Mardi 27 juillet 2021

Covid-19 : la lutte contre la précarité alimentaire

Par Alexandre Klein et Maria Sobral | Publié le 19/05/2021 à 23:32 | Mis à jour le 19/05/2021 à 23:55
Photo : ©Banco alimentar
Banco alimentar

 
Les mesures indispensables qui ont été prises pour empêcher la propagation du Covid-19, ont provoqué des situations extrêmement difficiles pour les familles portugaises. De nombreuses familles se sont retrouvées sans revenu ni rémunération de façon inattendue. Un des enjeux les plus importants depuis le début de la pandémie a donc été de subvenir aux besoins alimentaires du plus grand nombre.


Des institutions sociales en difficulté pendant la pandémie

Les mesures gouvernementales prises dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19, n’ont pas facilité l’aide aux personnes les plus démunies. En effet, plusieurs institutions favorisant le contact social, et donc la solidarité entre les individus ont été contraintes de fermer, comme les crèches, et même dans certaines situations, la distribution de paniers alimentaires.

De plus, l'accès aux bénévoles qui collaborent avec ces institutions a également été temporairement restreint voire interdit pour éviter la contagion. Les visites de la part de proches, notamment dans les maisons de retraite et des foyers d'accueil, ont aussi été limitées. Tous ces facteurs ont entraîné une augmentation de la précarité.

Cependant, la situation pandémique a contribué à la création de nouvelles institutions de solidarité, afin de venir en aide aux plus démunis. C’est le cas notamment de la plateforme SOSvizinho, qui se traduit par SOSvoisins. Cette plateforme de mobilisation citoyenne à caractère social, a été créée en mars 2020 et a pour objectif d'apporter des biens essentiels aux personnes à risque pendant la pandémie. SOSvizinho compte actuellement plus de 4000 bénévoles et 200 coordinateurs répartis sur tout le territoire national.

Les paroisses portugaises, qui aident historiquement les personnes dans le besoin, ont également pris des mesures afin de venir en aide au plus grand nombre. La paroisse d’Amora du diocèse de Setubal, a ainsi, mis en place en plus des distributions alimentaires déjà existantes, un groupe d'accueil et d'écoute au début du mois de mai 2020, pour que l'Église apporte aux communautés une assistance spirituelle et psychologique pendant la période d'isolement social causé par la pandémie de Covid 19. Ce projet est promu par des psychologues et vise à soutenir les familles de la communauté.


Les réponses citoyennes et les Banques Alimentaires

Cependant, ces initiatives ne sont pas suffisantes pour venir en aide à l´ensemble de la population dans le besoin. Il a donc été nécessaire de créer un réseau de distribution alimentaire, tout en respectant les recommandations sanitaires des autorités de santé, afin de venir en aide aux plus démunies et aux personnes touchées par la pandémie plus généralement. On a vu se développer un grand nombre d’initiatives solidaires de la part de la population, notamment entre voisins, en allant faire les courses pour les personnes âgées par exemple, afin de les empêcher de se mettre en danger. Des restaurants qui ont préparé des repas pour des familles dans le besoin.

Ces actions n´ont, cependant, pas permis de venir en aide aux personnes en difficultés financières, ainsi qu´à celles dépendant par exemple du panier alimentaire qu’elles recevaient régulièrement, ou encore auprès des individus ayant perdu leur emploi à la suite de la pandémie.

Un réseau d’urgence alimentaire s’est donc structuré, principalement autour des Banques Alimentaires. L’organisation a déclaré le 18 mars 2021 avoir distribué environ 1.800 tonnes de nourriture à plus de 79.000 personnes touchées par la pandémie de Covid-19. Créées en 1999 au Portugal, les Banques Alimentaires sont des institutions privées de solidarité sociale, qui luttent contre le gaspillage des produits alimentaires en les envoyant gratuitement aux personnes dans le besoin.

« Cette année a été vraiment difficile. Nous avons eu énormément de demandes d’aide, de la part de familles qui n’étaient pas habituellement en situation de détresse. Ce sont des familles qui avaient un emploi, des professionnels en profession libérale (dentistes, coiffeurs, professionnels du sport, de la restauration et du tourisme) » déclare la présidente de la fédération des banques alimentaires du Portugal Isabel Jonet, dans un entretien accordé au Lepetitjournal.

« Nous avions déjà des personnes en situation de pauvreté structurelle, maintenant viennent s’ajouter celles qui sont dans une situation de pauvreté conjoncturelle, liée à la crise pandémique » poursuit-elle.

Elle rajoute  « au Portugal l´économie parallèle qui permettait aux familles de tenir sous forme d´un deuxième emploi a disparu avec la pandémie et a plongé les familles dans le besoin, car elles ne perçoivent plus ce complément à leur salaire officiel. Si l´on considère que les deux tiers du revenu d´une famille sert à payer un crédit habitation il ne reste pas grand-chose pour les dépenses quotidiennes… »


Les difficultés des Banques Alimentaires

Les Banques Alimentaires ont du mal à répondre à la demande croissante de la part de la population portugaise. La Banque Alimentaire de Porto a, par exemple enregistré une augmentation de 600% du nombre de demandes d’aide apportées depuis le début de la pandémie, a déclaré le responsable des services sociaux au début du mois de février 2021. L’institution soutient actuellement plus de 60.000 personnes dans le district de Porto.

Un des responsables déclare également que « les demandes d'aide ont augmenté et le profil des personnes demandant de l'aide a également radicalement changé ». En effet, depuis le début de la pandémie, les demandes qui arrivent à la Banque Alimentaire de Porto proviennent essentiellement « de personnes qui ont perdu leur emploi et qui n'ont jamais imaginé traverser cette situation ».

« Le premier confinement en mars 2020 a eu un impact terrible sur les familles, et les banques alimentaires n’étaient pas préparées pour une forte augmentation des demandes » confie Isabel Jonet, la présidente des Banques alimentaires. Puis elle ajoute : « Entre avril et mai 2020, nous avons eu environ 350 demandes d’aide, alors qu´après le second confinement nous en avons eu en moyenne 70 à 80 par jours. Cela constitue une forte augmentation, mais le réseau social est maintenant mieux préparé et peut faire face à ces demandes ».

Le Portugal est entré récemment dans la quatrième et dernière phase du plan de déconfinement. La situation sanitaire s’est améliorée, ce qui laisse présager un peu de répit pour les organisations d’aide alimentaire. Leur travail ne touche cependant pas à sa fin, un grand nombre de familles portugaises étant encore en grande partie dépendantes de ces aides alimentaires. Isabel Jonet prévoit qu´en septembre 2021, à la fin de la période de suspension des paiements des crédits, de nombreuses familles se trouvent de nouveau en grande difficulté. « Je ne prévois pas, en tous les cas, qu´il y ait une amélioration rapide. J´espère, en revanche, pouvoir le dire dans un an, en mai 2022 ! ».

 

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