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Serge Faure : « C’était un plaisir de travailler au Portugal »

Par Custódia Domingues | Publié le 17/06/2019 à 00:03 | Mis à jour le 04/07/2019 à 07:19
Serge FAURE lycée français Lisbonne

Après cinq années passées comme proviseur au lycée français Charles Lepierre de Lisbonne, Serge Faure quitte Lisbonne pour Marrakech. Il  revient avec nous sur son expériences portugaise et l'avenir de l'établissement.

Lepetitjournal.com : Vous êtes un chef d´établissement avec une longue expérience à l´étranger et vous allez prendre de nouvelles fonctions à Marrakech, en septembre. Que retenez-vous de ces cinq années à Lisbonne ?

Serge Faure : J'ai, en effet, une longue carrière dans les établissements français à l’étranger. Auparavant, j’étais enseignant de philosophie, et conseiller principal d’éducation (CPE) au Maroc déjà, à Rabat. J’ai été chef d’établissement à Mexico, Prague, Valence, Lisbonne, en France à Montpellier et Embrun. Lisbonne est pour moi un poste un peu particulier, je voulais vraiment venir ici. Ce poste était mon vœu unique en 2014. J’ai trouvé une atmosphère très particulière dans cet établissement. Il y a une identité plus forte, ici, à Lisbonne que dans d’autres établissements à l’étranger. Des familles se reconnaissent dans cet établissement avec un fort sentiment d’appartenance. C’est un lieu chargé d’histoire, certaines familles ont une relation presque affective au lycée. Cela se ressent dans la manière dont certains élèves et certains parents appréhendent la vie au lycée. On sent qu’on appartient à une communauté.

Quand je suis arrivé ici, en septembre 2014, c’était une période charnière. On sortait de la crise économique au Portugal, et mon prédécesseur craignait pour nos effectifs. Mais le Portugal a commencé à être « the place to be » : il y a eu une arrivée massive d’Européens et de Français. Au lycée français, on a accueilli 350 élèves de plus entre 2014 et 2019, pratiquement exclusivement dans le secondaire. A l’heure actuelle, l’établissement a atteint sa capacité maximale. A la rentrée, il accueillera 2070 élèves et peut-être plus. 

L’autre défi de taille était la rénovation de l’école primaire, qui ne s’était pas faite pour de nombreuses raisons et qui commencera cet été. C’est une fierté d’être arrivé à le mener à bien, malgré quelques réticences souvent, certains aimeraient que l’établissement reste exactement le même que celui qu’il était en 1952. Mais ce sont aussi beaucoup de regrets de ne pas pouvoir voir le résultat final.

Tout ça dans une ambiance apaisée. Pour un chef d’établissement, c’était un plaisir de travailler ici, au Portugal.

 

Ce projet immobilier règle-t-il les problèmes liés à la capacité d´accueil au niveau du primaire et du secondaire ?


Ce projet immobilier n’a pas pour vocation d’augmenter la capacité d’accueil du Lycée Charles Lepierre. L’objectif est de donner de meilleures conditions d’enseignement au niveau du primaire et de sécuriser les accès. Le premier objectif est de regrouper sur le nouveau site des salles dans un environnement bien défini et surtout d’offrir de meilleures conditions de travail : de meilleures salles, plus lumineuses et mieux insonorisées. De bien meilleures conditions de travail pour tous et conformes au standard actuel, mais sans augmenter la capacité d’accueil. Le deuxième aspect prioritaire, c’est la sécurisation : sécuriser les abords, contrôler les entrées.

Dès septembre, l’ensemble de l’école primaire sera délocalisé sur des bâtiments provisoires et ce pendant les deux années que dureront les travaux qui débutent en octobre prochain.

 

Combien a coûté ce projet immobilier ?


Le projet immobilier a été voté au conseil d’administration de l’AEFE pour un montant de 6,5 millions d’euros, mais il y aura sûrement des surcoûts, liés notamment à l’augmentation des coûts de construction au Portugal. Il va falloir augmenter le budget, ce qui sera proposé au prochain conseil d’administration de l’AEFE. Ce projet est principalement financé sur les fonds propres de l’établissement. Nous nous sommes engagés à limiter la hausse des frais d’inscriptions à 3% annuel. Il ne faut pas que le projet immobilier évacue des familles pour des raisons financières. Les parents sont des partenaires du système éducatif. On sait qu’un projet immobilier est coûteux, mais on a discuté avec les représentants des familles.

