Le jeudi 12 mars s'est tenue l'inauguration de l'exposition "Femmes du monde et d'ailleurs. Elles nous ont montré la voie", organisée à l'Alliance française de Lisbonne dans le cadre de la Festa da Francofonia 2026.


Micheline Peletier a compté avec les participations de l'ambassadrice de France au Portugal, Hélène Farnaud-Defromont, et du président de l'Alliance française de Lisbonne, Bernard Chantrelle pour l'inauguration de cette exposition.
Présentée du 13 au 27 mars 2026, l'exposition rassemble une série de portraits de femmes engagées que la photographe a rencontrées et photographiées au fil de sa carrière de photojournaliste à travers le monde. À travers ces images et les récits qui les accompagnent, Micheline Pelletier a tenu à rendre hommage à ces figures féminines qui ont marqué l'histoire contemporaine - notamment plusieurs prix Nobel de la paix - et à rappeler leur rôle dans les combats pour les droits humains, la paix ou encore la science. Elle a également souhaité avoir une pensée particulière pour les femmes ukrainiennes, iraniennes et libanaises, aujourd'hui confrontées à des défis de grande ampleur pour sauvegarder leur liberté. À cette occasion, elle revient pour Lepetitjournal.com sur le sens de cette exposition et son parcours de photojournaliste.
Lepetitjournal/Lisbonne : Votre exposition s'intitule « Femmes du monde et d'ailleurs. Elles nous ont montré la voie ». Pourquoi avoir choisi de mettre en avant ces figures féminines aujourd'hui ?
Micheline Pelletier : Tout simplement parce que ce sont des combattantes, des résistantes. Certaines sont francophones, d'autres non, mais j'ai voulu rendre hommage à plusieurs femmes exceptionnelles, notamment des prix Nobel de la paix que j'ai eu la chance de rencontrer et de photographier.
Cette année, le thème de la francophonie était consacré aux femmes. Cette exposition s'inscrit donc dans ce contexte, mais elle est surtout un hommage à ces femmes qui, par leur courage et leurs actions, ont ouvert la voie aux générations suivantes.
À travers cette exposition, souhaitez-vous transmettre un message particulier sur la place des femmes dans la société et dans l'histoire contemporaine ?
Oui. Ce sont ce qu'on appelle en anglais des role models. Des figures auxquelles les jeunes filles peuvent s'identifier et qui peuvent leur donner envie de croire en leur destin. Par exemple, deux femmes irlandaises qui ont reçu le prix Nobel de la paix, Betty Williams et Mairead Corrigan. L'une était secrétaire, l'autre standardiste. Leur engagement est né après un drame : un soldat a tiré sur une voiture qui s'est écrasée devant la maison de Betty Williams, tuant la conductrice et blessant gravement des enfants. Elles ont alors lancé un appel à la radio pour que les femmes descendent dans la rue. La semaine suivante, 100 000 femmes manifestaient à Belfast contre la violence.
Il y a aussi l'histoire de Rigoberta Menchú, au Guatemala. Enfant, elle a vu son village attaqué et sa famille frappée par la violence. Elle ne parlait que la langue indigène mais a appris l'espagnol pour défendre les peuples autochtones. À 15 ans, elle travaillait toute la journée dans un collège religieux en échange de quelques heures d'études. C'est un exemple puissant de ce que l'éducation peut changer dans une vie. Ce sont ces parcours qui montrent qu'à un moment donné, face à l'injustice, certaines personnes décident simplement de se lever et d'agir.
Votre carrière de photojournaliste vous a menée à photographier des personnalités très diverses. Y a-t-il une rencontre ou un portrait qui vous a particulièrement marqué, par exemple parmi les prix Nobel ?
C'est une question difficile. J'ai tendance à répondre : le portrait que je ferai demain. Chaque rencontre est importante. J'ai notamment travaillé pendant onze ans avec le programme L'Oréal-UNESCO pour les femmes et la science. J'ai parcouru les cinq continents pour rencontrer les lauréates de ce prix et passer une semaine avec chacune d'elles dans leur laboratoire.
Au départ, je ne comprenais pas grand-chose à leurs travaux. Mais une fois sur place, elles savaient expliquer leurs recherches avec beaucoup de simplicité. Certaines sont d'ailleurs devenues plus tard prix Nobel. À chaque fois, quitter ces femmes après une semaine passée avec elles était un arrachement, car elles m'avaient confié leur parcours et leur passion. Cela m'a aussi convaincue d'une chose : les femmes ont besoin des sciences, et les sciences ont besoin des femmes.
Comment votre métier de photojournaliste a-t-il évolué depuis vos débuts ?
Il a énormément changé. J'ai commencé à l'époque de l'argentique, avec des appareils lourds et dans un milieu très masculin. J'étais l'une des rares femmes à intégrer une grande agence internationale, Gamma, en 1978. Au début, les conférences de rédaction étaient très difficiles pour moi. J'avais parfois l'impression d'être un lièvre entouré de chasseurs. J'ai donc choisi de proposer directement mes sujets au rédacteur en chef. Être une femme m'a aussi parfois aidée. Par exemple, lors de la révolution iranienne en 1979, j'ai pu accéder à un certain nombre d'endroits parce qu'on ne se méfiait pas de moi. On n'imaginait pas que mes photos se retrouveraient ensuite dans la presse internationale. Aujourd'hui, le métier a profondément changé avec le numérique. Les images circulent immédiatement et les rédactions reçoivent des milliers de photos en quelques minutes. Cela laisse moins de place au reportage long et au travail de magazine. Beaucoup de photographes ont du mal à vivre de ce type de travail aujourd'hui.
Y a-t-il des photographes actuels qui semblent prendre le relais pour l'avenir ?
Oui, il y a des jeunes très talentueux. Mais le problème est surtout économique. Partir sur le terrain, notamment en zone de guerre, coûte très cher et les journaux hésitent à assurer les photographes. De plus, les reporters sont aujourd'hui souvent encadrés par les armées ou les autorités, ce qui limite l'accès à certaines réalités du terrain. Le métier reste donc un engagement très exigeant pour la nouvelle génération.
Certaines de vos photographies ont fait le tour du monde sans que le public connaisse toujours le nom de leur autrice. Comment vivez-vous cette relation entre la notoriété de l'image et celle du photographe ?
Un jour, Yann Arthus-Bertrand m'a dit : « Ton problème, c'est que tu n'as pas d'ego. » Mais pour moi, ce n'est pas un problème. L'essentiel est de transmettre et de témoigner. Si une image peut toucher les gens ou changer un regard, c'est déjà beaucoup. La notoriété n'a jamais été mon objectif. Mais il m'arrive que des visiteurs de l'exposition découvrent plusieurs photos et disent : « Ah, celle-ci aussi, c'est vous ? » Et cela me fait simplement sourire.
Pour rappel, Micheline Pelletier qui vit à Lisbonne actuellement, avait en décembre 2025 participé à une des rencontres littéraires de l'Alliance Française de Lisbonne où elle avait présenté son livre photographies sur les Açores : un jardin sur l'atlantique.
Elle exposera ses photos sur les Açores à Ponta Delgada dans le cadre de la programmation de Ponta Delgada capital da Cultura 2026.
L'Alliance Française de Lisbonne : Av. Conselheiro Fernando de Sousa 21 A, à Lisbonne. Du lundi au vendredi de 9h à 19h et le samedi de 9h à 13h.

















