Jeudi 29 juillet 2021

La canne à sucre : l´homme à la conquête du monde

Par André Laurins | Publié le 06/05/2021 à 23:35 | Mis à jour le 07/05/2021 à 00:15
La canne à sucre à Madère


Lepetitjournal propose à ses lecteurs de découvrir dans cet article les origines de la canne à sucre et son évolution jusqu' à nos jours. De produit médicinal par ses propriétés spécifiques en passant par la gourmandise pure pour les amoureux de sucre, voici son histoire. Venez en apprendre plus avec un spécialiste de  la botanique en participant à une visio-conférence le 8 mai à 16H30.

 

Son parcours d'Est en Ouest

Originaire de l'Asie du sud-est/Océanie, la plante (Saccharum officinarum) passa progressivement d'est en ouest du continent euro-asiatique pour se retrouver en Inde où Alexandre le Grand et ses troupes découvrirent « cette canne qui produit du miel sans l'aide des abeilles ». De l'Inde à la Perse, on aura maîtrisé sa transformation en pain de sucre, où les musulmans la connaîtront pendant leur expansion et l'introduiront depuis l'Egypte, la Sicile ou l'Andalousie, sans l'exploiter à grande échelle.

Au Portugal, elle fut aussi certainement introduite par eux avant la création du royaume et plus tard dans la région de Coimbra, selon l'œuvre de Gil Vicente, tout comme dans l'Algarve du temps de Dom João Ier , sans grand résultats. Cependant la canne à sucre va s'imposer aux Portugais quand ils arrivent sur l'île de Madère, défrichant la forêt ancestrale pour l'exploiter. Leur production va très vite dépassée celle de la Sicile et va devenir l'une des sources de financement des futures Grandes Découvertes portugaises. À São Tomé, ce sera surtout la transformation en sucre qui sera prioritaire, avant de pouvoir aller exploiter la plante dans les nouvelles terres du Brésil. Très vite la canne à sucre brésilienne va gagner une grande ampleur et s'associer intimement à la traite négrière pour fournir une main d'œuvre chaque fois plus importante.

Après sa diffusion par les Espagnols dans les Caraïbes, dès Christophe Colomb, et ses antécédents aux Canaries, la canne passera également dans le Pacifique, jusqu'à Hawaï, et aura fait ainsi le tour du monde.

 

La période coloniale

La canne à sucre va être parmi les premières plantes exploitées dans les possessions coloniales des puissances occidentales. Si les deux royaumes ibériques furent les premiers, ils furent vite rattrapés, à partir du XVIIº siècle, par les Hollandais qui vont devenir de sérieux concurrents. Ces derniers profiteront de la main mise du Portugal par la Couronne espagnole, à partir de 1580, pour s'emparer de São Tomé et de la partie du Brésil, la province du Pernambouc, grande productrice de la canne à sucre et de sa transformation, de 1630 à 1650. Après une longue reconquête des territoires perdus, les Portugais chassèrent les Hollandais du Brésil et  ceux qui les avaient accompagnés dans l'exploitation de la canne à sucre, ces derniers allant s'installer dans certaines îles des Caraïbes ou sur la côte est des futurs Etats Unis d'Amérique.

L'Angleterre s'imposera dans tous les domaines pour créer son vaste empire, à partir du XVIIIº siècle, maîtrisant aussi bien le commerce du sucre que le trafic d'esclaves noirs, essentiellement dans les Caraïbes, où il y aura cinq guerres entre elle et la France dans un jeu de pouvoir, qui perturbera l'exploitation et surtout la commercialisation du sucre, pleinement réalisable seulement pendant les périodes de paix entre les deux belligérants.

 

La demande de sucre en Europe

La demande ne fera que croître en Europe avec le sucre, qui va s'associer rapidement à la consommation chaque fois plus répandu de café, de thé ou de cacao, boissons dont l'accompagnement avec du sucre paraissait pour beaucoup indispensable. Ainsi, la consommation de sucre entre 1800 et 1890 augmentera de vingt fois, reflétant la plus forte consommation d'un produit alimentaire. Sur l'île de Saint-Domingue (futur Haïti), la production française avait été la première de toutes les nations, jusqu'à la révolte sanglante des esclaves, qui eut lieu en 1791, ce qui permettra aux producteurs brésiliens de redevenir, jusqu'à nos jours,  les plus importants fournisseurs de cette denrée si recherchée, mais aussi souvent accusée de tous les maux.

 

Le sucre bienfait ou fléau de l'humanité

Au cours des siècles et c´est toujours d'actualité, la polémique existe entre les défenseurs de ce produit, qui avait un usage médicinal à ses début et qui a fait les délices de générations de gourmands, et ses détracteurs qui y voient l'un des plus grands maux de l'humanité. On le juge ainsi par ses antécédents tragiques sur l'esclavage nécessaire pour sa production et les cas chaque fois plus nombreux de diabète, d'obésité ou de problèmes cardio-vasculaires lié à sa consommation excessive. Le sucre dans l'industrie agroalimentaire est omni présent, même dans des aliments salés, sous forme chimique ou naturelle, souvent raffiné, facilement assimilable par l'organisme humain, donc plus à même d'être nocif par abus.

 

Alternatives à la canne à sucre

Plusieurs végétaux sont naturellement très sucrés et certains permettent la fabrication de sucre et sirop. Des alternatives à la canne à sucre pour « adoucir » les mets et autres pâtisseries ; la betterave sucrière cultivée en France, dont Napoléon fit la promotion pendant le conflit qui l'opposa à l'Angleterre. Certaines plantes ont aussi  des propriétés édulcorantes, procurant une saveur sucrée très prononcée, alors qu'elles ne contiennent pas une seule molécule de saccharose. La plus connue est le stévia, originaire d'Amérique du Sud, dont le pouvoir sucrant est 300 fois supérieur à celui du saccharose. On trouve aussi certaines variétés de sorgho et de courges, qui ont ce pouvoir adoucissant. L'agave du Mexique avec lequel on fabrique le sirop d'agave, qui est un mélange de glucose et de fructose et aussi plusieurs espèces de palmiers (palmier dattier, palmier rônier, etc.). Enfin, le record est détenu par une plante sauvage d'Afrique de l'Ouest, le katemfe (Thaumatococcus daniellii), une molécule plusieurs milliers de fois plus sucrante que le saccharose, d'ailleurs utilisée par l'industrie alimentaire et pharmaceutique.

En savoir plus : Samedi 8 mai de 16h30 à 18h lors d´une vidéo-conférence proposée par André Laurins
Inscription : laurins.andre@gmail.com

 

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