 

Est-il vrai que la demande auprès du lycée est supérieure à sa capacité d’accueil ?


C’est totalement vrai. Actuellement, l’idée est d´offrir une meilleure capacité d’accueil pour les familles françaises au-delà du lycée Charles Lepierre en tant que tel. On ne peut pas l’agrandir sans délocaliser et ce n’est pas souhaité. Pour répondre à la demande, il faudra inévitablement passer par l’ouverture de nouvelles structures, de nouveaux établissements.

Politiquement parlant, la question est à l´ordre du jour ?


Le Président Macron a été clair sur la volonté de doubler les effectifs d’élèves dans les établissements français à l’étranger à l’horizon 2025. Le plan de développement de l’enseignement français à l’étranger devrait faire l’objet d’annonces cet été ou à l’automne. Une réflexion va être menée sur comment réorganiser les établissements existant pour augmenter la capacité d’accueil. Il y a un plan de développement au Portugal qui va être formalisé, notamment à Lisbonne avec peut-être des partenaires privés qui pourraient investir dans des établissements français. Je m’avance un peu, cela n’est pas encore décidé.

Sous quelle forme, plus précisément ?


Il existe déjà l’établissement Redbridge school, qui devrait recevoir l’homologation française bientôt. A la rentrée prochaine, cette école scolarisera de la maternelle à la sixième. Il y a d’autres projets, notamment l’ouverture d’une école française à Seixal en septembre 2019.

Les homologations sont données par le Ministère de l’Education nationale et de la Jeunesse français, via l’Agence de l’Enseignement Français à l’Etranger (AEFE). Avant de pouvoir obtenir cette homologation, il est nécessaire d’avoir au minimum un an de fonctionnement. Puis cela passe par une vérification de la conformité aux programmes et aux attendus de l’enseignement à la française.

Dans les années qui viennent, il y a une forte probabilité de voir des établissements "homologués français" dans le Grand Lisbonne apparaître. A Porto, le site du lycée français permet encore des possibilités de développement non négligeables. Même si l´institution a de plus en plus de demandes, elle peut encore les absorber. Ce n’est pas le cas à Lisbonne.

Pouvez-vous nous donner une idée des effectifs ?


A ce jour, on a reçu 650 demandes de nouvelles inscriptions pour la prochaine rentrée. On a environ 280 élèves sur liste d’attente. Parmi eux 180 sont des élèves prioritaires, c’est-à-dire des élèves qui arrivent directement du système d’éducation français. C’est une vraie pression. On sait que sur certains niveaux d’enseignement, nous n’avons aucune solution. En CM2, 4ème,  3ème, 2nde  et 1ère, on est complètement plein, il n’y aucune possibilité. On ne peut pas aller au-delà. Sur d’autres, on pourra peut-être libérer quelques places.

L’avenir est donc aux partenariats avec des établissements privés ?


C’est une des solutions. Il faut analyser au cas par cas et s´inscrire dans le contexte local. A Lisbonne, on est sur une arrivée massive de familles françaises qui recherchent une éducation complètement à la française. On peut aussi envisager des partenariats avec des établissements publics ou privés portugais et travailler peut-être au développement d’une double certification française et portugaise. Les plans de développement doivent être adaptés au niveau local pour trouver la solution la mieux adaptée à chacun des pays.

Est-ce la première fois que vous êtes confronté à une telle explosion de  demandes ?


