En 2025, l’Entraide française de Madrid a accompagné 127 familles, contre 71 deux ans plus tôt. Face à l’envolée des loyers, à la précarité professionnelle et aux démarches devenues « une course d’obstacles », sa présidente, Catherine Janot, raconte une solidarité faite d’écoute, d’aides concrètes et d’accompagnement vers l’autonomie. Avec une priorité pour cette rentrée : prévenir les expulsions.


Pour commencer, pouvez-vous nous rappeler la mission de l’Entraide et les principaux types d’aide qu’elle propose aujourd’hui ?
Depuis sa création en 1848, la mission de l’Entraide n’a pas changé : être aux côtés de tous ceux et surtout de toutes celles d’entre nous qui traversent une période de précarité, souvent suite à un accident de la vie. Nous sommes là pour accompagner une détresse morale ou économique, aider à surmonter une difficulté et, lorsque cela est possible, permettre à chacun de retrouver le chemin de l’autonomie et de la dignité.
Lorsque qu’une personne s’adresse à nous, nous commençons par écouter sans la juger. Nous pouvons l’accompagner pour des démarches, donner des conseils et, lorsque c’est nécessaire, apporter une aide financière concrète : contribuer au paiement d’un loyer ou de factures de gaz et d’électricité, participer aux frais de soins médicaux, acheter des paniers de produits frais ou encore offrir des vacances à des enfants qui autrement en seraient privés.

À qui s’adresse l’Entraide concrètement ?
L’Entraide est là pour toutes les personnes qui ont besoin de soutien, à condition bien sûr qu’au moins un des membres de la famille soit de nationalité française.
Lorsqu’une personne nous contacte, un premier rendez vous est en général organisé avec notre travailleuse sociale, et parfois avec Virginie Jimenez, la vice-présidente chargée de l’action sociale. Ce premier échange est avant tout un temps d’écoute et de réconfort. Il permet aussi de comprendre la situation dans son ensemble.
Nous construisons ensuite un plan d’action personnalisé, qui est présenté et discuté lors de la réunion de notre comité d’action sociale. Celui-ci réunit huit personnes, bénévoles et salariés de l’association.

Lorsque nous nous étions rencontrés en 2024, vous veniez de prendre la présidence de l’Entraide. Presque deux ans plus tard, quel bilan tirez-vous de cette expérience ?
Le premier constat – il ne surprendra pas les personnes qui sont engagées bénévolement dans des associations – est qu’il y a beaucoup à faire, et que cela ne s’arrête jamais !!
Le deuxième constat n’est pas une découverte pour moi, mais je tiens à le souligner : un accident de la vie – une maladie, une séparation, la perte d’un emploi – peut arriver à tout le monde. Et lorsqu’il vient fragiliser un équilibre déjà précaire, ses conséquences peuvent être dramatiques.
Mais ce qui m’a aussi beaucoup marquée, au-delà des difficultés et des silences – car certaines choses sont difficiles à dire – c’est le courage de celles et ceux qui continuent d’avancer malgré les épreuves. Je pense notamment à ces parents qui, dans des situations parfois très difficiles, pensent avant tout à l’avenir de leurs enfants. Ce courage est impressionnant.
Je voudrais enfin souligner le soutien quotidien de l’équipe des affaires sociales du Consulat et de Madame Nathalie Berthy, Consule Générale de France à Madrid, ainsi que l’appui constant de notre Ambassadrice, Madame Kareen Rispal.
Je remercie également toutes les institutions et associations qui nous accompagnent et relaient nos actions, en particulier l’Institut Français de Madrid, le Lycée Français, l’œuvre de Saint Louis, l’association espagnole des médaillés de l’Ordre National du Mérite, l’APA du LFM, Madrid Accueil et l’UFE.
En 2025, nous avons accompagné d’une façon ou d’une autre 127 familles, soit 227 personnes, à comparer à 71 familles et 151 personnes en 2023. Cette progression est importante et confirme la nécessité et l’actualité de notre action.
