

Expatriée depuis de nombreuses années dans le sud de l'Espagne, Isabelle Betton est une Parisienne d'origine qui est attachée à sa terre d'accueil. La présidente de l'antenne Andalouse de l'Union des Français de l'Etranger (UFE) met un point d'honneur à ce que tous les Français vivant dans sa région puissent se sentir soutenus par d'autres expatriés. Entretien avec une expat qui se mobilise pour développer les relations franco-espagnoles en Andalousie.
Lepetitjournal.com : Depuis combien de temps vivez-vous en Andalousie, et comment s'est déroulée votre expatriation ?
Isabelle Betton (photo DR) : Ma mère était d'origine espagnole. Lorsque j'étais plus jeune, mon père a eu des problèmes de santé, et on lui a conseillé le repos au soleil. C'est donc tout naturellement qu'ils ont décidé d'aller s'installer sur la terre natale de ma mère, à Malaga. J'ai donc suivi mes parents, c'était il y a 27 ans maintenant. Je dois bien reconnaître que j'ai assez mal vécu mon installation à cette époque. Il faut dire que Malaga, un quart de siècle en arrière, était une ville bien différente de celle que l'on connaît aujourd'hui. Et venant de la capitale française, l'adaptation fut assez difficile. D'autant plus qu'à l'époque, il n'y avait pas les structures d'accueil pour expatriés qui existent aujourd'hui.
Quelle est aujourd'hui, à travers vos yeux d'expatriée de plus de 25 ans, votre vision de l'Espagne ?
Je peux surtout parler de ma région, la Costa del Sol en Andalousie. J'ai vu Malaga, comme le reste des villes côtières de la zone, se développer et se transformer de façon ahurissante en 25 ans. Dans certains aspects l'évolution fut très positive, mais d'un autre côté, trop de constructions ont vu le jour. Et puis il y a eu un incroyable développement des voies de communication. Avant lorsque je repartais séjourner en France, je ressentais un très net décalage entre l'Hexagone, qui me paraissait beaucoup plus évolué, et ma région d'Espagne. Aujourd'hui les infrastructures sont tout aussi développées. D'autre part, et c'est peut être juste le fruit de mon interprétation personnelle, j'ai l'impression que les mentalités en France, d'une manière générale, sont maintenant plus affaiblies, plus moroses. Mais il faut bien reconnaître que nous bénéficions ici d'un atout majeur : le soleil !
Sur le site de l'UFE Andalousie, il y a un slogan : "Aucun Français n'est seul à l'étranger". C'est pour vous le leitmotiv de l'association ?
Absolument. J'ai personnellement vécu cette expérience à l'époque, et je ne connaissais absolument pas l'association francophone. Je dois dire que cela m'a énormément apporté : le fait de pouvoir échanger en français, de plaisanter en français, de faire des activités en commun, m'a fait beaucoup de bien et m'a donné l'envie d'en faire davantage. Mais toujours dans une optique d'ouverture vers ceux avec qui l'on vit, et non pas en restant uniquement entre Français et francophones. Voilà pourquoi nous organisons des événements qui permettent aux Espagnols de découvrir notre culture, à travers par exemple la participation aux marchés de Noël, ou l'organisation de la semaine de la francophonie.
Pouvez-vous nous expliquer les missions de l'UFE Andalousie ?
Elles s'articulent autour de trois axes : culturel, social et économique. D'un point de vue social nous épaulons tous les Français, qu'ils soient membres ou non membres de l'UFE, dans leurs démarches administratives. Nous leur servons de traducteur, leur prenons des rendez-vous et les accompagnons. Tout cet accompagnement est totalement gratuit. Dans un souci de convivialité, nous invitons tous nos compatriotes vivant sur la zone, que ce soit Malaga, Fuengirola ou Benalmadena, à se joindre à nous pour faire des activités, des rencontres et des excursions.
D'autre part, nous avons une carte "privilège UFE", uniquement pour les membres adhérents de l'UFE, qui leur permet d'avoir accès à des réductions auprès de professionnels que l'association a démarché. Il peut s'agir de médecins, d'experts comptables, d'avocats? La liste des professionnels collaborant est disponible sur la page web de l'UFE Andalousie.
