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PS Portugal : António Costa actuel Premier ministre gagne les législatives

Par Jonas Weil | Publié le 17/02/2022 à 00:03 | Mis à jour le 17/02/2022 à 21:00
Ant_Costa

Le Parti Socialiste portugais, et son actuel Premier ministre António Costa, viennent de remporter les élections législatives anticipées avec une majorité absolue. Un scrutin pourtant annoncé très serré. En novembre dernier, le gouvernement portugais et donc le Parti socialiste connaissaient une crise sans précédent, puisque, pour la première fois depuis la fin de la dictature en 1974, le Budget de l'Etat n'a pas été voté par l’Assemblée de la République portugaise. La gauche étant fracturée, la droite (PSD) semblait en bonne position pour tenter de récupérer un gouvernement laissé aux mains des socialistes depuis 2015.


Les résultats passés au crible : Comment le PS a-t-il largement remporté ces élections législatives 2022 ?

Les sondages annonçaient une bataille féroce entre les deux principaux partis du pays, le PS et le PSD. Ceux-ci ont largement été démentis puisque le Parti socialiste a remporté 41,7% des voix (36,3% en 2019), lui permettant d'obtenir pour la deuxième fois de son histoire la majorité absolue avec 117 députés sur 230 au total. Depuis 2015, le PS avait eu besoin de deux autres partis de la gauche, le Parti communiste et le Bloc de Gauche (BE), plus radicaux, pour obtenir cette majorité absolue. Ces deux partis, qui ont consumé cette alliance en votant contre le Budget de l'Etat en novembre, se sont vu en quelque sorte être « punis » par l'électorat portugais, laissant alors au PS la possibilité de gouverner seul. En effet, le Bloc de Gauche et le PCP (dans une alliance avec les Verts) ont tous deux perdus beaucoup d'électeurs et donc de sièges à l'Assemblée de la République, passant respectivement de 19 sièges à 5 pour le BE et de 12 à 6 sièges pour le PCP. Ces résultats très décevants pour ces partis de la gauche viennent confirmer ce qu'un certain nombre d´observateurs politiques avaient caractériser de trahison, lors du refus d´approuver le budget de l'Etat. Par ailleurs, en comparaison aux résultats des élections de 2019, le PS a obtenu environ 380 000 voix de plus tandis que le BE et le PCP en auraient perdues environ 350 000. Ces chiffres qui se complètent donc permettent de constater que l'électorat portugais a fait front pour soutenir le PS, à travers un vote que l'on pourrait caractériser « d'utile ».      


La droite portugaise était divisée                                         

Cette victoire écrasante du PS a entraîné un résultat décevant pour le parti de droite du PSD, avec « seulement » 29% des voix, soit une hausse de 1,2 points par rapport à 2019, tout de même en deçà des espérances de Rui Rio, président du parti. Ce score mitigé peut notamment s'expliquer par le fait que la droite fut très divisée lors du scrutin, avec l'émergence des partis tels que l'Initiative Libérale (5%) et Chega, parti d´extrême droite (7,2%). Alors que ces deux partis ne comptaient qu'un seul député chacun, ils en ont désormais respectivement 8 et 12. Ces dernières années, le Portugal n'était pas ou presque pas concerné, contrairement à ses voisins européens, par la flambée de l'extrême droite. Néanmoins, Chega, en obtenant le troisième score de ces élections, vient de se faire une place importante dans le sillage politique du pays.


Quels enjeux pour le nouveau Gouvernement portugais ?

Juste après sa victoire, António Costa a tenu à souligner que la victoire du Parti socialiste avec une majorité absolue ne devait être confondue avec la notion de « pouvoir absolu ». Le PS pourra effectivement gouverner sans perpétuellement chercher un compromis avec la gauche radicale, comme cela était le cas auparavant. Néanmoins, Costa a tout de même plaidé en faveur de « la confiance et la stabilité ». Justement, le PS a bénéficié de la confiance des Portugais lors de ces élections. En effet, sous les mandats d'António Costa, le Portugal a renoué avec une certaine prospérité économique, avec notamment le premier excédent budgétaire de l'histoire du pays en 2019. La gestion de la crise sanitaire a également été un des points forts du gouvernement, avec une couverture vaccinale parmi les plus hautes sur le plan mondial. L'objectif, dans un avenir proche, sera certainement de relancer l'économie du pays, gangrénée par la crise sanitaire, avec l'aide du plan d'investissement européen, dont le Portugal fut le premier pays à soumettre son dossier.
La première échéance importante pour le gouvernement et le PS sera la nomination des vice-présidents de l'Assemblée de la République. En effet, Chega, étant désormais la troisième force politique du pays a de facto le droit de nommer un vice-président, à condition que celui-ci soit approuvé par la majorité des députés. Si Rui Rio (PSD) a déjà affirmé qu'il ne s'opposerait pas à cette nomination, les députés socialistes feront, eux, certainement front contre celle-ci et d´ores et déjà  il y a eu une bouclée de levier contre cette possibilité.

Enfin, la composition du nouveau gouvernement qui devait être connue le 23 février a été repoussée au début du printemps, en raison de l´annulation par la cour constitutionnelle des votes des Portugais résidents en Europe. En effet la cour a considéré que le vote des Portugais d´Europe n´était pas conforme au processus juridique officiel. Le vote aura donc de nouveau lieu les 12 et 13 mars et les résultats seront connus le 25 mars. Le nouveau gouvernement ne devrait donc prendre ses fonctions qu´en avril prochain.

Ce que l´on sait jusqu´a présent c´est que le futur gouvernement devrait être « plus léger et plus resserré ». La ministre de la Justice Francisa Van Dunem ne reprendra pas son portefeuille au sein du nouveau gouvernement et l'ancien socialiste de Lisbonne, Fernando Medina, est pressenti pour un poste au sein du prochain gouvernement.

L'année 2021 a été marquée par les élections municipales en septembre puis par le refus d'approuver le budget de l'Etat en novembre. De même, la crise sanitaire a encore largement impacté la vie de millions de portugais, dans les domaines économiques, sociales et même des libertés. La constitution de ce nouveau gouvernement doit, en principe, permettre au pays d'envisager le futur avec une certaine stabilité.

 

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Maria Sobral

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