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26 septembre : élections municipales à un tour au Portugal

Par Jonas Weil avec la collaboration de Julia Martin | Publié le 20/09/2021 à 23:45 | Mis à jour le 21/09/2021 à 16:49
Elections Municipales au Portugal en 2021

La période officielle de campagne électorale pour les élections municipales a débuté le mardi 14 septembre, après 3 jours de deuil national déclarés vendredi 10 septembre par le gouvernement à la suite du décès de l'ancien président de la République Jorge Sampaio.

 

Le MAE (ministère de l'intérieur portugais) a annoncé, que 9 323 688 personnes étaient inscrites sur les listes électorales, dont 13 924 étrangers ressortissants de l'Union européenne. L'ensemble de ces électeurs auront chacun en main trois bulletins, pour élire l'exécutif des 308 municipalités, mais également un bulletin pour les assemblées municipales et un autre pour l'élection du représentant des 3091 assemblées des communes.  Les élections municipales n'ont qu'un seul tour. Après les élections présidentielles en début d'année 2021, les élections municipales sont un évènement important pour le Portugal et l'organisation politique, locale mais aussi nationale, du pays durant les quatre prochaines années. Ces élections impliquent de nombreux enjeux et défis.

 

Les enjeux principaux des élections municipales au niveau national

Les deux principaux partis du pays sont le Parti socialiste (PS), situé à gauche et au centre gauche de l'échiquier politique ainsi que le Parti social-démocrate (PSD) situé à droite et au centre-droit de cet échiquier. Pour le premier, le principal enjeu est de confirmer les très bons résultats obtenus lors des deux dernières élections municipales, en 2013 et 2017. En effet, en 2017, le PS avait obtenu près de 38% des suffrages au niveau national, lui permettant d'élire 159 maires, soit plus de la moitié des municipalités du pays, dont 142 à la majorité absolue. De même, placer de nombreux maires à la tête de l'exécutif des municipalités permettrait au PS de faciliter la mise en place de la politique nationale du parti, le pays étant déjà présidé et gouverné par des membres de celui-ci. Sans oublier le défi que s'est donné le gouvernement portugais, composé d'une coalition de gauche, la fameuse « geringonça », de mener à bien la régionalisation du pays. Une bonne implantation en région serait un bon atout.

En 2017, le PSD obtenait un peu plus de 16% des suffrages, pour 79 maires élus. Les mots de Rui Rio, président du parti lors du lancement de sa campagne à Guarda, permettent d'entrevoir l'ampleur du défi que le PSD s'apprête à relever. Il admettait récemment que la victoire pour ces élections municipales allait être très compliquée, tant la distance le séparant avec le PS est importante, mais tout de même moins compliquée que de « gagner à l'euromillion ». Ainsi, plutôt que de dépasser le PS, l'enjeu pour le PSD est de placer plus, voire bien plus, de maires à la tête des 308 municipalités du pays, que lors des dernières élections municipales.

Même s´ils sont les deux partis majeurs du pays, le PS et le PSD ne cristallisent pas, à eux seuls, toutes les préoccupations de ces élections. En effet, pour le parti Chega (« assez » en français), identifié à l'extrême droite, le défi est de confirmer le score probant des présidentielles, où celui-ci avait recueilli environ 11% des suffrages, une première. Son président, André Ventura (soutenu par Marine Le Pen aux dernières élections présidentielles), annonçait que « la carte politique portugaise ne sera plus jamais la même après ces élections ». Le parti veut s'affirmer comme un « grand » du sillage politique portugais. Il a notamment pour objectif de devenir une réelle alternative à la droite portugaise qu'il accuse « de s'endormir », et de devenir le vrai parti d'opposition au socialisme, un parti avec lequel les autres puissances politiques du pays devront, sans doute, apprendre à composer.          

Le Parti communiste portugais (PCP), qui fait alliance avec le Parti écologiste au sein de coalition démocratique unitaire (CDU), aura également son mot à dire. Son président, Jerónimo de Sousa, a déclaré que le PCP n'envisageait pas de coalitions post-électorales avec le PS. João Ferreira, candidat PCP à la mairie de Lisbonne, sans envisager de coalitions, a annoncé que son parti accepterait « des portefeuilles » distribués par le PS, ce qui devrait être envisageable si la CDU fait un bon score.


Quels enjeux à Lisbonne ?

Lisbonne est la capitale et la plus grande municipalité du pays. Elle fait donc face à ses propres enjeux pour ces élections municipales. Fernando Medina (PS) brigue un troisième et dernier mandat (le maximum est de 3) d'affilée et semble, selon les sondages, bien parti pour y parvenir. Son principal « opposant » est le candidat du PSD, Carlos Moedas. João Ferreira représente la CDU (PCP et parti écologiste) et Nuno Graciano représente Chega. Beatriz Gomes Diaz représente, elle, le Bloc de gauche (BE), qui a certains points de contacts avec le PS. Dans les principaux candidats à la mairie de Lisbonne, on peut également citer Bruno Horta Soares candidat de l'Initiativa Liberal et la candidate du PAN (personnes-animaux-nature en français), Manuela Gonzaga. Dans les différents débats télévisés, entre ces sept candidats ou bien uniquement entre les candidats PS et PSD (principales forces politiques du pays), de nombreux sujets sont revenus à plusieurs reprises :

- Un des points chauds est celui du logement. João Ferreira et Bruno Gomes Dias reprochent au maire socialiste de ne pas avoir fait assez en terme de développement des logements sociaux.

