Mercredi 8 juillet 2020

Micro-trottoir : les impressions des Lisboètes post-quarantaine

Par Lucie Etchebers-Sola | Publié le 10/05/2020 à 23:40 | Mis à jour le 10/05/2020 à 23:53
Photo : ©Christo Anestev par Pixabay
Déconfinement Portugal

Après 45 jours en quarantaine, le glas du confinement a enfin sonné au Portugal. Au détour des rues de la capitale, certains Lisboètes ont accepté de se confier au Lepetitjournal.com sur les difficultés qu’ils ont traversées ces dernières semaines et les espoirs mitigés d’un retour à la vie normale.
 
Alors que le déconfinement vient à peine de commencer au Portugal la vie reprend déjà son cours à Lisbonne où les petits commerces de quartier ont été autorisés à rouvrir leurs portes le lundi 4 mai. Les clients hirsutes font désormais la queue devant leurs coiffeurs et barbiers, tandis que les étales des épiceries se chargent à nouveau de fruits et légumes frais. Un vent de liberté qui ne souffle pas bien fort sur la capitale portugaise du fait des recommandations du gouvernement qui a fortement incité les citoyens à maintenir les mesures de distanciation sociale imposées depuis le début de la pandémie. Quelques passants ont tout de même acceptés de répondre aux questions du Lepetitjournal.com, de livrer leurs impressions post-quarantaine et de partager leurs perspectives d’avenir.
 
 

Rivva, 23 ans, était serveuse dans un restaurant avant que l’état d’urgence ne soit déclaré au Portugal. Comme tous ces confrères et consœurs de la restauration, elle s’est retrouvée au chômage technique et a peu d’espoir de retrouver son ancien travail tout de suite.
 
Moi et mes colocataires avons pris la décision de  nous confiner avant même que l’état d’urgence n’ait été déclaré. Le plus difficile a été de trouver un rythme dans cette routine de confinement qui nous a ensuite été imposée. Le contexte international et la façon dont les gouvernements ont fait face à la crise ont nourrit l’anxiété générale et les incertitudes, surtout au début de la pandémie. L’une de mes colocataires a été suspectée d’être infectée par le Covid-19 donc notre confinement a été vraiment difficile, nous avons du attendre presque trois semaines pour qu’elle soit finalement testée négative et aucun de nous n’a pu mettre le nez dehors. Pour la plupart de mes amis, cela a été, globalement, plus facile. Les mesures restrictives ont été nettement moins sévères au Portugal qu’ailleurs en Europe.
 
Je n’ai pas beaucoup de perspectives professionnelles pour l’instant. Autour de moi, beaucoup de gens ont perdu leur travail et ne vont pas en retrouver de sitôt. Le gouvernement a recommandé aux Portugais de rester confinés pendant quelques temps, une mesure que je compte respecter. Personnellement je n’ai pas l’intention de changer ma routine de quarantaine, ni de chercher du travail pour le moment, même si je prévois de revoir quelques amis. Du fait de la réouverture des petits commerces, la vie a un peu repris, mais je ne pense pas que cela va changer beaucoup plus que ça dans les semaines à venir. Nous avons vécu un traumatisme à l’échelle de l’humanité, et nous en garderons longtemps des séquelles. Je pense qu’il va nous falloir beaucoup de temps pour nous embrasser les uns des autres.

 

Raquel, 34 ans, doctorante à l’Université d’ISCTE et professeure de Yoga, a dû s’adapter, comme beaucoup, à une vie sur écran.
 
Le confinement n’a pas changé le type d’activité que je menais avant la pandémie, mais la façon dont je les menais. Je suis passée d’une vie entre les bancs de la fac et ceux du centre de Yoga où j’enseigne, à ma chaise de bureau devant mon ordinateur. Maintenant j’étudie et j’enseigne en ligne. Le confinement m’a fait réaliser à quel point nous avons besoin d’activités extérieures en dehors de notre vie professionnelle, tant physiquement que mentalement. Rester enfermée a été vraiment une épreuve pour moi. La quarantaine est survenue si brutalement, du jour au lendemain nous n’avons plus eu le droit de mener nos vies, de voir nos amis, de faire des choses ensemble. Cela a été vraiment difficile.
 
