Édition internationale

CALI - "Je sens que la suite de ma petite histoire va être liée à l'Espagne"

Écrit par lepetitjournal.com Madrid
Publié le 1 janvier 1970, mis à jour le 7 janvier 2018

Le chanteur perpignanais était la semaine dernière à Madrid, invité par l'Institut français, pour une représentation unique en Espagne et dans le cadre de sa tournée et de son dernier album, "Les Choses défendues". Un concert intimiste et acoustique pour un artiste à fleur de peau, en plein corps à corps avec son alter ego, Bruno Caliciuri, l'ado, l'enfant qu'il n'a cessé d'être et dont il chante l'innocence, comme un retour à la pureté. Un concert qui a constitué aussi un premier pas en terres ibères, avec des projets en espagnol et avec pour objectif un retour rapide dans un pays qui lui est cher, qui a marqué l'histoire de sa famille, et qui a, en quelque sorte, participé à forger sa personnalité. Rencontre.

lepetitjournal.com : Bienvenu à Madrid.
Cali (Bruno Caliciuri / Photo DR) : Merci... Vous savez, ça me touche énormément d'être là. Ça me touche d'abord parce que mon grand-père, qui a combatu au sein des Brigades Internationales, a été blessé ici, sur le front madrilène, à Brunete. Il a été soigné par une doctoresse madrilène, une jeune femme qui est devenue ma grand-mère... Sachant que je venais à Madrid, une parente m'a donné le nom de la rue où ils ont passé leurs premiers moments ensemble, c'est la calle Juan Bravo... J'aimerais bien profiter de mon passage ici pour aller y faire un tour. En tous cas, pour moi l'Espagne c'est avant tout ça : cette rencontre qui se mêle avec l'Histoire du pays, puis l'exode vers la France, les camps où les Républicains espagnols étaient concentrés... Mes racines sont là, mon identité aussi : par exemple quand je suis tombé sur Guernica, au détour d'une salle du Reina Sofia, j'étais bouleversé, j'avais les larmes aux yeux. Mes racines sont là et en même temps il me reste beaucoup à découvrir du pays... Mais je sens que la suite de ma petite histoire va être liée à l'Espagne.

C'est à dire ?
L'Espagne c'est à côté de chez moi, je vais souvent à Barcelone, par exemple. J'ai aussi eu l'occasion de traverser le pays de long en large et de me rendre compte qu'il n'y a pas qu'une Espagne. C'est un pays magnifique et aux réalités à la fois très contrastées, qu'on ne cerne pas forcément de prime abord. Il y a ça et puis bizarrement, à la différence de certains collègues de la scène française, moi dont l'histoire est si mêlée à celle de ce pays, je me rends compte que je n'y ai jamais joué : c'est mon premier concert ici... Je l'ai dit, j'en suis ému et j'ai très envie que ce soit le début de quelque chose qui me permette de revenir. Mon passage ici à Madrid, c'est donc aussi l'occasion de rencontrer des gens du métier, des personnes qui se sont intéressées à moi parce qu'elles ont bien vu que j'avais un lien fort avec l'Espagne. J'aimerais pouvoir développer quelque chose en espagnol, quelque chose pour jouer ici, et pourquoi pas, plus loin, dans le monde hispanophone. Je vais dédier l'année 2018 au voyage, et ça pourrait bien commencer comme ça.

Envie de voyager ?
Oui : j'ai trois enfants et pendant longtemps j'ai organisé mes tournées en fonction aussi de ma famille. Entre la France, le Québec, la Suisse et la Belgique, il y a déjà beaucoup à faire. Mais vous savez, les salles on les fait et on les refait... Là, l'idée c'est d'aller se promener, d'aller boire de la culture d'ailleurs, de découvrir et voir comment vivent les gens.

Quel rapport entretenez-vous avec votre public, en concert ?
J'essaye de voir le public dans le public... J'essaye de transmettre l'idée que l'on peut venir de tous les milieux, que l'on peut être chacun d'entre nous dans des étapes différentes de la vie, avec nos tristesses ou nos joies, mais que les quelque deux heures et demie que l'on passe ensemble, c'est une bulle où l'on peut tout oublier. Je sors tout juste de 60 dates, dans le cadre de la tournée pour le disque "Les Choses défendues" : pendant 4 mois nous avons écumé des toutes petites salles, dans un format très intimiste. Eh bien l'idée était justement de faire rentrer les gens dans ma chambre d'ado, qui était reconstituée sur scène, avec mes posters [Mike Scott des Waterboys, Bruce Springsteen, Joe Strumer des Clash] et mes livres [Philippe Djian, Richard Brautigan, Charles Bukowsky]... C'était très fort et très différent de ce que j'avais l'habitude de faire, c'était unique. C'est d'ailleurs sous ce format, en désossant mes chansons, avec le moins d'accords possibles, en acoustique et avec la voix très en avant, que le concert dans l'amphithéâtre de l'Institut français de Madrid est prévu.

Pourquoi ce retour en enfance ?
Parce que l'enfance, c'est une certaine forme de pureté... C'est quelque chose que j'essaye de retrouver, tous les jours. Cette chambre d'adolescent, c'est un retour à une époque où on a la vie devant soi, où tout est encore vierge, immaculé. C'est juste avant de faire l'amour pour la première fois, juste avant de sauter la falaise... Ça me fait énormément de bien d'en parler, de le partager avec le public. Mon spectacle commence en évoquant une fugue que j'ai faite, quand j'avais 16 ans : par amour j'ai suivi une fille, au lieu d'aller au lycée. C'était à la fois dramatique, car tout mes proches étaient évidemment très inquiets, et merveilleux, car j'étais libre, heureux, suivant les étoiles comme seuls les enfants de 16 ans peuvent le faire. Et quand je suis rentré, au terme de plusieurs jours, mon père était là, et il m'a pris dans ses bras. C'était un acte d'amour absolu, essentiel. C'est quelque chose, cette fugue, ce retour, qui m'a aidé à me construire et à prendre des décisions, parfois risquées, parfois folles, plus tard, dans ma vie adulte.

Vous avez la réputation d'être un chanteur engagé. Un mot -adulte- sur les derniers événements politiques ?
Je suis complètement révolté que l'on parle de démocratie et que l'on ait ce parti, le Front National, que l'on s'habitue à voir au second tour des Présidentielles et dont le discours est pourtant clairement raciste et d'inspiration revisionniste, qui est à chaque fois plus institutionnalisé. Pour moi c'est insupportable. Dans mon village, le FN a remporté les 2/3 des voix... Je ne comprends pas. Je comprends que l'on peut être désabusé, que l'on peut se sentir floué, mais avec ce parti, le propos n'est même pas là. On est passés à côté d'une catastrophe, mais on est en train de glisser lentement vers elle.

Propos recueillis par Vincent Garnier (www.lepetitjournal.com - Espagne) Lundi 15 mai 2017
Inscrivez-vous à notre newsletter gratuite !
Suivez nous sur Facebook et sur Twitter
Téléchargez notre application pour téléphone mobile via Itunes ou via Google Play

 

logo lepetitjournal madrid espagne
Publié le 14 mai 2017, mis à jour le 7 janvier 2018
Commentaires

Votre email ne sera jamais publié sur le site.