Philippe de Chauveron est le réalisateur d´un des cartons de l´année en France, "Qu´est-ce qu´on a fait au bon Dieu ?" ("¿Dios mío, pero qué te hemos hecho?"). Avec plus de 12 millions de spectateurs, cette comédie sur l´acceptation des différences, interprétée par Christian Clavier, arrive en Espagne vendredi 19 décembre. A l´occasion du "Rendez-vous avec le cinéma français" d´octobre dernier, Philippe de Chauveron a répondu à nos questions, à Madrid.
Lepetitjournal.com : Aviez-vous pensé que ce film aurait autant de succès ?
Philippe de Chauveron (Photo DR) : Non, bien qu´on espère toujours quand on fait un film que ça marche. Là, ça s´est passé. Quand le film est sorti, on voyait qu´il y avait des super réactions. Il y avait un vrai accueil. Le sujet intéressait les gens, ça les faisait marrer. Même à l´étranger, il a déjà très bien marché dans plein de pays. C´est le cas de l´Allemagne où on va finir premiers de l´année. On a fait plus de 3 millions de spectateurs. En Autriche, au Québec, au Liban? partout. Il n´y a qu´en Russie où ça n´a pas marché. Le succès à l´étranger, je ne m´y attendais pas. La presse a été très bonne, le public est venu? Je crois que le film a du succès car quand les gens vont voir un film ils se demandent : "Ça parle de quoi ?" Ici, c´est un sujet universel, drôle. Une famille se retrouve avec toutes les communautés. Quand toute une salle rit, les gens parlent autour d´eux, après.
Le film s´intègre bien dans la situation politique et sociale de certains partis en France avec le sujet du racisme ?
Oui, je pense. Le Front National n´est pas arrivé l´année dernière. Ça fait trente ans qu´il est fort en France. Et puis, il n´y a pas seulement l´extrême droite en France. Ça progresse partout. Le film tombe très bien car il y a ce côté raciste en France qui est gênant. Mais, il y a aussi un autre côté un peu gênant, celui qui est antiraciste. Les gens qui crient au racisme à la moindre blague. Il y a une tradition en France de se moquer de tout le monde, entre les régions, par exemple. Le film espagnol "8 apellidos vascos" c´est ça? L´important est de le faire avec respect et bonne humeur. Les gens adorent ça. Le politiquement incorrect, si c´est bien fait, c´est un plaisir. En tout cas, mon film prouve que la majorité des Français sont des gens tolérants qui ont envie que ça se passe bien, que tout le monde soit heureux, qu´il y ait de la place pour tout le monde en France. C´est normal aussi qu´il y ait des soucis. Ça arrive dans le monde entier. Joyeux bordel ! La France n´échappe pas à ça.
Comment avez-vous envisagé de représenter les différentes races qui apparaissent dans le film ?
Le but c´était de traiter tout le monde à égalité. Tous les personnages noirs, blancs, jaunes doivent être à la fois sympathiques mais ont aussi beaucoup de défauts. Ils ont tous des préjugés sur les autres. Ils ont tous leurs petites lâchetés. On n´a pas fait les méchants blancs, les gentils noirs? Le racisme n´appartient pas qu'aux blancs. Le film n´a pas choqué les minorités. Par contre, ceux qui ont été choqués c´est les gens très à gauche, bien pensants, qui ont jugé le film raciste. De l´autre côté, les gens très à droite ont pensé que le film prône le métissage. On s´est fait attaquer des deux extrêmes. Je préfère ignorer ça.
Vous écrivez normalement le scénario de vos films. En quoi est-ce important ?
Le scénario dans un film, c´est le plus important. C´est ce qui fait tout. Un bon scénario, de bons dialogues, de bons acteurs tout compte aussi. Mais c´est rare si on a un bon scénario de rater un film alors que quand on a un mauvais scénario, même un bon réalisateur aurait du mal.
Pourquoi faites-vous toujours des comédies ?
J´ai toujours aimé ça. Je crois que c´est là où je suis le plus à ma place. Je trouve que c´est plus facile de parler de sujets graves quand on fait de la comédie. Quand j´écris un scénario, je pense à comment je vais faire rire les gens.
Comment avez-vous choisi les acteurs ?
Je voulais des acteurs un peu neufs. C´est la nouvelle génération de comiques. Ça m´amusait de confronter une énorme star comme Christian Clavier avec ces jeunes. Lui, il était super content de cela. C´est une sorte de passation de pouvoir... Même si c´est lui qui a le pouvoir encore !
Une deuxième partie du film est-elle prévue ?
Oui, c´est prévu. Les producteurs nous poussent et le public est ravi. Mais il faut trouver un bon sujet. On n´a pas envie que les gens soient déçus. D´ici deux ou trois ans?
Connaissez-vous le cinéma espagnol ?
Quand j´étais enfant, j´ai été marqué par "Cria Cuervos" de Carlos saura, avec la chanson de Jeanette "Pourquoi tu vis". C´est un des rares films espagnols que j´ai vu alors. Il y avait Franco et les films n´arrivaient pas en France. Mais, je suis un fan absolu de Luis Buñuel, Almodovar, Alex de la Iglesia. Récemment, j´ai vu dans un avion "8 apellidos vascos", que j´ai adoré.
Comment se porte le cinéma français ?
En France, nous avons un cinéma très fort. Les gens vont beaucoup au cinéma. Il y a beaucoup d´acteurs populaires. Dans chaque ville, il y a un multiplex. Les comédies marchent très bien. Moi, j´ai de la chance car mes derniers films ont eu du succès. Ce sont des comédies et les producteurs aiment bien ce genre. Mon film précédent "Les vacances de Ducobu" a eu beaucoup de succès. C´est un enfant qui triche à l´école. C´est un peu le contraire du petit Nicolas. Ducobu est asocial et un peu méchant.
Relire notre interview à Christian Clavier
Membre-électeur de l´Académie Francophone du Cinema (Association des trophées francophones du cinema) qui décerne chaque année dix prix dédiés au cinema des pays de la francophonie. Collaboratrice comme critique de cinéma dans plusieurs magazines : "Estrenos", "Interfilms" et "Cinerama". Envoyée spéciale à des festivals de cinéma en France pour les journaux "Diario 16" et "El Mundo". Jury du Prix du CEC (Círculo de Escritores Cinematográficos) au Festival international de Cinéma de Madrid (1997). Actuellement membre du CEC et critique dans cinecritic.biz et lepetitjournal.com







