El Champal : un espace pour les projets innovants et humains

Par Caroline ROHR | Publié le 16/08/2022 à 08:00 | Mis à jour le 16/08/2022 à 19:16
Photo : Avec 240 volontaires civiques et stagiaires depuis sa création, l’entreprise a mis en place des projets sociaux dans environ 25 communautés du Pérou. Crédit : El Champal
Champal projet social environnemental volontariat Perou

Du 21 au 23 septembre, El Champal, une entreprise de bénéfices et d’intérêt économique (BIC), participera à ExpoAlimentaria, un salon pour la création de nouvelles entreprises et l’échange de connaissances. L’objectif : présenter, avec une nouvelle technologie, la coquille Saint-Jacques la plus naturelle et durable qui soit.

 

Difficile de dissocier l’entreprise de son créateur. Yves Lequay est avant tout un facilitateur et un coordinateur aguerri. Au départ ingénieur en industrie alimentaire pour une grande entreprise, c’est un véritable chemin de vie qui l’amène à créer El Champal il y a sept ans et demie, au Pérou. De la rue de Buenos Aires, il ouvrira la porte de la chambre de commerce franco-argentine, puis passera plusieurs mois dans une communauté rurale où il entreprendra ses premiers projets sociaux. Le parcours d’Yves, c’est d’abord celui de la rencontre avec l’autre. 

Je me suis aperçu que ces multinationales sont responsables du désastre dans lequel on est. (…) Au bout de 20 ans jour pour jour, date symbolique, j’ai décidé de démissionner.

Calme et impassible, l’homme décline ses activités au gré des opportunités en lien avec son engagement pour la cause environnementale et sociale. Des projets éducatifs à l’écotourisme, en passant par l’agroalimentaire et le développement de technologies innovantes, les missions d’El Champal sont aussi nombreuses que variées. Car pour l’ancien ingénieur ce qui compte le plus, c’est d’avoir un « lieu d’articulation dans lequel, à partir de ce qu’une personne souhaite faire, elle peut trouver l’espace pour le développer ».

 

Pouvez-vous raconter brièvement la naissance d’El Champal ?

« J’ai rencontré Raphaël, mon compagnon, et j’ai déménagé à Chosica, près de Lima, pour vivre avec lui. L’opportunité de gérer un hôtel s’est présentée. C’est à partir de là que j’ai créé l’entreprise avec lui comme associé. J’ai eu l’idée de développer un négoce autour de notre hôtel-restaurant, chose que j’avais apprise en Argentine. Je voulais intégrer dès le départ deux éléments très importants. D’une part, l’objectif de pouvoir travailler avec des communautés. D’autre part, intégrer des volontaires et des stagiaires chargés soit de l’activité hôtel-restaurant soit de développer des projets sociaux. »

 

El Champal : un espace pour les projets innovants et humains
Crédit : El Champal

 

De quelle manière votre entreprise répond à cet objectif d’impact social ?

« L’idée depuis sa création, c’est de développer des activités commerciales qui sont elles-mêmes durables et qui en plus financent des projets avec des communautés. La caractéristique environnementale est toujours présente dans nos activités mais les projets que nous développons sont principalement faits pour accompagner les populations rurales dans leur développement. »

Le slogan de Champal : développement humain, intégral, durable et solidaire. (…) L’objectif est d'impliquer cette vision dans plusieurs domaines.

Quels projets avez-vous déjà concrétisés ?

« Le premier projet que nous avons démarré était d’enseigner le français aux enfants d’école primaire. Nous leur apprenions la langue sous forme de jeux et de danse. Cela permettait d’apporter de nouvelles méthodologies à l’éducation. (…) Plus tard, nous avons développé des activités de prévention de santé notamment buccale. Nous avons aussi mis en place des projets d’investigation en archéologie, en coordination avec les établissements scolaires. »

 

El Champal : un espace pour les projets innovants et humains
Président de l’association nationale des producteurs artisanaux de produits laitiers, Yves Lequay organisera l’an prochain le premier salon national du fromage avec le ministre de l’Agriculture. Crédit : Caroline Rohr

 

« Par ailleurs, je suis passionné par les fromages. Je souhaite que le Pérou soit aussi développé dans les produits laitiers qu’en France. On estime qu’il y a à peu près 10 000 producteurs artisanaux de produits laitiers au Pérou mais ils ne sont pas répertoriés et font face à des problèmes de mise aux normes. Il y a beaucoup de travail d’articulation et de coordination à faire notamment une table ronde avec le Premier ministre organisée pour développer la filière laitière au Pérou. Du fait de mon expérience professionnelle, nous allons faire un travail d’accompagnement et d’échange de connaissances. La tâche est énorme mais passionnante et complètement cohérente avec les objectifs de l’entreprise. »

 

Vous vivez principalement du tourisme. Quelle est la vision d’El Champal dans ce domaine ?