Combien de personnes, ou de familles, l’Entraide accompagne-t-elle aujourd’hui ?
En 2025, nous avons accompagné d’une façon ou d’une autre 127 familles, soit 227 personnes, à comparer à 71 familles et 151 personnes en 2023. Cette progression est importante et confirme la nécessité et l’actualité de notre action.
Le montant des aides distribuées est relativement stable, pour différentes raisons. En revanche, nous devons faire face à davantage de demandes d’accompagnement et de conseil. C’est une évolution importante : les personnes ne viennent pas seulement pour chercher une aide financière, elles ont aussi besoin d’être accompagnées pour trouver des solutions durables.

Le profil des personnes qui sollicitent l’association a-t-il changé ? Voyez-vous apparaître de nouvelles formes de précarité parmi les Français installés à Madrid et, plus largement, en Espagne ?
Le profil des personnes que nous accompagnons n’a pas fondamentalement changé : nous aidons principalement des femmes de tous âges, isolées ou chargées de familles ainsi que des hommes âgés isolés. Nous sommes cependant de plus en plus sollicités par des Français établis depuis relativement peu de temps en Espagne, et pour qui les choses ne se sont pas tout à fait passées comme prévu. Cela montre aussi qu’un projet d’installation à l’étranger, même s’il a été réfléchi, peut rapidement devenir difficile lorsque survient un imprévu ou que les conditions changent.
Notre priorité absolue aujourd’hui est de permettre aux personnes qui ont déjà un logement d’y demeurer et d’éviter à tout prix une expulsion qui aurait des conséquences dramatiques.
Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés auxquelles sont confrontées les personnes qui viennent vous voir ?
La principale difficulté est aujourd’hui le logement, dont le coût a littéralement explosé en Espagne et en particulier à Madrid. L’accès à un logement digne est extrêmement difficile pour des personnes disposant de revenus faibles ou irréguliers et sans soutien familial, dans un pays dans lequel il n’y a pratiquement pas de logements sociaux, contrairement à la France.
Notre priorité absolue aujourd’hui est de permettre aux personnes qui ont déjà un logement d’y demeurer et d’éviter à tout prix une expulsion qui aurait des conséquences dramatiques. Par ailleurs, derrière la baisse du taux de chômage, se cachent des réalités plus difficiles ; il y a encore beaucoup trop de travail au noir et de nouvelles formes de précarité apparaissent, avec par exemple le développement du travail indépendant.
Enfin, faute d’accès ou de maîtrise des outils numériques, les démarches les plus simples auprès des administrations, tant espagnoles que françaises, et des banques deviennent vite une course d’obstacles.
Lors de notre première interview, vous insistiez sur une philosophie importante : ne pas seulement apporter une aide ponctuelle, mais permettre aux personnes de retrouver leur autonomie et leur dignité. Concrètement, comment cela se traduit-il aujourd’hui ?
Permettre à chacun de retrouver autonomie et dignité est au cœur de notre action. C’est parfois un long chemin, car les obstacles sont souvent nombreux et se cumulent.
Une part importante de nos aides est consacrée au soutien psychologique et émotionnel. Pour aller de l’avant, il est indispensable de retrouver confiance en soi et de renforcer sa capacité à faire face de manière saine aux difficultés personnelles, familiales et sociales. Ce soutien n’est pas un luxe, c’est une nécessité absolue.
