Vingt-cinq ans après les attentats du 11 septembre 2001, New York continue de porter les traces de cette journée. Certains souvenirs se sont estompés, d’autres sont restés très précis. À l’occasion de ce 25e anniversaire, trois New-Yorkais racontent comment ils ont vécu le 11 septembre et ce que cette journée représente encore pour eux aujourd’hui.


À New York, le 11 septembre fait partie des dates que personne ne peut oublier. Pour ceux qui étaient là en 2001, la question « Where were you on 9/11? » suffit souvent à faire remonter une multitude de souvenirs. Pour Garrett, aujourd’hui policier, pour une famille qui vivait dans l’Upper East Side et pour un secouriste envoyé à Ground Zero, cette matinée reste associée à la même sensation, celle d’un choc impossible à comprendre sur le moment.
« On ne savait pas ce qui allait arriver »
Garrett se trouvait à New York lorsque les premières informations sur les attentats ont commencé à circuler. Il n’était pas au World Trade Center. Comme beaucoup d’autres New-Yorkais, il a découvert progressivement l’ampleur de ce qui était en train de se passer. « Au début, je pensais qu’il s’agissait d’un accident. Puis j’ai compris que quelque chose de beaucoup plus grave était en train de se passer », se souvient-il. Dans les heures qui suivent, l’atmosphère change complètement : « Ce qui m’a marqué, c’est le silence. New York est normalement tellement bruyante. Ce jour-là, tout semblait différent. »
Vingt-cinq ans plus tard, Garrett dit avoir encore une image très précise de cette journée : « Je peux encore me souvenir de ce que je faisais et de ce que je ressentais. C’est étrange parce que ça fait vingt-cinq ans, mais certains souvenirs donnent l’impression d’être arrivés hier. » Aujourd’hui policier, il porte également un regard particulier sur les personnes qui sont intervenues ce jour-là, « Quand je repense aux policiers, aux pompiers et aux secouristes qui sont allés vers le danger alors que tout le monde essayait de s’en éloigner, c’est probablement ce qui me marque le plus. »
On avait l’impression que New York était invincible
Dans l’Upper East Side, le souvenir d’un 11 septembre irréel
Plus au nord de Manhattan, une famille vivait cette matinée depuis l’Upper East Side. Ils étaient loin du World Trade Center, mais suffisamment proches pour comprendre rapidement que la ville était en train de vivre quelque chose d’inédit. « Nous étions complètement choqués. On regardait la télévision et on essayait de comprendre ce qui se passait », raconte l’un des membres de la famille. Très vite, une autre inquiétude apparaît, celle des proches : « La première chose à laquelle on pensait, c’était : est-ce que tout le monde va bien ? On essayait d’appeler nos amis et notre famille. »
Dans les rues de Manhattan, l’ambiance devient irréelle : « On voyait les gens rentrer à pied. Certains avaient de la poussière sur leurs vêtements. Tout le monde semblait chercher quelqu’un. » Ce sont ces détails, plus de deux décennies plus tard, qui restent parfois les plus présents. La famille explique que le 11 septembre a également changé son rapport à New York. « Avant, on avait l’impression que New York était invincible. Après cette journée, on a compris que rien n’était vraiment acquis. » Aujourd’hui, le souvenir s’est transmis aux générations suivantes : « Les enfants n’ont pas vécu le 11 septembre. Pour eux, ce sont des images. Pour nous, c’est quelque chose qu’on a réellement vécu. »

Un secouriste au cœur de Ground Zero
Pour Gabe, le souvenir est beaucoup plus direct. Secouriste à New York en 2001, il est envoyé vers Lower Manhattan après les premières attaques. « Quand on nous a demandé de partir vers le World Trade Center, on savait que c’était grave. Mais on ne pouvait pas imaginer ce qu’on allait trouver. » Sur place, la priorité est de venir en aide aux victimes et aux personnes encore présentes dans les environs : « Il y avait tellement de bruit, de fumée et de personnes qui couraient que c’était difficile de comprendre la situation. On essayait simplement de faire notre travail. »
Puis vient l’effondrement des tours. « C’est quelque chose que je n’oublierai jamais. Pendant quelques secondes, on ne savait même pas si on allait s’en sortir. » Après les attentats, les secours continuent pendant des jours sur le site. Mais pour certains intervenants, l’histoire ne s’arrête pas avec la fin des opérations : « Sur le moment, on pense uniquement à aider. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’on commence à réaliser ce que l’on a vécu. »
Vingt-cinq ans plus tard, les conséquences sanitaires du 11 septembre restent d’ailleurs un sujet majeur. Le World Trade Center Health Program assure toujours le suivi de nombreuses personnes exposées aux poussières et aux produits toxiques après les attentats. « Il y a des choses qui restent dans le corps, mais aussi dans la tête. Certaines personnes que je connaissais n’ont jamais vraiment réussi à tourner la page », explique le secouriste.
En 2001, on pensait à ce qui venait de se passer. Aujourd’hui, on pense aussi à tout ce qui s’est passé depuis
La mémoire du 11 septembre
Garrett, la famille Goureau et le secouriste n’ont pas vécu le 11 septembre de la même manière. L’un était loin de Ground Zero. L’autre a vécu les événements depuis son appartement. Le troisième était directement impliqué dans les opérations de secours. Mais vingt-cinq ans plus tard, tous parlent encore du même sentiment : le choc. Le temps a pourtant changé la manière dont ils regardent cette journée. « En 2001, on pensait à ce qui venait de se passer. Aujourd’hui, on pense aussi à tout ce qui s’est passé depuis », explique Garrett. Pour la mère de famille, le souvenir est devenu une partie de l’histoire de New York : « On ne veut pas vivre dans le passé. Mais on ne veut pas non plus oublier. » Pour Gabe, la mémoire est peut-être encore plus personnelle : « J’ai continué à vivre. J’ai eu une famille, j’ai travaillé, j’ai vieilli. Mais il y a toujours une partie de moi qui est restée à cette journée. »
« Je n’ai pas connu les tours », la génération 2001 dans l’ombre du 11 septembre
« On avance, mais on n’oublie pas »
Vingt-cinq ans après, les Twin Towers n’existent plus. Une nouvelle génération de New-Yorkais grandit dans une ville qui n’a pas connu le même paysage que leurs parents. Pourtant, le 11 septembre continue d’être transmis par les récits de ceux qui étaient là. Parce qu’au-delà des chiffres et des images qui ont fait le tour du monde, il reste les histoires individuelles. Celles d’un policier qui se souvient du silence de la ville. D’une famille qui cherchait désespérément à joindre ses proches. D’un secouriste qui est allé vers Ground Zero sans savoir ce qu’il allait trouver. Trois histoires différentes, mais un même constat : vingt-cinq ans n’ont pas suffi à effacer le 11 septembre. « On avance. On construit nos vies. Mais on n’oublie pas », résume la famille.
À New York, chaque 11 septembre rappelle que certaines journées appartiennent à l’histoire du monde. Mais pour ceux qui les ont vécues, elles appartiennent surtout à leur propre histoire.
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