Édition internationale

LOI TRAVAIL – Les "Indignados" espagnols de 2011, source d’inspiration pour le mouvement #Nuit Debout à Paris

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 6 janvier 2018

Jeudi 31 mars, ils étaient plusieurs centaines de milliers d'étudiants et jeunes précaires à manifester dans toute la France. Tous exigeaient le retrait immédiat de la nouvelle Loi Travail, surnommée Loi "El-Khomri", du nom de la ministre socialiste. Après le cortège parisien, des centaines de personnes s'étaient données rendez-vous Place de la République pour occuper les lieux le temps d'une soirée. Baptisé "Nuit Debout", cette initiative, largement inspirée du mouvement des Indignés en Espagne en 2011, entend redonner la parole aux citoyens et relayer l'exaspération d'une partie de la jeunesse du pays.

(Photo issue de la page Facebook Nuit Debout)  
Cinq jours plus tard, ce nouveau mouvement social n'en finit plus d'attirer de nouveaux participants. Malgré les menaces d'évacuation de la police, "Nuit Debout" prend de l'ampleur et commence à être pris au sérieux par le gouvernement. Lundi matin, la ministre du Travail, Myriam El-Khomri, a dit "rester attentive" à ce qui était en train de se passer Place de la République. Une première victoire pour ces indignés français, plus déterminés que jamais à faire entendre leurs revendications, dépassant largement le simple cadre de la Loi Travail.

L'exemple espagnol
Depuis jeudi dernier, la Place de la République aurait des faux-airs de Puerta del Sol pendant les premiers rassemblements à Madrid en 2011. Une similitude assumée jusque dans les slogans lancés par la foule : "Salaire à vie", "baisse des hauts-revenus", "embauche de tous les chômeurs"? Autant de messages qui laissent présager la naissance de quelque chose de beaucoup plus important dans les mois à venir. Car tout cela n'aurait sans doute pas été possible sans les précédents Occupy Wall Street à New York en septembre 2011 et surtout le mouvement des Indignés en Espagne le 15 mai de la même année. A cette époque, la jeunesse ibérique paye les conséquences de la crise économique et de l'éclatement de la bulle immobilière qui ont frappé la Péninsule quelques années plus tôt. Conséquence : 50 % des 18-30 ans sont au chômage. Un sentiment d'abandon, auquel viennent s'ajouter plusieurs scandales de corruption de dirigeants politiques du PP et du PSOE, qui se concrétise par des rassemblements un peu partout dans le pays. Avec une apogée le 15 mai 2011, ou "15-M", durant lequel 25.000 personnes se réunissent sur la Puerta del Sol et une centaine de milliers dans toute l'Espagne pour manifester contre la politique d'austérité prônée par le gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero. La formation de gauche, Podemos, créée à la suite du mouvement des Indignés, est aujourd'hui la troisième force politique du pays et les formations associées à la mouvance ont déjà conquis les mairies de Madrid et de Barcelone notamment.


DIAPORAMA - Les Indignés reprennent la place

En Espagne, la mobilisation a été massive en octobre 2011, à l'appel du collectif 15M. Les Indignés se sont à nouveau réappropriés, le temps d'une soirée, le centre des principales villes, tout au long de cette journée de contestation planétaire. Retour en images sur la journée

"La France aussi est indignée"
Retour à Paris. Une citation du poète Pablo Neruda déjà vue pendant les rassemblements espagnols est affichée sur une pancarte : "Podrán cortar las flores, pero no nos quitaran la primavera" ("Ils pourront couper toutes les fleurs, ils n'arrêteront pas le printemps"), une métaphore qui traduit la volonté des participants d'inscrire le mouvement dans la durée, comme ont pu le faire leurs voisins de l'autre côté des Pyrénées. Autres points communs, le langage adopté pendant les interventions de chacun (on se rappelle des fameux applaudissements silencieux qui ont ponctué les assemblées ibères, et désormais repris dans la capitale française) ou encore la possibilité de suivre la mobilisation en direct sur le Web : la diffusion des événements via Périscope dimanche soir a réuni jusqu'à 80.000 personnes, une audience comparable à une chaine de la TNT. C'est justement cette popularité croissante qui a conduit les grands quotidiens espagnols à relayer le mouvement dans leurs colonnes, El Mundo titrant par exemple ce dimanche : "La France aussi est indignée". Et de signaler le nombre important de jeunes impliqués désormais à Paris et présents déjà à la Puerta del Sol en 2011 -qu'ils soient Français en séjour Erasmus à ce moment-là, ou Espagnols ayant émigré en France depuis. Le quotidien conservateur signale d'ailleurs la présence sur les lieux du collectif "La Marea Granate de París", regroupant de nombreux étudiants espagnols à Paris. En plus d'être dans tous les esprits, les "indignados" sont donc aussi aux cotés de ces indignés français dans leur combat pour plus de justice sociale.

Simon MARACHIAN (www.lepetitjournal.com - Espagne) Mercredi 6 avril 2016
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Publié le 5 avril 2016, mis à jour le 6 janvier 2018
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