Nous avons souhaité sur notre site, et lors de plusieurs événements, donner la parole aux personnes que nous avons accompagnées. Leurs mots expriment bien mieux que je ne pourrais le faire ce que l’Entraide leur a apporté :
« Famille monomarentale avec 2 enfants âgés de 15 ans aidée en 2024 et 2025. Je ne sais pas comment exprimer avec des mots toute la gratitude que je ressens envers l’Entraide. Avec le recul, je réalise à quel point ma vie aurait été différente si je ne vous avais pas trouvé au moment où j'en avais le plus besoin. Dans une période où l'incertitude et l'inquiétude occupaient mon quotidien, vous avez été un soutien fondamental, non seulement sur le plan pratique, mais aussi sur le plan humain. Grâce à votre aide, j'ai pu trouver un emploi qui m'a apporté stabilité et tranquillité d'esprit, ce qui semblait inaccessible à l'époque. Vous m'avez également guidé pour accéder à des bourses qui ont permis à mes enfants de poursuivre leurs études sans que l'aspect financier ne soit un obstacle insurmontable. Mais la chose la plus précieuse que vous m'ayez apportée n'a pas seulement été l'aide elle-même, mais aussi le traitement, l'empathie et le respect avec lesquels vous m'avez toujours accompagnée. Aujourd'hui, grâce à votre soutien, ma vie a changé. J'ai plus de stabilité, mes enfants peuvent continuer à étudier sans souci et, surtout, j'ai repris confiance en l'avenir. J'aimerais que plus de gens puissent connaître et bénéficier du travail incroyable que vous faites, car ce que vous offrez va bien au-delà d'une aide ponctuelle : vous donnez des opportunités, vous donnez de la force, vous donnez de la dignité. »
Quels sont actuellement les besoins les plus urgents de l’association ?
Il est difficile de parler d’un besoin unique : l’Entraide a besoin de toutes les formes de soutien pour continuer à mener l’action engagée en 1848 par notre fondateur, Ferdinand de Lesseps. Notre association ne serait rien sans ses bénévoles. Si vous avez un peu de temps à donner, nous serons heureux de vous accueillir.
Notre marché de Noël, qui se tiendra cette année le 13 décembre, mobilise chaque année plus de 80 bénévoles tout au long de la journée. Nous avons aussi besoin d’être davantage connus et je remercie toute l’équipe du Petit Journal d’y contribuer. Trop de Français, parfois installés à Madrid depuis longtemps ne nous connaissent pas. Inscrivez-vous à notre newsletter et suivez-nous sur les réseaux sociaux. Nous sommes présents et actifs sur LinkedIn, Facebook et Instagram.
Les dons, même de faible montant, nous sont très utiles et permettent d’aider au quotidien. Et si vous souhaitez vous engager dans la durée, adhérez et prenez ainsi part à notre gouvernance. L’Entraide étant une association reconnue d’utilité publique, un don ou une adhésion d’un montant de 50€ ne vous coutera, après déduction d’impôts que 10 €.
Vous pouvez également participer aux campagnes solidaires que nous organisons toute l’année pour notre banque alimentaire, et en fin d’année pour les colis de Noël aux familles et les jouets pour les enfants. Faire vivre l’Entraide, c’est aussi participer aux événements que nous organisons tout au long de l’année.
Et nous avons besoin de relais au sein les entreprises pour aider directement les familles – comme le font entre autres Leroy Merlin et Afflélou – et pour nous permettre de proposer de beaux lots dans les tombolas qui clôturent la plupart de nos événements.
Enfin, quels seront les grands projets et priorités de l’Entraide pour cette rentrée 2026 et les prochains mois ?
Notre priorité absolue, compte tenu du contexte actuel du logement, est d’éviter autant que possible les expulsions pour les familles qui ont un logement. Nous préparons de nouvelles initiatives et quelques surprises pour la rentrée, avec un objectif simple : faire connaître notre action à un public toujours plus large et donner à chacun l’envie de participer à cette chaîne de solidarité en venant à nos événements.
Il y en aura encore en 2027 pour tous les goûts : challenges sportifs, événements culturels, tournoi de golf, dîner de gala et même un concert de rock. A court terme, nous sommes maintenant pleinement mobilisés sur l’organisation du marché de Noël, qui se tiendra le 13 décembre prochain à l’hotel NH Eurobuilding, où nous vous attendons nombreux.
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