- Un autre point cristallisant les débats est celui du nouvel aéroport de Lisbonne. L´actuel étant trop réduit pour le nombre de vols qui arrivent à Lisbonne et aussi bien trop près des habitations, le débat sur un nouvel aéroport est à l'ordre du jour. Alcochete ou Montijo les candidats ne semblent pas avoir tranché ou trouvé de solution miracle, tant le sujet apparaît complexe et sensible.

- La mobilité apparaît aussi comme un sujet très important. Moedas a attaqué Medina en disant que Lisbonne avait l'un « des pires réseaux de transports d'Europe ». C'est ainsi que Medina annonce vouloir largement étendre le réseau de transports publics et se montre réticent quant à une augmentation des taxes à l'entrée de Lisbonne. Moedas propose lui, entre autres, des parkings dissuasifs à l'entrée de la ville et la gratuité des transports pour certaines catégories d'âges. João Ferreira lui a lancé sa campagne par une balade à Vélo à Lisbonne afin d'inciter à la création de davantage de pistes cyclables et mettre en valeur ce qu'il appelle « la mobilité en douceur », écologiquement durable. Il revendique également une limitation à 30km/h pour les véhicules motorisés dans certains quartiers. D'autres annonces, sur la réduction d'impôts comme l'IRS ou l'exonération de l'IMT pour les jeunes, ont également animé les échanges.


Un autre débat a opposé seulement les deux candidats du PS et du PSD. Celui-ci a notamment été marqué par quelques attaques personnelles. Moedas a rappelé le scandale des dissidents russes (pour rappel, la mairie de Lisbonne est accusée d'avoir transmis certaines données de manifestants russes soutenant Navalny, opposant à Vladimir Poutine, aux autorités de la Russie. Plus grave encore, ces dissidents avaient la double nationalité et sont donc aussi Portugais) et reproche à Medina son manque d'éthique et de transparence dans certaines affaires. Medina, lui, a attaqué le candidat du PSD le caractérisant de « caméléon » qui essaye de faire de la récupération politique sans s'intéresser aux réelles préoccupations des lisboètes.


Un candidat indépendant à Porto  

Si ces élections mobilisent de nombreux partis politiques, certains candidats concourent de manière indépendante, détaché, au moins sur le papier, des logiques partisanes. C'est notamment le cas de Rui Moreira, actuel maire de Porto, deuxième municipalité du pays, qui est candidat à sa propre réélection pour un troisième mandat. Les sondages actuels le place d'ailleurs largement en tête des intentions de vote, malgré le fait qu'il soit inculpé dans une affaire de malversation (affaire Selminho). C'est d'ailleurs ce qu'a souligné le candidat PSD de Porto, Vladimiro Feliz, en déclarant que les électeurs de Porto qui votent pour Moreira doivent savoir qu'ils votent peut-être pour le candidat numéro deux. Rui Moreira apparaît confiant dans cette affaire et se prépare déjà à continuer le travail qu'il effectue depuis 8 ans à Porto. Tiago Barbosa Ribeiro est le candidat du PS et Antonio Fonseca est le candidat de Chega. La ville de Porto est également sujet aux débats des logements sociaux et de la mobilité. Moreira entend y répondre en continuant à développer les transports en commun afin notamment de pousser à la « décarbonisation » qui pour lui ne peut plus être « une option ». Les autres candidats dénoncent également la qualité de l'air, qu'ils estiment préoccupante, et annoncent toute une série de mesures pour y remédier. La sécurité et l'éducation sont également des domaines sur lesquels Moreira prétend agir s'il est réélu.


Almada : PS ou CDU ?

Un autre enjeu important de ces élections est celui de la commune d'Almada. Après 3 mandats consécutifs à la tête de Setúbal, Maria das Dores Meira, représentante de la CDU, va tenter de reconquérir un ancien bastion communiste, Almada.  Depuis l'instauration de la démocratie, la commune d'Almada avait toujours été présidée par le Parti communiste, jusqu'en 2017, date à laquelle Inês de Medeiros (PS) a pris le relais. Ce sont 413 votes qui on fait la différence entre la gagnante et la perdante ! Tout l'enjeu est alors de savoir si le PCP sera capable de reprendre cette commune, par l'intermédiaire d'une femme bien connue dans le sillage politique du pays. La question du logement est cruciale à Almada. La candidate élue devra tenter d'y répondre.

 

Pour rappel, les ressortissants européens, et donc les Français, ont le droit de vote aux élections locales des pays membres de l'Union européenne. Ainsi, les Français résidents au Portugal, pourront voter aux élections municipales du 26 septembre (s'ils ont effectué les démarches nécessaires avant le 26 juillet dernier). Cette mesure permet aux ressortissants européens à la fois de se sentir concernés par la politique mise en place au niveau local et donc, par le biais de ce vote, de pouvoir l'influencer.

 

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