Aujourd’hui directeur de la rédaction de LePetitJournal.com à Los Angeles, Benoit Clair était, en septembre 2001, l’un des correspondants de LCI et RMC aux États-Unis. Il a vécu deux fois la tragédie du 11 septembre, d’abord sur le terrain, puis dans sa vie privée. Propos recueillis par Marie Fiorin.


Lire l’interview en anglais ici.
LePetitJournal.com : Où étiez-vous le 11 septembre 2001 ?
Benoit Clair : Je rentrais de vacances passées en France lorsque mon vol Northwest Airlines a été détourné, au beau milieu de l’Atlantique, quand l’espace aérien américain à été subitement fermé a tout trafic, ce qui n’était jamais arrivé dans toute l’histoire de l’aviation. Il faut se rappeler qu'aucun téléphone (ni Internet !) n'existaient alors à bord, donc on ne savait rien ; j’ai juste pu parler avec le commandant de bord qui m’a annoncé qu'un avion avait percuté la tour numéro 1 avant de me faire promettre le silence vis à vis des autres passagers pour ne pas créer de panique... L’avion a opéré un demi-tour et je suis arrivé, 3 heures plus tard, à l’aéroport d’Amsterdam-Schiphol où j’ai découvert, sidéré, l’effondrement des 2 tours jumelles sur des écrans de TV géants. C’est seulement à ce moment-là que j’ai compris l’étendue et la gravité des attentats… J’ai passé toute la nuit debout, dans l’hôtel Pulitzer de la ville, au téléphone pour contacter les personnes que je connaissais à New-York afin de recueillir leurs témoignages. Je suis reparti vers les US le surlendemain, 13 septembre, dès que le trafic aérien a été rétabli, et je suis positionné à Ground Zéro pour de multiples reportages puisque radios et TV du monde entier étaient évidemment en « Breaking News » et durant les longues semaines qui ont suivi. Ce fut, sans conteste, l’évènement le plus marquant de toute ma carrière journalistique et je ne savais pas alors qu’il allait aussi bouleverser le reste de ma vie personnelle.
LePetitJournal.com : Les autorités sanitaires de New-York ont minimisé les conséquences des incendies qui ont duré pendant plus de 8 mois après les attentats. Pourquoi les cas de cancers explosent-ils aujourd’hui ?
Benoit Clair : Je me souviens très bien des déclarations des autorités de santé de New-York qui nous disaient à l'époque que : « L’air était respirable et que nul ne courait aucun risque ! »... Je n’y ai jamais cru une seule seconde. Des milliers de personnes ont pourtant travaillé pendant les semaines et les mois suivants dans un environnement saturé de toxines : amiante, fibres de verre, hydrocarbures, métaux lourds, poussières de béton, carburant d’avion : un mélange que l’on ne retrouve dans aucun autre événement de l’histoire moderne. La plupart des 73 types de cancers environnementaux répertoriés aujourd’hui apparaissent longtemps après l’exposition et nous sommes dans la période où les diagnostics explosent, car les secouristes de 2001 ont désormais 50 à 70 ans, âge où les cancers se déclarent plus facilement. Mais ce n’est hélas pas la seule population concernée ; le nombre de cancers de l’utérus, transmis de mères à filles augmente également et il n’est malheureusement pas rare de voir des jeunes femmes de 30 ou 35 ans traitées pour cette maladie aujourd’hui.
LePetitJournal.com : Cette année, il y aura une nouvelle minute de silence pour les victimes collatérales. Pour vous, c’est une reconnaissance un peu tardive...
Benoit Clair : Oui, pour la première fois, la cérémonie officielle du 11 septembre inclut cette année, une septième minute de silence, dédiée aux victimes des maladies post attentats. C’est un geste symbolique, mais que je crois essentiel pour les familles endeuillées. À l’époque, celle qui allait devenirquelques mois plus tard mon épouse, travaillait comme vice-présidente d’une banque privée installée dans l’une des tours jumelles. Elle était précisément en déplacement à l’étranger ce 11 septembre et elle avait donc miraculeusement échappé aux attentats, mais 658 de ses collègues y ont perdu la vie lors de l'explosion du vol American Airlines 11 contre leurs bureaux situés entre le 101ème et le 105ème étage de la tour numéro 1, à 8 Heures 46 du matin... Elle a ensuite été contaminée par les fumées cancérigènes que l’on disait inoffensives… et elle en est, elle aussi, décédée, 21 ans après son équipe.
J’ai donc vécu, de l’intérieur, pendant près de quatre ans, ce que peu de journalistes auraient pu concevoir : observer des chirurgiens courageux,mais impuissants, passant 7 à 8 heures consécutives à opérer, presque à la chaine, des dizaines de cancers avec des pronostics forcément sombres. J’ai parcouru des services hospitaliers, tous débordés de cas plus dramatiques les uns que les autres. J’ai aussi longuement rencontré et côtoyé, au quotidien, des personnels hospitaliers d’une incroyablehumanité mais aussi de résilience, face à la mort quotidienne. Ils et elles ont ma gratitude éternelle.
LePetitJournal.com : Comment êtes-vous sortis de ce chaos ?
Benoit Clair : Ça n’a pas été simple tous les jours - notamment pour mes proches qui ont parfois subi mes longues périodes de désarroi et de colère contre les terroristes responsables de ces attentats - mais avec des amitiés fortes et solides, plus deux enfants formidables, on en sort, un peu (beaucoup !) cabossé certes, mais on en sort.
J’assiste aujourd’hui, bénévolement, un cabinet d’avocats de NYC à la recherche de journalistes et de techniciens étrangers qui travaillaient alors sur place pour les radios et TV et qui ont été, eux aussi, contaminés ; j’en ai retrouvé plusieurs. Le gouvernement fédéral a prévu un budget pour leur apporter l'assistance médicale dont ils peuvent avoir besoin. Plus de 19 milliards de dollars, en 25 ans, ont déjà été consacrés à l’indemnisation des victimes et de leurs familles, dont 2 milliards pour la seule année 2025. Cette somme va forcément grimper puisque les malades sont aujourd’hui plus nombreux qu’hier ; pour eux, le fond de soutien resteraouvert jusqu’au 30 septembre 2090.
Ce 25ème anniversaire n’est donc plus, pour moi, seulement un hommage aux victimes de 2001 ; c’est la reconnaissance d’une crise sanitaire sans précédent qui continue inexorablement, année après année.
Le 11 septembre n’est plus seulement un événement du passé. C’est une tragédie qui se prolonge dans le présent, et qui continuera, malheureusement, de marquer l’avenir de l’Amérique pendant encore plusieurs générations.
Au-delà des étoiles, le roman-choc de Benoit Clair sur les attentats du 9/11
Confronté, sur le terrain, aux attentats du 11 septembre 2001 à New-York, Benjamin de Tourreau, grand reporter, ne sait pas encore que cette tragédiele poursuivra pendant plus de 20 ans. Dans un roman puissant et haletant, Benoit Clair nous emmène dans le Manhattan des années 2000, où l'insouciance et l’argent de Wall Street coulaient à flot, jusqu’à ce jour fatidique du 11 septembre. Au-delà de l’intrigue, l’auteur livre un document puissant où l’amour, la compassion et la résilience trouvent leur juste place, emmenant ses lecteurs vers une fin inattendue mais malgré tout, heureuse.
Éditions BBC Group - Distribution Amazon 24.99$. Parution en anglais et en français le 21 septembre 2026.
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