REAL MADRID - 110 bougies pour souffler l'excellence

Par lepetitjournal.com Madrid | Publié le 07/03/2012 à 00:00 | Mis à jour le 05/01/2018 à 08:30

Né le 6 mars 1902, le club madrilène célébrait hier l'anniversaire de sa création. En 110 ans, l'entité omnisports a marqué l'histoire du sport, à travers l'un des plus prestigieux palmarès, et celle de l'Espagne, faisant office de vecteur social, économique et politique. Aujourd'hui considéré comme le club de football le plus riche au monde, le Real Madrid, qui ne connaît pas la crise, est promis à un bel avenir

Passent les titres de gloire et les années, son écusson brille à travers le monde et les époques comme un gage d'éternité. Le Real Madrid célébrait hier les 110 ans d'une histoire qui ne semble pas soumise au temps. Club omnisports, institution sociale, vitrine d'une ville et d'un pays, le plus que centenaire, actuel leader de première division de football avec dix points d'avance sur son éternel rival du FC Barcelone, affiche un bilan de santé resplendissant. "Le Real Madrid est condamné à l'excellence", avait souligné dans une chronique Alfredo Relaño, directeur du quotidien sportif madrilène As. La phrase est restée célèbre, utilisée aujourd'hui comme une devise sur les réseaux sociaux. L'esprit de synthèse du journaliste et son sens de la formule recèlent une part de vérité.
Officiellement, le Real Madrid Club de Fútbol est le meilleur club de ballon rond du XXe siècle. Ainsi l'ont désigné la Fédération internationale de football (FIFA), en 1998, puis la Fédération internationale d'histoire et des statistiques du football (IFFHS), en 2009. Il y a d'abord les trophées, exposés dans le musée du club. Parmi lesquels neuf répliques de la Ligue des champions, plus prestigieuse compétition européenne. Un record. Qui s'ajoute à celui concernant les titres de champion d'Espagne : trente-et-un... et demi, pourrait-on écrire, l'exercice en cours étant tout proche de sacrer à nouveau les 'Merengues'. Dix-huit coupes du Roi, entre autres, viennent compléter les étagères.

De Kopa à Zidane, en passant par Ronaldo, la tradition de recruter les meilleurs joueurs du monde
Comme dans tout club de légende, il y a les joueurs, ensuite. Au Real, recruter les meilleurs de la planète est une véritable tradition, respectée encore aujourd'hui. Pour le plaisir des noms et des souvenirs, il convient de citer Ricardo Zamora (1930-36), Alfredo Di Stéfano (1953-64), Ferenc Puskás (1958-66), Pirri (1964-1980), Juanito (1977-1987), Míchel (1981-96), Emilio Butragueño (1983-95), Sanchis (1983-2001), Martín Vázquez (1985-1990, puis 1992-95), Hugo Sánchez (1985-92), Fernando Hierro (1989-2003), Alfonso (1990-95), Luis Enrique (1991-96), Iván Zamorano (1992-1996), Fernando Redondo (1994-2000), Michael Laudrup (1994-96), Raúl (1994-2010), Predrag Mijatovi? (1996-99), Davor ?uker (1996-99), Roberto Carlos (1996-2007), Ronaldo (2002-07), Luís Figo (2000-05), Fernando Morientes (1997-2003, puis 2004-05), David Beckham (2003-07), et les vedettes du moment, Iker Casillas, Sergio Ramos, Cristiano Ronaldo.
Plusieurs Français ont porté le prestigieux maillot blanc. Raymond Kopa (1956-59), Christian Karembeu (1997-2000), Nicolas Anelka (1999-2000), Claude Makélélé (2000-03), Zinédine Zidane (2001-06), notamment. Ils sont trois dans l'effectif actuel : Lassana Diarra, Karim Benzema et Raphaël Varane.
Côté entraîneurs, Vincente Del Bosque (1999-2003), Fabio Capello (1996-97, puis 2006-07) et José Mourinho (depuis 2010) comptent entre les plus médiatiques à s'être assis sur le banc madrilène. Parmi les dirigeants les plus célèbres, Santiago Bernabéu, illustre président de 1943 à 1978, a donné son nom au stade.

