit que finalement en France les seniors ne sont rien. Les personnes comme nous subissent la plus grande ségrégation, qui est faite par la couleur de l'âge. Cinquante ans, c'est un véritable handicap pour trouver du travail. Alors, j'ai travaillé à la vice présidence d'"Objectif 50", une association reconnue qui soutient les quinquas. J'ai bougé, rencontré le directeur du salon senior, Marc Weintraub, puis c'est devenu une cause commune à laquelle on a apporté la solution d'un salon transfrontalier.

A qui s'adresse ce salon?
Le salon s'adresse aux entreprises en recrutement mais pas seulement. A Paris, 10.000 visiteurs sont venus, ainsi que beaucoup d'entreprises… On attend de nos conférences qu'elles ouvrent des perspectives et répondent à des interrogations. Par exemple, notre première conférence traitera de l'euro-région "incontournable générateur d'emploi". Apprendre sur l'euro-région comme structure apporte des connaissances supplémentaires. Je bataille pour faire venir les entreprises car j'ai besoin d'informer, c'est le moteur du salon. Mais si nous avons de l'ordre de 50 à 60 entreprises, tant du côté espagnol que français, nous serons satisfaits. Il y aura un atelier qui sera destiné uniquement au pôle emploi, avec des organisations qui aident les sans emplois. Chacun partagera ses connaissances et s'enrichira des solutions de l'autre. Les associations aussi sont les bienvenues. Puis on s'attachera, à travers des exemples concrets, à redonner confiance. Nous allons essayer d'offrir une palette très large pour que l'entreprise et le chercheur d'emploi aient appris et repartent avec une boîte à outils. Pour cela, nous attendons entre 3.000 et 4.000 personnes.

Vous parlez de "50 ans et plus", de "quinquas", mais que veut dire pour vous le mot senior ?

La définition du senior est pour moi galvaudée. Au salon de l'emploi du senior à Paris, j'avais présidé une conférence ayant pour titre "SVP dessine moi un senior", car ce mot, s'il est utilisé en France, est par contre inconnu en Espagne, en Italie, et dans beaucoup d'autres pays. En France, on met dans le sac des seniors des personnes âgées de 40 à 80 ans. C'est difficile de choisir une stratégie générale pour cet ensemble de personnes. Il faudrait des stratégies adaptées. A 50 ou à 80 ans, on ne rend pas le même service aux entreprises. Un senior, pour moi, c'est quelqu'un qui a de l'expérience, des compétences dans d'autres domaines que les jeunes. D'ailleurs, le non-emploi des jeunes qui est aussi un scandale, devrait être moins marqué que celui des seniors. Les jeunes ont des points d'appui familiaux, alors que l'aîné n'a plus de famille et plus d'appui. Mais il a de l'expérience et des compétences. Sans oublier qu'aujourd'hui les quinquas sont mobiles, prêts à se déplacer, à passer les frontières. Il faut seulement les y encourager.

Comment expliquez-vous que les seniors soient une priorité alors que les jeunes souffrent d'une crise de l'emploi ?

La croissance des entreprises doit passer par l'emploi des seniors. Je défends cette cause, car je veux apporter une solution. La réalité est comme ça, la crise est passée par-dessus et je déplore beaucoup de points communs entre la France et l'Espagne, où les situations sont dramatiques. Au niveau des entreprises, on ne doit pas avoir à choisir entre les jeunes et les quinquas. Je ne comprends pas qu'on puisse le faire car la problématique de l'entreprise doit être spécifique. Si elle est liée aux nouvelles technologies, à l'informatique, il serait plus intéressant pour elle de prendre une jeune. Mais s'il s'agit d'un problème de stratégie, de développement, de technique d'usine, il faut aller dans le sens des seniors. Mettre en balance c'est absurde, seul l'intérêt économique prime. Et puis, quand on voit comme la formation des jeunes coûte cher, alors que nous, on rapporte tout de suite ! En France, on a trop mis en avant la culture du "jeunisme", en rentrant dans la tête des gens qu'ils devaient partir de bonne heure. La retraite est envisagée dès l'âge de 40 ans. Et nous vivons dans une société qui ne tourne plus rond où les gens pensaient partir tôt, mais au dernier moment on leur demande gracieusement de rester, alors qu'ils ont tout préparé pour leur retraite. La couleur de leur âge après 50 ans est source de discrimination. Et souvent à cause des directeurs d'entreprise, quinquas eux-mêmes… Il faut renverser la tendance.

