Édition internationale

TABACALERA - La fabrique à tabac devient fabrique à projets

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 13 novembre 2012

Depuis plusieurs mois, il y a du mouvement derrière les affiches déchirées de l'imposant édifice de briques rouges. A Lavapiés, la mythique "Tabacalera" va sortir de son sommeil? L'ancienne fabrique à tabac de la rue Embajadores a été reprise par la communauté de Madrid pour devenir le futur Centre National des Arts Visuels. En attendant le début officiel des travaux, les projets associatifs se multiplient. Les impatients aussi

A la fin du XVIIIe siècle, la roi José Bonaparte se rend compte du potentiel économique des nombreux ateliers à tabac clandestins, un travail essentiellement féminin. Il décide alors de le contrôler pour mieux l'exploiter économiquement et ouvre la fabrique, incroyable source d'emplois. Cinquante ans plus tard, elle emploie 6.300 femmes (alors que Madrid compte 300.000 habitants). Les "cigarreras" représentent alors une révolution féminine au temps où l'indépendance financière est un luxe. La Tabacalera sera elle-même un symbole de l'autonomie du quartier et de sa capacité de mobilisation. En effet, sortiront de ses murs de nombreux leaders en jupes qui animeront les luttes ouvrières de 1830, ou la résistance contre le fascisme pendant la Guerre Civile. Mais dès le XXe siècle, la mauvaise santé du marché du cigare entraîne la déchéance de la fabrique. En 2000, elle est finalement fermée pour une durée indéterminée.

Et la fabrique à tabac devient fabrique à projets
En 1998, les membres de la Red de Colectivos de Lavapiés décident que les 18.000 mètres carrés ne peuvent rester à l'abandon. Vite interpellés, les pouvoirs publics se saisissent du bâtiment pour en faire le nouveau siège du musée des Arts Décoratifs. Mais les habitants du quartier ne l'entendent pas de cette oreille. Pour eux, il est évident que l'espace doit retrouver un rôle social et participatif. En 2004, on parle alors de logements sociaux et d'accueil de personnes âgées?
Les "vrais" travaux de la mairie sont censés commencer dans un an. Mais en attendant, l'espace a été cédé au réseau associatif du quartier. Le dimanche 11 avril dernier, 90 riverains motivés s'étaient en effet retrouvés pour la première journée de travaux collectifs. Nettoyer les patios, peindre un espace pour enfants, monter une salle de théâtre et une cafétéria? Une belle mise en commun d'énergie et un bouillonnement d'idées pour s'approprier le lieu.
Mais le lendemain, la Tabacalera accueillait déjà l'inauguration des Rencontres internationales Paris/Berlin/Madrid (festival de cinéma et d'art contemporain). Un retour à l'institutionnalisation après la "movida" spontanée?
Pas pour tout de suite ! Tout ceux qui ont un projet pour faire vivre ce bâtiment rénové sont invités à le présenter lors des "jueves abiertos", chaque jeudi à 20h dans l'espace Post-nave (contact: abiertos@latabacalera.net), où le débat communautaire continue ensuite avec quelques bières. Mais encore ? Jusqu'au 9 mai, aura lieu la Ladyfest, une série de concerts "féministes et autogérés". Décidément, la Tabacalera reste un symbole de l'émancipation de ces dames.

Sarah BOSQUET (www.lepetitjournal.com ? Espagne) Jeudi 6 mai 2010

Pour plus d'informations, www.latabacalera.net

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Publié le 6 mai 2010, mis à jour le 13 novembre 2012
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