Club omnisports, vecteur social, économique et politique

Le Real Madrid, c'est enfin cette enceinte historique, qui date de 1947. Avec ses 82 000 places, elle est, de l'avis même de nombreux acteurs et obervateurs du football, l'un des plus beaux temples au monde pour la pratique du ballon rond.
Mais le Real Madrid (souvent appelé à tord en France "Real de Madrid"), va bien au-delà du simple fait sportif. "El Madrid", comme disent les Espagnols, fait véritablement partie du patrimoine national. Il se visite aujourd'hui autant que d'autres monuments du pays. Le stade vide ou à l'occasion d'une rencontre, les boutiques, le centre d'entraînement... Car le Real, vecteur économique, génère un tourisme conséquent et des revenus importants. Pour la sixième année consécutive, il a été sacré club de football le plus riche du monde, en 2011, par le cabinet spécialisé Deloitte. Avec des bénéfices annuels évalués à 438,6 millions d'euros. La billetterie aurait rapporté alors 129,1 millions sur la saison, les droits de télévision 158,7 millions et les revenus commerciaux 150,8 millions. Le club reste cependant endetté à hauteur de 242 millions d'euros environ.
Avec deux quotidiens sportifs en grande partie consacrés à son actualité, As et Marca, sa condition de vecteur social est historique. De père en fils, on hérite dans certaines familles de ce particularisme identitaire. Ainsi, 32,8% des Espagnols se déclaraient supporteurs du Real, selon une enquête réalisé par le quotidien El Mundo, en juin 2007. Le club le plus populaire du pays compterait également 34.4 millions d'admirateurs en Europe, ce qui le classerait deuxième, derrière le FC Barcelone. Sa rivalité avec l'ennemi catalan débouche plusieurs fois par saisons sur El clásico (le classique), rencontre de football la plus regardée au monde (hors Coupe du monde).

Le club de Franco ?

L'antagonisme est d'abord d'ordre politique. Devenu "Real" par décision du roi Alphonse XIII en 1920, le club est celui des élites madrilènes, en totale opposition avec le catalanisme barcelonais. Vecteur politique, il est catalogué à droite, ses principaux détracteurs le renvoyant systématiquement à son passé franquiste. L'ancien dictateur espagnol avait fait du club un organe de sa propagande. Moment phare de cette période, la venue du meilleur joueur du monde, l'Argentin Alfredo Di Stéfano, recruté en 1953 en provenance des colombiens des Millonarios, alors qu'il venait de disputer trois rencontres amicales sous la tunique du FC Barcelone, avec lequel il devait s'engager. Pierre Lanfranchi, professeur de l'histoire internationale du sport, résumait ainsi la clé de l'opération, dans un reportage pour TVE consacré aux relations Franco - Real Madrid : "Di Stefano a joué un rôle de premier plan dans l'Espagne franquiste. Il a contribué à exporter une image de 'sensation de normalité' en Espagne, il a de ce fait changé la vision de la nation à l'extérieur. Franco est le dictateur qui a le mieux compris l'importance du football dans les relations internationales. L'Etat espagnol s'est réintégré à l'Europe via les victoires du Real Madrid en coupe d'Europe". Dans la même vidéo, le joueur, devenu président d'honneur du club madrilène, concèdait : "On ne se rendait pas compte, nous étions jeunes, mais le Real Madrid fut alors un ambassadeur de la patrie".
Les connexions avec le monde politique sont encore régulièrement avancées par certains. La légende du joyau de la couronne, sauvé de la faillite par le roi Juan Carlos et le contribuable espagnol, notamment via le rachat au début des années 2000 de terrains appartenant au Real par la mairie de Madrid, est tenace.

Nadal - Federer (15 juillet, Bernabéu), la cerise sur le gâteau d'anniversaire
En 110 ans, le club a connu presque autant de titres que de polémiques, revers de sa popularité. Mais de nombreux moments de fête, également. Six évènements sont déjà programmés durant l'année pour célébrer l'anniversaire, dont le majeur aura lieu le 15 juillet prochain, sur la pelouse du stade Santiago Bernabéu, où s'affronteront les tennismen Rafael Nadal et Roger Federer. Lors des 100 ans, le 6 mars 2012, le club avait obtenu la faveur de recevoir la finale de la coupe du Roi sur sa pelouse. Contre toute attente, les festivités avaient tourné au fiasco avec la défaite de l'équipe face aux Galiciens du Deportivo La Corogne (1-2) et les supporteurs n'avaient pas envahi la place de Las Cibeles, comme de coutume. Dix ans plus tard, dirigeants et aficionados ont une certitude : peu importe le mode de célébration de ses anniversaires, le Real Madrid est promis à un riche avenir.

Benjamin IDRAC (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 7 mars 2012

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