Dans le cadre de la fête de la francophonie, l'association "Français du Monde - adfe Portugal" présente Magyd Cherfi et son spectacle "Longue Haleine" au théâtre Bocage à Lisbonne le 25 mars 2026 à 20h00 en collaboration avec l´Institut Français du Portugal et le lycée français Charles Lepierre de Lisbonne. L'artiste y mêle musique, écriture et engagement dans une œuvre profondément personnelle et universelle.


Invité dans la capitale portugaise pour célébrer la francophonie, Magyd Cherfi va à la rencontre du public lisboète avec un spectacle intime et engagé. Entre souvenirs d'enfance, réflexions sociales et regard sur le monde, il propose une parole sensible, nourrie par son parcours et son histoire. Pour l'occasion, Lepetitjournal.com a pu s'entretenir avec lui.
Qui est Magyd Cherfi ?
Magyd Cherfi est né en 1962 à Toulouse. Issu d'une famille d'origine algérienne assez modeste, il est un chanteur, écrivain et acteur franco-algérien. Ancien membre du groupe Zebda, avec lequel il a remporté plusieurs distinctions, il s'est maintenant imposé comme une figure majeure de la scène artistique engagée. Aujourd'hui en solo, il poursuit un travail où l'écriture occupe une place centrale, notamment avec son spectacle « Longue Haleine », dans lequel il propose un regard qui lui est propre sur la société.
Lepetitjournal/Lisbonne : Votre travail mêle musique, littérature et engagement. Comment ces trois dimensions se nourrissent-elles dans votre création ?
Magyd Cherfi : Je crois que ce n'est pas un choix. C'est quelque chose qui vous habite dès la naissance. Chez moi, par exemple : on écoutait beaucoup de musique populaire algérienne. En ce qui concerne la littérature, ma mère utilisait énormément de métaphores dans sa façon de parler. Et pour l'engagement, il me suffisait de voir mes parents vivre dans la peur, menacés, confrontés au racisme au quotidien... Tout ça m'a construit et a nourrit naturellement mon écriture.
Que signifie le titre de votre spectacle Longue Haleine ?
Il représente la peine, l'effort constant pour garder sa dignité au plus haut. Quand on vient des milieux populaires, rien n'est facile, on ne part pas avec les mêmes chances. C'est aussi une façon de dénoncer un monde très injuste, où l'immensité a peu et une minorité possède énormément.
La chanson peut-elle encore influencer le débat public aujourd'hui ?
Je ne suis pas sûr qu'elle puisse vraiment changer les choses. En revanche, je crois beaucoup à l'émotion provoquée. Une chanson peut apaiser, consoler, éclairer certaines zones d'ombre de l'histoire des hommes. Mais elle influence assez peu le cours des choses.
Avez-vous un rituel d'écriture ?
Non, pas vraiment. L'important, c'est de rester vigilant. J'écris tous les jours, même un peu, pour muscler chacun de mes mots et pour rester affûté.
Qu'aimeriez-vous que le public retienne après votre concert à Lisbonne ?
J'aime entendre qu'on a touché des cœurs. J'espère montrer que l'art est universel, c'est son rôle. On attend de la connivence, des sourires, du partage... quelque chose de profondément humain, basé sur la fraternité.
Avez-vous un lien particulier avec le Portugal ?
Oui j'en ai un, j'ai grandi en cité avec des familles portugaises, comme la mienne, immigrées et pauvres. On partageait les mêmes difficultés, le racisme, les discriminations. C'étaient aussi des familles nombreuses qui rêvaient de retourner au pays, mais qui, comme nous, ne l'ont jamais fait.
Que représente pour vous le fait de présenter votre spectacle au Portugal devant un public multiculturel ?
Je crois à l'universalité de l'art. Pour moi, une vraie œuvre transcende les langues et les cultures. Et la culture française, au travers de ses idéaux d'universalité a su projeter les valeurs d'égalité et de fraternité. En ce sens, ces valeurs ont traversé toutes les frontières.

















