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Qu’est-ce que l’art d’être Français ?

Par Eric Gardner de Béville | Publié le 13/05/2019 à 17:00 | Mis à jour le 13/05/2019 à 17:34
être français

Le président Emmanuel Macron a lancé une idée nouvelle -et sans doute un défi nouveau- lors de sa conférence de presse du 25 avril en parlant de "l’art d’être Français". 

 

On peut s’étonner qu’un président des Français doive expliquer aux Français ce qu’est l’art d’être Français. Les Français ne savent-ils pas qui ils sont ? La réponse à cette question n’est pas si évidente, d’où l’intérêt et l’utilité des propos du président Macron. Sans doute est-il vrai que la France d’aujourd’hui n'est pas aussi homogène qu’il y a 40 ans. Par ailleurs, la façon dont les Français se perçoivent eux-mêmes n’est pas toujours identique à comment ils sont perçus, surtout par leurs voisins espagnols. De quoi s’agit-il donc concrètement ? 


Pour le président Macron et selon ses propres paroles, "l’art d’être Français" se réfère à la langue française, la culture, la famille, l’engagement, la laïcité et l’immigration. Tout d’abord, il faut lire le texte dans son contexte et ne pas oublier que le discours du président s’inscrit dans un moment tout particulier, celui du mouvement des Gilets Jaunes et de l’incendie à Notre-Dame. Rappelons que les revendications des Gilets Jaunes sont apparues en octobre 2018 sur les réseaux sociaux en protestation contre la taxe de l’essence ou plus exactement la TICPE, ou "taxe intérieure de la consommation sur les produits énergétiques". Or cette taxe existe depuis 1928 -oui, depuis 90 ans- mais après une longue série d’augmentation de cette taxe sur un bien (l’automobile) devenu aussi quotidien que la baguette de pain, le verre était trop plein et l’augmentation annoncée en 2018 a tout fait déborder. 


L’art d’être Français évoque aujourd’hui la contestation et la protestation

Les contestataires sont donc descendus dans la rue, aux intersections et ronds-points des villages et villes avec leurs gilets jaunes pour être plus visibles aux automobilistes pressés. Ce faisant ils ont manifesté un des tous premiers aspects de "l’art d’être français", celui de la contestation et la protestation. Il est intéressant de noter que même le fait de les avoir surnommés les "Gilets Jaunes" fait partie de l’art d’être français. En effet, après les "Jacques" du XIVe siècle, ainsi nommés pour leur petite veste courte, la jaquette, ensuite les "Rustauds" de l’Alsace et la Lorraine du XVIe siècle désignant les gens rustiques de la campagne, les "Bonnets Rouges" bretons et les "Nu-pieds" normands du XVIIe siècle, ainsi que les "Croquants" du Sud-Ouest qui accusaient les riches de leur "croquer" jusqu’au dernier sous, les "Lustucrus" du Boulonnais ainsi nommés par référence à l’imagerie populaire de l’époque et la réplique théâtrale "L’eusses-tu cru?", les "Sans-culottes" de la Révolution de 1789 qui portaient des pantalons longs rayés et non des culottes courtes et des bas comme les nobles et bourgeois, les "Gilets Jaunes" font désormais partie de la tradition de ce qui est "être Français".

 

Le Français moyen a depuis toujours manifesté son désaccord avec le pouvoir en battant le pavé

 

Comme presque toutes les révoltes, rébellions et révolutions en France, le mouvement des Gilets Jaunes est né de la trop forte pression fiscale, comme ce put aussi être le cas en Espagne avec le mouvement des Indignados, en 2011. Les contestataires français refusaient la taxe de l’essence et revendiquaient ce qu’ils considéraient comme leurs intérêts légitimes, au premier chef desquels le pouvoir d’achat, exigeant un pouvoir d’achat minimum comme s’il s’agissait d’un droit. Or le pouvoir d’achat n’est pas un droit, ni pour les Gilets Jaunes ni pour quiconque. Ni la société, ni le gouvernement, ni la collectivité, ni l’Eglise, ni les associations ne sont là pour garantir un pouvoir d’achat minimum et encore moins un droit à un pouvoir d’achat. Toutefois, le Français moyen, celui de la rue à la ville et à la campagne, a depuis toujours manifesté son désaccord avec le pouvoir en battant le pavé ou bloquant les routes nationales ou les ronds-points à la campagne. Le Français fait cela si souvent et depuis si longtemps que s’en est devenu un "art" et cela fait partie de l’art d’être Français. Les Espagnols ne manifestent pas autant que les Français et considèrent souvent que les Français exagèrent en prenant la rue pour un oui ou pour un non.


L’art d’être Français, c’est aussi être courageux et fougueux

A l’inverse, l’art d’être Français c’est aussi être courageux et fougueux comme les Français l’ont été si souvent au cours de leur Histoire de plus de 2000 ans. Depuis Vercingétorix le Gaulois (82-46 avant Jésus-Christ) jusqu’à l’équipe de France de football lors de la Coupe du Monde 2018, en passant par Saint Louis (1214-1270), François 1er (1494-1547), Napoléon Bonaparte (1769-1821), Victor Hugo (1802-1885) et tous les héros populaires de nos campagnes, des centaines de milliers de Français ont fait preuve de courage et de fougue sans mesure pour "être" Français. Les Italiens parlent de la "furia francese", la fougue française, courageuse et solitaire, qui se manifeste aux moments les plus intenses. La bataille de Trocadéro, près de Cadix, en 1823, où les soldats français se sont jetés à l’eau à marée basse pour prendre de fort de Trocadero est un exemple connu de peu d’Espagnols.

 

L’art d’être Français relève sans doute du Docteur Jekyll et Mister Hyde

 

Cela s’est vu aussi lors de l’incendie de Notre Dame, pendant cette triste nuit du 15 au 16 avril. Victor Hugo a dit "Les habits de deuil ont beau s'user et blanchir, le cœur reste noir" et ce soir-là tout Paris pleurait, la France entière s’émouvait, les cœurs du monde entier étaient tristes pour les Français, la France, l’Europe et la Chrétienté dans le monde. Tous étaient solidaires des Français qu’ils aiment malgré leurs défauts, de la France qui a tant donné au monde et de la place unique que la France occupe dans le monde occidental avec Notre Dame comme symbole de l’art, de l’architecture, de l’Histoire, de la croyance européenne. La solidarité des Espagnols avec les Français a été forte en cette occasion et les très nombreux catholiques de tout le pays ont pleuré cet incendie dévastateur d’un symbole de leur Foi. 

L’art d’être Français relève sans doute du Docteur Jekyll et Mister Hyde, l’œuvre littéraire de Robert Louis Stevenson (1850-1894), qui met en scène le meilleur et le pire de l’homme. Car le Français est ainsi : créatif et généreux, jaloux et envieux, passionné et courageux, révolutionnaire et casseur. Il est adulé pour sa French touch et maudit pour son égoïsme démesuré, aimé pour son élégance mais rejeté pour son arrogance, envié pour sa culture et critiqué pour son "exception". Notre Histoire est ainsi maculée de moments de gloire et de désespoir, d’acclamation et de critique, de hauts et de bas. C’est peut-être cela l’art d’être Français en attendant d’être Européen.

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Eric Gardner de Béville

Recruteur et juriste international à Madrid, fondateur de FIDADE, le Foro Internacional De Abogados De Empresas.
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