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Entrée de Aristide de Sousa Mendes au Panthéon portugais

Par Jonas Weil | Publié le 24/10/2021 à 23:26 | Mis à jour le 25/10/2021 à 23:51
Aristides-Sousa-Mendes

Certains héros de l'histoire restent parfois dans l'ombre. C'est le cas de Aristides de Sousa Mendes, souvent oublié des manuels et des programmes, il a pourtant mené l'une des plus grandes actions de sauvetage de l'histoire. Consul du Portugal à Bordeaux pendant la seconde Guerre Mondiale, Aristide de Sousa Mendes et ses hommes ont délivré près de 30 000 visas, dont environ 10 000 à des personnes juives souhaitant échapper à la barbarie nazie, cela en à peine une semaine. Le mardi 19 octobre, Aristide de Sousa Mendes est entré au Panthéon portugais, un hommage célébré conjointement avec la France, à Bordeaux et Bayonne.


Un acte d'humanisme hors norme

En juin 1940, Aristide de Sousa Mendes prend une décision, lourde de conséquence pour le reste de sa vie et celle de sa famille, qui changera le destin de plusieurs milliers de personnes. Cet acte, qui est celui d'un homme de convictions, investi d'un profond humanisme, est d'autant plus louable qu'il a été effectué en désobéissance aux consignes gouvernementales, celles de António de Oliveira Salazar à l'époque. En effet, la directive raciste et antisémite n°14 du 11 novembre 1939 interdisait l'entrée sur le territoire portugais aux juifs, apatrides et aux opposants politiques. Celui que l'on appellera plus tard le "consul rebelle" déclarait à l'époque pour justifier son opposition : "Désormais, je donnerai des visas à tout le monde, il n'y a plus de nationalité, de race, de religion". Entre les 17 et 24 juin 1940, sous les ordres du consul portugais de Bordeaux son équipe délivre plusieurs dizaines de milliers de visas qui permettent de relier l'Espagne, puis le Portugal. Le Portugal permettait un embarquement par voie maritime vers le Nouveau Monde, les Etats Unis. Plusieurs témoignages racontent que des centaines de réfugiés dormaient devant et à l'intérieur du Consulat, dans l'attente d'un papier qui leur donnerait le droit de vivre. Cette désobéissance volontaire a coûté à Aristides de Sousa Mendes, son travail, sa famille et même sa vie. Rappelé au Portugal au mois de juillet de 1940 par Salazar qui met fin à sa carrière diplomatique vieille de 30 ans, il est destitué de nombre de ses droits. Sa famille fut mise en grande difficulté, discriminée, Aristides de Sousa Mendes tombe dans l'oublie et meurt en 1954, à 69 ans dans la misère. L'historien Yehuda Bauer déclarait : ce fut « la plus grande action de sauvetage menée par une seule personne pendant l'Holocauste ».   

         
Célébrer la mémoire d'Aristides de Sousa Mendes

"Je n'ai rien à vous laisser sauf mon nom et il est propre", ce sont les mots que Aristides de Sousa Mendes a laissé sur son lit de mort. Ce qu'a laissé Aristides derrière lui a longtemps été oublié. En 1966 il est reconnu Juste parmi les nations par l'institut Yad Vashemen. En 1985, il est décoré à titre posthume par Mário Soares, président de la République. On lui fait également des excuses publiques. En 1995 sa mémoire est de nouveau réhabilitée. Un comité national français en sa mémoire est également créé en 1987 à Bordeaux. La reconnaissance publique des institutions est un moyen de transmettre l'histoire et de nourrir un certain devoir de mémoire. Elle permet de consacrer une certaine postérité. Justement, le mardi 19 octobre, la République portugaise a décidé de lui offrir un hommage à la hauteur de son action. Aristide de Sousa Mendes est entré au Panthéon portugais, au côté des plus grands, de ceux ayant fait la fierté et l 'histoire du Portugal. Cette célébration souligne l'engagement du Portugal pour inclure un peu plus dans son histoire cet homme. Les plus hautes autorités portugaises étaient présentes pour l'occasion, pour partager un moment important de l'histoire du pays, pour honorer un homme qui ne doit plus, désormais, rester dans l'ombre. Des membres de la famille étaient également là. Le président de la République, Marcelo Rebelo de Sousa, le Premier ministre António Costa et le président de l'Assemblée de la République, Eduardo Ferro Rodrigues étaient présents. L'ambassadrice de France au Portugal s'est joint à la cérémonie.
Ces personnalités ont salué l'acte de Aristide de Sousa Mendes en soulignant qu'il avait "changé l'histoire du pays". La bravoure du "Consul Rebelle" a été célébrée au même moment à Bordeaux, sur l'esplanade Charles de Gaulle, sur laquelle Mário Soares avait inauguré, à l´époque en 1994, un buste en l'honneur du Consul.

 

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