Mes perspectives d’avenir sont assez floues pour l’instant. Ce que je sais c’est que  les cours à l’université ne reprendront pas en présentiel avant septembre. Quant aux cours de yoga, cela dépend plus de la capacité des gens à reprendre confiance et à se sentir en sécurité dans un lieu public, que de ma volonté propre. Je pense que les mois d’été vont adoucir les choses et que nous y verrons plus clair en septembre. J’espère pouvoir retrouver une vie à peu près normale à ce moment là.
 

Nicole, 62 ans, responsable administrative dans une fédération sportive, s’inquiète de la gestion des transports publics dans les semaines à venir.

J’ai la chance d’avoir un poste qui m’a permis de travailler depuis chez moi pendant le confinement et cela a été un vrai soulagement. Normalement j’ai presque 3 heures de transports par jour pour aller travailler et dans le contexte de la crise sanitaire, les transports publics sont vraisemblablement le lieu où le virus circule le plus. J’appréhende un peu le déconfinement à ce niveau-là, pas au niveau des risques sanitaires mais plutôt en terme d’organisation. Le seul moyen de respecter la distanciation et les gestes barrière va être de sous occuper les rames de métro et de train, cela signifie que les queues vont être longues et les temps de transport démultipliés. Donc, finalement nous allons certainement passer plus de temps dans les transports publics, même si c’est pour attendre, et donc potentiellement en contact avec le virus. Personnellement, je vais essayer de convaincre ma hiérarchie de laisser le personnel en télétravail pendant encore au moins un mois.
 
À coté de cela, j’ai profité de mon fils et de maman avec qui je n’avais pas passé autant de temps depuis quasiment 30 ans.


Vicente, 28 ans, vendeur chez Décathlon et coach sportif, a vécu un confinement « cinq étoiles ».
 
Je vis à Lisbonne normalement, mais je suis rentré chez mes parents qui vivent à la campagne quand l’état d’urgence a été déclaré. Hormis le fait que je n’ai vu absolument personne pendant 7 semaines en dehors de mes parents, j’ai très bien vécu le confinement. Je pense que les gens qui se sont confinés à la campagne dans une maison avec un jardin ont eu une toute autre expérience que ceux qui se sont retrouvés coincés dans leurs appartements en ville. Je suis quelqu’un de plutôt casanier à la base donc cela n’a pas changé grand-chose à ma vie quotidienne au final.
 
Au niveau professionnel par contre c’est un peu plus confus. Je suis coach sportif indépendant et j’avoue que le coronavirus a mis un sacré coup de frein à mon affaire. Mais étant donné que c’est mon activité secondaire, cela ne m’a pas mis la corde au cou financièrement. La  plus grande partie du temps, je suis vendeur chez Décathlon, j’ai été mis au chômage partiel donc je n’ai pas eu de manque à gagner. J’ai été payé normalement et vu que je n’ai rien dépensé chez mes parents, j’ai fais des économies ! En terme de reprise de l’activité c’est le flou total. Je ne sais pas comment les grands magasins comme Décathlon vont s’organiser. Les clients essayent et touchent tous les produits qui sont en rayon, je ne vois pas comment cela va être possible de travailler dans des conditions de sécurité et d’hygiène suffisantes. C’est mon seul point d’interrogation.
 

Pour de nombreuses personnes âgées, le confinement n’a pas été chose facile. José, 82 ans, « l’a senti passer ».

Je vis seul depuis quinze ans, donc j’ai plutôt l’habitude de la solitude, mais ce satanée virus m’a mis dans une situation d’isolement presque totale, certains jours j’ai cru devenir fou. Heureusement je pouvais parfois parler à mes voisins depuis mon balcon, et j’ai un petit jeune du quartier qui me faisait mes courses une fois par semaine. Quand il passait à la maison, on échangeait quelques mots, ça me faisait ma journée. Ce n’est pas grand chose, mais parler au facteur, aller à l’épicerie, toutes ces choses qui me faisaient voir du monde ont été interdites du jour au lendemain, et j’ai réalisé à quel point elles étaient importantes dans mon quotidien. Certains de mes amis dans la même situation que moi ont beaucoup souffert de la solitude et de l’anxiété pendant le confinement. Ils regardaient trop la télévision. Moi je ne regarde que le journal du soir, ça suffit pour rester informé, sinon on devient paranoïaque. Evidemment je suis inquiet pour la suite, je suis vieux, mais je ne vais pas m’arrêter de vivre pour autant. Ce matin, je suis descendu pour boire mon café en bas de chez moi pour la première fois en six semaines et je peux vous dire qu’il n’a jamais été aussi bon.

 

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