Quelles seraient les solutions ?

L'accès au monde du travail, mais pas seulement. Pour remettre un senior dans le moteur de l'entreprise, on peut parler aussi de franchise, de temps partagé, de temps partiel... Une chose est sûre, les quinquas sont prêts à s'adapter. Le retour à l'emploi des seniors au travail pourrait être un moteur de croissance. Grâce à eux, il est possible de maintenir les connaissances de l'entreprise, de les transmettre, d'utiliser le parrainage. Si le senior part avec son expérience, tout est perdu pour la boîte. Par ailleurs, les seniors sont aujourd'hui très mobiles. Exemple : moi, si on doit m'envoyer demain à Caracas, je serais opérationnel à la première heure ! Je sais parler espagnol, j'ai les nuances de la langue et les connaissances culturelles. Le bagage du jeune est plus léger. Je vous assure, mettez un quinqua dans le moteur de l'entreprise, vous allez voir comment ça va la lubrifier !

Pourquoi un salon transfrontalier ?

Le salon de Toulouse couvrira quatre régions : Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon, Catalogne, Baléares. Nous comprenons mal qu'aujourd'hui au niveau de l'Europe, on ne puisse pas s'appuyer sur les euro-régions, ce qui multiplie les opportunités pour les personnes qui recherchent un emploi. Très souvent, j'entends dire que les entreprises ont du mal à trouver la personne qui convient, affirmant qu'ils cherchent le mouton à cinq pattes. Mais j'y vois une autre explication : lorsque vous êtes limité à un espace, une  ville ou une région, vous n'êtes pas sûr de rencontrer des personnes qui conviennent. En revanche, quand vous ouvrez à un pays frontalier comme cette partie de l'Espagne, les entreprise multiplient les possibilités de recrutement. Le chercheur d'emploi multiplie, lui, les possibilités de trouver un poste. On peut combler les manques. Ce qui nous intéresse, c'est donc la présence des entreprises espagnoles à Toulouse, pour échanger. C'est une grande première mais c'est une première qui devrait largement faire avancer le problème de l'emploi des plus ou moins 50 ans. Après cette édition du salon des seniors à Toulouse le 16 novembre prochain, nous pensons déjà à une prochaine édition à Strasbourg l'an prochain, qui serait transfrontalière avec l'Allemagne.

Comment se déroule l'organisation du salon ?
Qui dit transfrontalier, dit partage. Cela me demande de travailler avec l'euro-région à Barcelone, le service d'occupation de Catalunya, la Généralitat, les chambres de commerce et le Consul général de France, qui depuis le début nous apporte son soutien. On sent que les institutions voient là un moyen de pouvoir participer à la solution de l'emploi des seniors.
Nous nous finançons grâce à la vente des stands et grâce aux organismes qui nous sponsorisent -ils sont nombreux car le salon est une bonne cause. Les assurances nous suivent beaucoup, le travail temporaire, et des entreprises dans la métallurgie se montrent présentes. Cette année, nous souhaitons axer la recherche de travail dans le domaine des énergies renouvelables car les Espagnols sont très avancés dans ce domaine.
Afin que le concept fonctionne, nous avons besoin que la Catalogne soit de plus en plus présente. Pour cela, nous étudions un moyen de transport entre Barcelone et le sud de la France, avec un tarif défiant toute concurrence, afin d'encourager le rapprochement. Nous avons aussi décidé cette année de donner un cadre culturel au salon de l'emploi du senior, une coloration artistique catalane, pour une ambiance plus décontractée, avec des allées larges. Le but est de rendre les participants confiants, qu'ils se sentent à l'aise et oublient leurs soucis.

Isabelle MATERA (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 19 juillet 2010

Salon de l'emploi seniors - 16 novembre 2010 - Toulouse

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