Sur le plan culturel, notre objectif est de promouvoir la culture française, mais aussi de créer une connexion entre les deux communautés, françaises et espagnoles. Nous avons créé en 2011 un Cercle de lecture avec 2500 livres en langue française à la bibliothèque de Benalmadena. De plus, nous célébrons les fêtes et traditions françaises avec la communauté locale : la commémoration du 11 novembre, la fête du Beaujolais nouveau, le 14 juillet,? Pour le 8 novembre, nous avons même planté un olivier symboliquement, en présence des consuls des pays qui ont participé à la seconde guerre mondiale. Et cela avec la participation de la mairie de Benalmadena qui nous a cédé un emplacement.
La seule difficulté pour mobiliser tous les moyens nécessaires à l'organisation de ces événements est la recherche de financements. Je rappelle que l'UFE est une organisation à but non lucratif et une association apolitique. Nous comptons sur le soutien d'entreprises et de professionnels français basés ici, mais il faut beaucoup d'énergie et de motivation pour mener à bien les projets.
Mais malgré les difficultés, la reconnaissance des personnes que nous aidons me motive énormément. Je pense notamment aux jeunes que l'on a aidé à trouver des stages qui viennent me remercier, ou des personnes en situation précaires à qui nous avons donné des stands dans les foires, ce qui leur a permis d'aider leurs familles. C'est cette illusion qui motive. Et c'est possible grâce au soutien des partenaires locaux, qui se tournent vers nous car nous sommes une association qui intervient dans de nombreux aspects.
Vous préparez actuellement un événement culturel sur 5 jours, en participant à la Feria Internacional de los Pueblos de Fuengirola. Cette année vous avez fait le choix original de mettre en avant l'Ile de la Réunion pour promouvoir la culture française. Vous pouvez nous en dire un peu plus ?
Cet événement existe depuis 21 ans. L'année dernière il y a eu plus d'un million et demi de visiteurs ! Cette année nous avons voulu faire connaître une autre facette de la France, et faire savoir que la France compte aussi des îles. Nous aurons un beau pavillon de 415 m² dans cette feria, où seront représentées la culture française et celle de L'île de la Réunion à travers la gastronomie, les folklores, les danses, la musique et l'artisanat.
Quels sont les événements à venir que vous souhaitez communiquer à la communauté française ?
Il y a plusieurs rendez-vous qui vont s'enchainer les uns à la suite des autres. D'abord la fête de la francophonie qui aura lieu le 20 mars, au Lycée Rio Verde à Marbella.
Ensuite nous participons à l'événement "La légende de la mer" à Puerto Marina le 26 avril. A cette occasion nous ferons venir un groupe de danseurs de l'île de la Réunion qui prendra part aux différents spectacles qui auront lieu dans le port de plaisance à l'occasion de la foire.
Nous célèbrerons également le 14 juillet. La mairie de Benalmadena mettra à notre disposition un espace pour notre fête nationale. La célébration se réalisera dans un esprit festif, dans un parc avec de la musique traditionnelle française mais également des musiques espagnoles et anglaises, car nous vivons ici dans une communauté multiculturelle, donc autant partager des moments de plaisir et de bonheur tous ensemble.
Si vous deviez passer un message à la communauté française en Espagne, quel serait-il ?
Et bien ce serait de leur demander de s'impliquer et de se mobiliser pour montrer qu'ils sont là et qu'ils défendent leurs couleurs tricolores. J'ai parfois ressenti un manque d'implication et un désintérêt de certains Français expatriés. Le souvenir le plus marquant fut lorsque l'antenne consulaire locale fut fermée. Nous avons alors essayé, à travers une pétition destiné à Paris, de sensibiliser les Français à la nécessité d'avoir une antenne officielle locale, et de les inciter à aller voter pour donner leur opinion et démontrer la nécessité des représentants consulaires ici. Le message était très clair : aucun parti politique n'est pris, mais nous vous demandons de venir voter pour montrer que vous exister et que vous avez besoin d'une antenne consulaire locale. Et bien sur les 9.000 Français installés sur la Costa del Sol, seulement 636 sont allés voter ! Nous avons fait les ridicules? Alors que nous avions même mis en place des services de transport pour leur permettre d'aller voter. C'est donc vers l'union et la solidarité de la communauté française que mon message se tourne aujourd'hui.
Propos recueillis par Perrine LAFFON (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 9 mars 2015
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