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Le labyrinthe et l'espace fragmenté de Maria Helena Vieira da Silva

Par Jill Bordellay | Publié le 08/02/2022 à 00:12 | Mis à jour le 08/02/2022 à 00:44
Photo : ©Wikiart
Maria Helena Vieira da Silva


L'artiste peintre portugaise Maria Helena Vieira da Silva qui a pris la nationalité française en 1956  nous entraîne dans ses œuvres picturales à la frontière entre la représentation et l'abstraction, créant des formes fragmentées, des espaces labyrinthiques qui jouent sur la perspective. Ces lignes convergentes d'un graphisme ténu sous-tendent des parois transparentes qui se systématisent en damiers.


Une artiste peintre à la carrière internationale

Reconnue internationalement, ayant reçu nombre de distinctions honorifiques, ses œuvres picturales sont exposées dans les plus grands musées du monde entier.  Maria Helena Vieira da Silva est considérée comme, la cheffe de fil du mouvement esthétique dit "paysagisme abstrait".

Son style pictural offre à voir des espaces géométriques combinant réseaux et mosaïques dans des compositions aux lignes fuyantes. Influencée par Fernand Léger (1881-1955) mais également par le travail de l'impressionniste Pierre Bonnard (1867-1947), et également par des oeuvres textiles et les azulejos originaires de la péninsule ibérique et, en particulier, du Portugal -petits carrés de céramique multicolore utilisés au Portugal pour la décoration intérieure et extérieure des maisons-.

 

Oeuvre de Maria Helena Vieira da silva
L´Oranger


Un parcours entre Paris, Lisbonne et le Brésil

Maria Helena Vieira da Silva est née le 6 mars 1908 à Lisbonne dans un milieu aisé. Son père, diplomate, meurt alors qu'elle est âgée de 2 ans. Elle sera éduquée par sa mère et sa tante, mais très tôt sera familiarisée avec l'art grâce à son grand-père, fondateur du plus important  journal lisboète : O Século.

Elle s'installe en France en 1928. Durant un temps, elle étudie les différentes techniques de la peinture à la Grande Chaumière. Mais bien qu'elle ait pratiqué la sculpture, la gravure et a créé des œuvres textiles ;  dès 1929 elle se consacre essentiellement à la peinture empreinte d'un style abstrait et géométrique.

Elle se marie avec l'artiste peintre d'origine hongroise Arpad Szenes en 1930. Vieira da Silva expose régulièrement ses toiles à Paris. Mais durant la seconde guerre mondiale, le couple part pour un bref séjour à Lisbonne puis au Brésil avant de rentrer à Paris.

Au début des années 50, elle fait la connaissance de Jeanne Bucher qui deviendra son premier marchand. A cette époque, elle a acquis une renommée internationale pour ses compositions denses et complexes notamment influencées par Paul Cézanne (1839-1906). Ses toiles présentent des formes fragmentées et une palette aux couleurs restreintes issue du cubisme et de l'art abstrait.

De nombreuses rétrospectives ont eu  lieu notamment à Paris où 87 œuvres ont été exposées de 1935 à 1969 au Musée national d'art moderne.

Maria Helena Vieira da Silva décède le 6 mars 1992, elle est enterrée au cimetière de Yèvre-le-Châtel.

Elle est la première femme à avoir reçu le grand prix international des arts du gouvernement français en 1966.
Ses œuvres sont  exposées  dans de grands  musées ou d'importantes collections comme celle de Guggenheim Museum à New York et du Centre Pompidou à Paris, de  la Tate Gallery à Londres, mais également à la Fondation Arpad Szenes à Lisbonne.

 

Bibliotheque_Maria Helena Vieira da Silva
©Bibliotheque - photo de Philippe Migeat-Centre Pompidou


 L´œuvre de Maria Helena Vieira da Silva

Avec la toile : La partie d'échecs (huile , 81x100 cm)  -1943 conservée au Musée national d'Art moderne- Centre Pompidou à Paris , l'artiste nous met en présence d'un damier où chaque carreau fuit, et  absorbe tous les personnages en couvrant tout l'horizon à l'infini. L'artiste joue avec l'échiquier comme elle joue avec celui qui est en face de son œuvre. De même, avec la toile intitulée : Bibliothèque (huile, 114,5x147,5cm) achetée par l'Etat français en 1951 ; Vieira da Silva associe le thème de la bibliothèque à ceux de l'atelier, de la forêt, de l'eau et surtout de la ville permettant  d'imaginer des espaces instables, sorte d'univers borgésien qui font penser à des visions délirantes, à des jeux de diagonales fractionnant l'espace et qui crée un sentiment de discontinuité et de vertige renforcé par la répétition d'une unité colorée.

La bibliothèque où les rayonnages convergent vers un espace imaginaire, -sans doute la dimension temporelle car les livres conservent la mémoire ou plutôt des lacis de mémoire-  ;  est la recherche éternelle de connaissances et d'absolu. Ainsi le travail  de l'artiste traite de lieux de passage, comme les ports, les carrefours, les rues, les gares, les portes et les fenêtres où rien ne commence et rien ne finit.


Le peintre Michel Seuphor écrira à propos de Vieira da Silva :

"Un espace sans dimensions, à la fois limité et illimité, une hallucinante mosaïque dont chaque élément est doué   e d'une puissance intérieure qui transcende aussitôt sa propre gangue".


Il va sans dire que l'œuvre de Maria Helena Vieira da Silva  nécessite plusieurs lectures, ce qui veut dire qu'elle n'a pas fini d'interroger les générations à venir.

 

A découvrir à Lisbonne à la Fondation Arpad Szenes, puis les murs de la station de métro Cidade Universitária affichent des panneaux en céramique (azulejos) dont Maria Helena Vieira da Silva est l´auteur (1988).

 

Jill Bordellay

Jill Bordellay

Critique d’art pour des revues d’art à Paris, docteur en philosophie et collaboratrice à l’encyclopédie Universalis, elle aussi écrit des essais et des nouvelles sur l’art et la relation entre les humains et les animaux.
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