

Présentateur de télé, acteur, scénariste, cinéaste, Antonio est un touche-à-tout talentueux, qui rencontre un succès grandissant au sein du macrocosme artistique espagnol. Avec sa compagne Olga et la compagnie théâtrale UROC, ils présentent actuellement au Circo Price un cabaret déjanté, Crazy Love. Regard sur un spectacle et réflexions sur un métier
Olga Margallo et Antonio Muñoz de Mesa
Lepetitjournal.com : Pouvez-vous nous présenter brièvement le cabaret Crazy Love, que vous dirigez actuellement au Circo Price ?
Antonio Muñoz de Mesa : Le Circo Price nous a contacté suite à un mini-cabaret familial que nous avions monté dans le cadre de la compagnie UROC, "Torijas de cerdo". Ils nous ont expliqué leur projet, celui de monter un cabaret qui enchainerait des numéros de cirque, au sein d'une histoire cohérente. Nous nous sommes chargé de rédiger un fil narratif permettant d'unifier l'ensemble, ce qui a donné lieu à un spectacle qui respecte un équilibre entre le cirque et le théâtre.
Olga Margallo : Dès le début du spectacle, les spectateurs sont séquestrés par une sorte d'escadron des bonnes moeurs, menée par une certaine Petra, qui les accuse d'être venus à ce cabaret pour laisser libre cours à leurs instincts les plus bas, les traite de "cochons", et se charge de les remettre sur le droit chemin. Mais en face, Psicosis Gonsales [célèbre drag queen madrilène NDLR], avec toute sa verve, incite le public à la débauche, fait s'enchainer les numéros de cirque dans une ambiance délétère, sous fond d'orchestre.
Le cabaret dégage a priori une image un peu vieillotte. Comment avez-vous abordé cet exercice de style ?
Antonio Muñoz de Mesa : C'est vrai que le cabaret est souvent associé avec quelque chose de décadent et véhicule une certaine image de fin de siècle. Nous avons qualifié "Crazy Love" de "grand cabaret", justement pour se distancier un peu de cette image. Ce cabaret reste un voyage dans le temps, certes, mais nous avons souhaité remettre à neuf les codes du genre, afin de présenter un spectacle qui reste dans le cadre du cabaret, mais qui soit plus élégant et plus raffiné.
Le cabaret en soi nous plaît beaucoup, dans la mesure où il permet au public de se réconcilier avec sa partie la plus incorrecte : il invite à être imprévisible, fou, contradictoire.
Olga Margallo : En effet. Dans le spectacle, le personnage de Petra représente une censure excessive, exagérée, démesurée, qui porte à rire. Cela dit on finit par s'identifier dans ce personnage, on en arrive à reconnaître sa propre auto-censure, et donc à rire de soi-même, et c'est finalement ce qui nous intéresse ici.
Pensez-vous que la censure et l'auto-censure soient pesantes dans la société actuelle ?
Antonio Muñoz de Mesa : La censure et l'auto-censure sont omniprésentes et il faut cohabiter avec elles. Nous vivons, à l'époque de Facebook, un noiveau de transparence tel, que nous sommes constamment obligés de faire attention à ce que nous disons ou mettons en évidence sur notre propre vie privée. C'est une sorte de liberté surveillée.
Olga Margallo : Crazy love incite le public à se comporter de façon contradictoire, spontanée. Le duel entre Petra et Psicosis créée chez le spectateur, le désir de se comporter aussi librement que ces deux personnages extrêmes. Et cela fonctionne, c'est une véritable catharsis, c'est ça qui est le plus extraordinaire du spectacle. Au terme de la représentation, les gens finissent par monter sur la scène et par danser, c'est une ambiance très particulière.
Comment se porte l'univers du spectacle aujourd'hui en Espagne ?
Antonio Muñoz de Mesa : Nous sommes dans une phase de transition. Nombreuses compagnies étaient jusqu'à présent financées par les subventions versées par les régions. Maintenant que l'argent public arrive à manquer, les artistes sont obligés de rechercher des espaces alternatifs pour présenter leurs spectacles. Les tournées sont de plus en plus difficile à monter à travers le pays, et nombreuses compagnies ont dû mettre la clé sous la porte. Cela dit, cela nous oblige aussi à réinventer notre profession, à repartir à la recherche du public, avec des formules qui correspondent à ses attentes.
Olga Margallo : Ce qui n'est pas acceptable, c'est quand on fait les choses par inertie : lorsque les spectacles étaient subventionnés, les compagnies se contentaient souvent d'imiter ce qui avait été monté avec succès par ailleurs. Aujourd'hui il faut remettre ce modèle en cause et rechercher de nouvelles formes.
Les salles de théâtre sont quand même encore bien pleines...
Antonio Muñoz de Mesa : C'est vrai. Petit à petit, le fait d'aller au théâtre est intégré par les Espagnols comme une autre forme de sortie : on va au ciné, au restaurant, mais on peut aussi aller au théâtre. Je crois que cela est en partie dû aux grandes comédies musicales, qui ont attiré énormément de spectateurs dans les salles. Ces comédies musicales, c'est comme une sorte de péage à payer, souvent très commercial, parfois très créatif aussi, mais qui permet de générer un intérêt pour les arts vivants.
Propos recueillis par Vincent GARNIER (www.lepetitjournal.com - Espagne) Vendredi 15 juillet 2011
Lire aussi : CRAZY LOVE au Circo Price
Crazy Love, du 1er au 31 juillet et du 2 au 7 août.
http://www.teatrocircoprice.es/web/espectaculo.php?esp=120
du mardi au vendredi à 21h00
Table partagée : 30 ? (non numéroté)
Table complète de 2: 60 ? (non numéroté)
Table complète de 3: 90 ? (non numéroté)
Table complète de 4: 120 ? (non numéroté)
Places en tribune : à partir de 10 euros.
20% de remise pour tout achat avant le 06/07/11
Vente des entrées : entradas.com ou 902 876 870
Pour acheter les entrées au guichet :
Du mardi au samedi, de 16h00 à 21h00 et à partir de 2h avant chaque spectacle.
Ronda de Atocha, 35
Métro: Lavapiés, Embajadores et Atocha - Cercanias: Embajadores et Atocha
Autobus: 27, 34, 36, 41, 119, C
Parking spectateurs c/ Sebastián Elcano, 25
www.teatrocircoprice.es





