

Le millionnaire américain Sheldon Adelson a annoncé que sa compagnie Las Vegas Sands, qui devait investir 30 milliards de dollars (soit environ 21 milliards d'euros) en banlieue de Madrid, afin de construire un grand complexe d'hôtels et de casinos sur le modèle américain de Las Vegas, renonçait à ce projet. En cause ? Le refus du gouvernement espagnol de céder à ses dernières revendications, notamment celles portant sur des allègements fiscaux.
Le gouvernement espagnol était pourtant au départ favorable à ce projet, car il devait avoir un impact positif sur le marché du travail, toujours aussi morose. En effet, plusieurs experts avaient parié sur une création de 250.000 emplois. Las Vegas Sands, comme le gouvernement, espérait que le projet serait bouclé pour la fin de l'année, avec à la clé un nouveau souffle pour l'économie espagnole. Le tourisme, qui joue un rôle crucial pour celle-ci en aurait notamment énormément bénéficié. Eurovegas aurait en effet pu générer 11 millions d'entrées touristiques en plus dans le pays.
Mais face à de nouvelles revendications de la part de la compagnie américaine, le gouvernement espagnol a été contraint de freiner le projet. Ainsi que l'expliquait la vice première ministre espagnole, Soraya Saenz de Santamaría, lors d'une conférence de presse vendredi dernier, le gouvernement ne pouvait accepter les nouvelles requêtes de Sheldon Adelson, bien que le projet aurait pu rapporter de nombreux bénéfices économiques.
En effet, le groupe Las Vegas Sands demandait des avantages fiscaux, dont une baisse des taxes de jeux, ainsi que des compensations dans le cas où les lois sur les casinos venaient à changer dans les prochaines années. De plus, une autre question avait enflammé la polémique : celle d'accorder l'autorisation de fumer à l'intérieur des futurs casinos. Si elle avait été acceptée, cette disposition aurait fait entorse à la loi anti-tabac en vigueur en Espagne dans les lieux publics. Des conditions que le gouvernement espagnol s'est donc refusé à approuver, arguant que le respect de la loi et l'intérêt des Espagnols devaient passer avant de potentiels gains économiques.
Projet polémique
Les détracteurs du projet ont immédiatement salué ce retournement de situation. Et ils étaient nombreux. Au premier rang des opposants, l'Eglise, qui dénonçait un projet qui aurait potentiellement pu augmenter la criminalité et la prostitution. Mis à part d'autres inquiétudes portant sur les conséquences environnementale d'un tel projet, les critiques concernaient surtout l'instabilité du modèle économique proposé. Certains économistes ont notamment tenu à rappeler que la crise espagnole avait été alimentée par une trop grande dépendance vis à vis du secteur de la construction. Même si Eurovegas aurait pu rapporter des gains non négligeables, il n'était peut être pas sage de rebâtir un modèle économique sur des investissements du même ordre.
Enfin, la réputation de M.Adelson avait également été source de polémique, celui-ci étant confronté à des enquêtes de blanchiment d'argent à Macao, où Las Vegas Sands détient aussi un complexe de casinos.
Avec l'enterrement d'Eurovegas, les investissements du groupe américain risquent de se détourner durablement de l'Europe, pour se tourner vers l'Asie, d'autant que c'est à Macao qu'il fait le plus de bénéfices. Alors il s'agit peut être d'une mauvaise nouvelle pour l'emploi espagnol, mais le retrait de Las Vegas Sands signe surtout la fin d'un projet qui avait dès le départ été très controversé.
Léa SURUGUE (www.lepetitjournal.com ? Espagne) ? Mardi 17 décembre 2013
Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez nous sur Facebook et sur Twitter