« Notre vision, c’est lorsque l’on reçoit des visiteurs pour manger et dormir, nous proposons des produits sains locaux le plus possible. Œufs, miel, viande, fromage… Tout ce que nous pouvons offrir dans l’assiette vient à 85% de petits producteurs locaux.  Nous avons aussi développé des projets pour mettre en valeur les artistes de Lima mais aussi toutes les activités concernant des visites de sites naturels et culturels. Leur particularité : la prise en charge et la découverte de ces lieux sont organisés en relation directe avec les populations locales. »

 

Votre dernier axe d’action au sein de l’entreprise porte sur le stage et le volontariat. Quels sont les changements prévus dans ce domaine d’activités ?

« J’ai réorienté les stages depuis le début de la pandémie sur des périodes plus longues.  C’est un projet très intéressant pour les stagiaires car cela leur permet de connaître le Pérou de manière plus intégrale. Je les ai missionnés dans des communautés pour apporter leurs compétences et apprendre, cela dans des contextes productifs très différents : sur la côte, l’Amazonie et le Sud du pays.

A côté des missions de conseil, de tourisme, de solutions innovatrices et de projets sociaux, nous avons l’intention de créer un cinquième pilier uniquement dédié à la gestion des volontariats et du stage. Avec deux emplois ici et sans doute deux en France, ce sera une activité non-lucrative. »

Champal vient de champa en quechua. C’est le pâturage mais c’est aussi l’herbe qui pousse au milieu des canaux, des lacs. En espagnol, cela signifie zone verte. Lorsque j’ai appris cela, je l’ai tout de suite associé à l’idée du développement que j’avais de l’entreprise.

Vous allez présenter au salon de l’ExpoAlimentaria un projet innovant : la biophotonique. En quoi cela consiste-t-elle ?

« Il y a trois ans, un peu avant la pandémie, j'ai rencontré Ivaneth Silva, spécialiste en biophotonique. Elle m’a présenté ce projet et moi qui ai beaucoup travaillé dans la gestion et la qualité de l’eau, j'y ai vu un intérêt énorme. La fonction de cette plaque est de capter les photons de la lumière solaire ou artificielle. Elle transforme la vibration du photon en vibration infrarouge. Avec cela, nous pouvons modifier les paramètres de l’eau ou des fluides que nous voulons traiter, comme le pH et la conductivité. Nous pouvons précipiter des particules et séparer les métaux lourds. Au niveau microbien, ce système permet de bloquer le développement des bactéries ou virus pathogènes ou d’altération. Et c’est aussi simple que ça : il suffit de mettre la plaque dans un canal ou un réservoir et cela purifie l’eau, de l’installer dans une salle où nous traitons des aliments et cela maintient l'innocuité. C’est vraiment impressionnant. »

 

El Champal : un espace pour les projets innovants et humains
La biophotonique se présente sous la forme d’un papier imprimé en 3D avec des particules de nanotechnologiques : les points verts, noirs et rouges. Crédit: El Champal

 

Avec seulement deux salariés et un faible capital, comment avez-vous financé ce projet ?

« Avec la pandémie, tout a été bloqué. Mais durant ces deux années, nous avons consolidé l’entreprise. Nous avons postulé à des programmes de financement de l’Etat pour l’innovation. C’est à ce moment que nous avons pu mettre en place la certification ISO avec les trois normes. Pour finir, nous avons gagné avec un client un concours d’innovation qui lui a permis de valider la technologie biophotonique dans une usine de coquilles Saint-Jacques au Nord du Pérou. Nous sommes le premier pays du monde à développer la biophotonique commercialement. »

« Une des grosses difficultés au-delà de la pandémie, c’est la crise générale que connaît le Pérou. Sans compter la culture péruvienne qui peut se montrer très fermée à la science avec une absence de confiance dans l’innovation. Cela nous oblige à démontrer à nouveau tout le travail que nous avons fait. »

En 18 ans, il y a plus de 20 000 études qui ont confirmé l’efficacité de ce procédé. 

Quel est l'intérêt d’introduire la blockchain dans ce modèle d’entreprise ?

« C’est un système de traçabilité complètement indépendant. Une fois l’entrée des informations faite, personne ne peut intervenir. Ce qui n’est pas le cas en particulier ici au Pérou. Avec le système de blockchain, les producteur.ices sont beaucoup mieux payé.es sur la matière première qu’il.elles produisent. Dans le cas de la production de noix de Saint-Jacques, toute une première étape est faite exclusivement par des femmes, du processus de lavage de la coquille à l’ouverture et au traitement de la chair. »

« Notre projet, c’est d’appuyer les femmes qui travaillent au niveau initial de la chaîne avec un système de tokenisation. C’est un système de paiement en cryptomonnaie relié au travail fait. En général, elles sont payées en soles à la fin du mois, mais c’est souvent le mari qui utilise cet argent. L’idée c’est que la femme puisse acheter des produits dans des magasins dédiés à l’alimentation ou à la santé avec cette cryptomonnaie. Le principal objectif est lié au développement de la famille. »

 

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caroline rohr journaliste

Caroline ROHR

Diplômée d'un master en Droit public, je suis passionnée par l'environnement et les problématiques sociétales. Étudiante à l'Ecole de Journalisme de Nice (EDJ), je suis actuellement stagiaire chez Le Petit Journal de Lima.
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