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LOS INDIGNADOS – Yes, we camp !


Los Indignados ("les indignés") sont des milliers à occuper les centres-villes des grandes villes espagnoles pour exprimer leur colère contre les mesures d'austérité et une économie en crise depuis trop longtemps. Les jeunes révoltés espagnols ont gagné une victoire électorale en boycottant les urnes, et sont prêts à faire bouger toute l'Europe

Leur mouvement entame sa deuxième semaine et devrait continuer au moins jusqu'à dimanche prochain. Ils en ont décidé ainsi en votant leur poing vengeur en l'air. Los Indignados (photo AFP), "les indignés" référence à l'ouvrage de Stéphane Hessel Indignez-vous !, occupent la Puerta del Sol, grande place madrilène, rebaptisée pour l'occasion "Plaza de la Solidaridad".

Qui sont-ils ?

Les milliers d'indignés présents à Madrid mais aussi dans les autres grandes villes du pays (Barcelone, Bilbao, Valence, Séville ?) protestent depuis le 15 mai contre le chômage et les mesures d'austérité du gouvernement Zapatero. L'Espagne a été touchée de plein fouet par la crise économique et ne s'en remet toujours pas. Le chômage a atteint les 20% et les mesures d'orthodoxie financière rendent la vie très difficile. La plupart des indignés étaient ainsi au départ de jeunes diplômés ne trouvant pas de travail. Mais ce mouvement du 15 mai lancé sur internet  a rapidement grossi et compte aujourd'hui dans ses rangs des familles endettées, des chômeurs ou encore des retraités sans-le-sou. Ce petit monde s'organise en micro-société (infirmerie, bibliothèque, service propreté ?) vivant de la générosité des uns et des autres et ouvrant de grandes assemblées où tout le monde a le droit à la parole.

Un printemps espagnol ?
Si la révolte espagnole a des airs de printemps arabe, la ressemblance n'est pas complète. Le mouvement hispanique a bien démarré lui aussi sur les réseaux sociaux mais a pris une tournure plus politique que révolutionnaire, à l'image d'un mai 1968. "C'est un mouvement de type mai 68, sans les débordements", explique Jean Chalvidant, spécialiste de l'Espagne au MCC (département de recherche sur les Menaces Criminelles Contemporaines de l'Institut de criminologie/Université Paris II Panthéon-Assas). Déçus des promesses non tenues par le PSOE, gauche au pouvoir, los Indignados ont boycotté (en s'abstenant ou en votant blanc) les élections municipales et régionales de dimanche dernier. Le parti de José Luis Zapatero a enregistré sa plus lourde défaite depuis l'après-Franco, la droite du Parti Popular, grand vainqueur du scrutin, a affiché dix points de plus que son adversaire et a dérobé au PSOE Barcelone et Séville, ainsi que cinq régions, dont "l'imprenable" Castille-La Manche. Le mouvement souhaite maintenant développer sa propre "constitution", et invite les internautes à voter pour leurs propositions.

Un mouvement européen ?
Pouvoir d'achat dégradé, chômage étouffant, inquiétudes pour le futur, autant de thématiques qui parlent au reste de l'Europe. "People of Europe rise up" ("Peuples d'Europe levez-vous"), incitent ainsi los Indignados sur leurs banderoles. La révolution a d'ailleurs déjà gagné l'Hexagone. Depuis vendredi, à Paris, plusieurs manifestations en soutien à la mobilisation espagnole ont eu lieu. A coups de "Yes we camp", "Je pense donc je dérange" ou encore "Indignez-vous", la place de la Bastille est tombée et a été rebaptisée "Paris del Sol". Si le mouvement ne réunit que quelques centaines de personnes, il prend peu à peu de l'ampleur. Lundi soir, c'est à Lyon, place Bellecour, qu'a soufflé un vent de révolte. Sur Facebook, la "French revolution" est en marche avec des évènements prévus à Bordeaux, Rennes, Lyon, Marseille, Poitiers ? "Premiers touchés par la crise, les jeunes se révèlent une véritable variable d'ajustement et revendiquent un droit au travail qu'on leur refuse sous prétexte de crise économique mondiale", déclarait lundi le collectif Génération précaire dans un communiqué pour expliquer la naissance du mouvement en France. En pleine campagne présidentielle, la voix des indignés français pourrait bien se décupler.  
Damien Bouhours (www.lepetitjournal.com) mercredi 25 mai 2011

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