Le cas lisboète est très particulier car cette croissance s´est faite de manière très rapide et inattendue. En 2014, on ne parlait quasiment pas du Portugal en France. Depuis 2015, nous avons eu une arrivée massive que personne n’aurait pu prévoir. La politique fiscale mise en place par le Portugal a certes favorisé un certain nombre d´arrivées, mais la plupart des familles que je reçois et qui viennent s’installer à Lisbonne sont là pour la qualité de vie. Ils viennent majoritairement de Paris et sa région.  Et, en fait dérivant de cette situation, la pression à l’inscription est plus forte sur le secondaire que sur le primaire de nos jours. Ce n’était pas le cas avant. On est plutôt sur un profil de personnes quarantenaires qui ont déjà des enfants en âge d’être au collège. C’est une tendance forte. J’avais connu à Prague un développement important mais maîtrisé. Au Mexique et en Espagne, il y avait une stabilité totale des effectifs. A Lisbonne, cela continue et on a de moins en moins de places à offrir. Les seules places qui se libèrent sont celles occasionnées par les départs de familles. Il y en a peu. C’est un casse-tête pour le chef d’établissement. Certaines familles ne comprennent pas, malheureusement il n’y a pas d’autres solutions.

 

Quels seront les défis majeurs pour le prochain chef d’établissement ?


La spécificité de ces établissements est qu’ils sont marqués par une certaine continuité. Et en même temps, tous les cinq ans il y a un changement et inévitablement un regard neuf. Il faudra mettre en œuvre le projet immobilier, avec les difficultés que cela peut engendrer. Nous voulons aussi garder une grande qualité, nos élèves réussissent très bien sur le plan académique. Nous voulons aussi valoriser la diversité linguistique et culturelle. Nous conservons un niveau d’entrée certain pour les familles portugaises, cette diversité fait la richesse de l’établissement.

Les gens qui sont engagés dans le système d’éducation à la française que cela soit sur le territoire national, ou dans un établissement à l’étranger, quelle que soit leur nationalité sont des élèves prioritaires. Ils sont en continuité de scolarisation. On cherche en petite section à inscrire les fratries, les familles d’anciens élèves et pour qu’il y ait aussi une possibilité pour les Portugais d’intégrer l’établissement. Nous sommes un lycée français, mais au Portugal.

 

Le système des bourses a connu des modifications ces dernières années, cette situation a-t-elle bien été comprise par les familles ?


Il est difficile de généraliser car certaines familles ont des difficultés réelles. Si l’on regarde uniquement les chiffres, les demandes de bourses sont constantes en pourcentage. L’augmentation des effectifs n’a pas engendré une hausse des demandes de bourses. Sur les chiffres, on est sur une stabilité sociale. Moins de 15% des élèves français sont boursiers à Lisbonne, c’est stable. C’est inférieur à ce que connaît le lycée français de Porto par exemple, c’est lié à une structure sociale très différente. Dans le cas des personnes qui n’ont pas la nationalité, qui n’ont pas accès aux bourses, il y a un système de caisse de solidarité. La demande est gérée en interne par l’établissement, à la demande de la famille. On étudie les cas et nous pouvons accorder des aides ponctuelles à ces familles.

 

Alors que vous partez à Marrakech pour diriger le lycée français sur place, quelle est, selon vous, l´évolution qu´a connu le Portugal entre 2014 et 2019 ?


C’est toujours difficile de comparer. Quand on arrive dans un pays, on a des attentes différentes. Et puis le contexte portugais était différent à mon arrivée il y a cinq ans, c’était la fin de la crise. Aujourd’hui, nous sommes dans une période charnière, je dirais qu´il ne faut pas perdre l’identité de Lisbonne, il y a énormément de tourisme. On sent que des décisions doivent être prises car tout cela va très vite. Des familles entières sont évacuées des quartiers historiques. C’est terrible ! Il faudrait des décisions politiques fortes. Certains quartiers de Lisbonne ont été métamorphosés.

 

Quels souvenirs garderez-vous de votre séjour à Lisbonne ?


Je suis triste de quitter ce pays. Mais cela fait partie de la vie de chef d’établissement à l’étranger. On vient pour un temps donné, et on le sait. C’est souvent un déchirement, mais particulièrement pour le Portugal. Chaque expatriation correspond à une période de la vie, ce sont à chaque fois des moments de la vie familiale qui sont différents.

J’ai senti une intégration très facile au Portugal, on se sent bien, très rapidement. Il y a une vraie qualité de l’accueil, un respect de la personne humaine, un savoir vivre ensemble très développé et une beauté rare de cette ville. Il y a un dynamisme réel et depuis quelques années, il y a un renouveau culturel très fort. Je ne garderai que de bons souvenirs du Portugal.

 

Avec la collaboration de Guillaume Bermond

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