

L'Entraide, une association francophone basée au Cap a lancé un sondage auprès de la communauté française pour mieux la connaître. L'occasion de découvrir qui sont les français qui viennent au Cap et pourquoi ils s'y installent. Décryptage des résultats avec Stéphane Kacédan, le président de l'association.
Lepetitjournal.com : Quel est le principal enseignement de votre questionnaire ?
Stéphane Kacédan : C'est que les Français qui viennent s'installer ici restent longtemps ! Ce ne sont pas des expatriés de passage, mais bien des personnes qui choisissent Le Cap pour s'y établir à long terme. D'après notre étude, la période médiane de résidence au Cap est de 8 ans, ce qui veut dire que plus de la moitié des Français établis ici sont installés depuis plus longtemps que ça.
Un ancrage au Cap confirmé par le fait que plus d'un foyer français sur 2 est propriétaire de sa résidence ici. C'est bien la preuve que les gens se projettent à long terme.
Que font les Français installés au Cap ? 
Là encore, nous avons pu découvrir que contrairement aux idées reçus, il y a peu d'expatriés au sens strict du terme. Il ne sont que 12% à travailler pour des entreprises françaises. Près d'un Français sur 2 travaille pour une entreprise sud-africaine et 23% sont des entrepreneurs ou des travailleurs indépendants. C'est très révélateur. Les français arrivent souvent avec un projet et investissent pour s'établir ici.
On a également découvert que le revenu moyen des français installés au Cap est exactement le même que le revenu moyen des français en France. Mais quand on sait qu'ici, les français doivent payer plus d'impôts, des frais de scolarité, des frais médicaux et souvent des frais pour sécuriser leurs habitations, on se dit que leur niveau de vie en prend un coup.

En quoi cet ancrage des Français au Cap est-il intéressant ?
C'est important parce que les mentalités des gens qui viennent à long terme sont différentes et leurs comportements aussi. Ils viennent un peu comme des pionniers. Ils investissent et coupent souvent leur lien avec la France. Ainsi, on constate que seuls un tiers des enfants français sont scolarisés en école française. Les autres choisissent le système sud-africain.
On a aussi remarqué que certains français renonçaient à leurs "acquis" sociaux, ce qui peut être inquiétant. 68% des interrogés ne cotisent à aucune retraite et 14% n'ont aucune couverture médicale.
C'est un axe important de travail pour l'Entraide car l'association vise à venir en aide aux français en difficulté. Grâce à ces résultats, on va pouvoir essayer de faire plus de prévention pour éviter d'en arriver à des situations parfois très difficiles. Il faut qu'on renseigne plus les Français sur les couvertures médicales existantes, notamment la CFE que 33% des sondés disent ne pas connaitre. Il faut également leur parler de leur retraite.
Comment a été réalisé ce sondage ?

Ensuite, c'est la démographe qui a compilé les résultats. Elle travaille maintenant avec une de ses étudiantes pour faire une comparaison entre les français du Cap, les habitants du Cap et les français de France.
A quoi va servir ce sondage ?
Comme je l'ai déjà expliqué, il nous permet de travailler sur la prévention en ciblant mieux nos actions. Mais il nous permet aussi d'aller demander des subventions aux députés ou aux sénateurs avec des arguments sérieux. Certains pensent que les français établis hors de France sont des exilés fiscaux ou des expatriés très bien payés par leur entreprise. On se rend compte que ce n'est pas du tout le cas ici au Cap.
Quelles sont les missions de l'entraide ?
Notre association a plusieurs objectifs. D'abord, nous faisons de l'accueil des nouveaux arrivants. Nous les aidons en leur donnant des informations sur les quartiers où habiter, comment obtenir un work permit, où s'inscrire à l'école? ce genre de chose.
Nous avons également mis en place un groupe sur Facebook destiné aux stagiaires : les jeunes Français du Cap. Ce groupe marche très bien avec plus de 700 membres qui cherchent des informations pour les logements, les moyens de transport, mais qui se donnent aussi des rendez vous pour des événements.
Enfin, notre dernière mission consiste à aider les Français en difficulté. On n'imagine pas à quel point certains peuvent se trouver démunis ici. Ils ne savent pas vers qui se tourner. Ils pensent que l'Afrique du Sud ne les aidera pas et que la France ne peut plus les prendre en charge. Avec eux, on cherche des solutions pérennes et on parvient parfois à obtenir de l'aide d'un pays ou de l'autre, mais ce sont des démarches complexes.
Au board de l'association, nous sommes 10 pour gérer ces cas parfois très lourds. Nous avons un médecin et un psychologue parmi nous pour nous conseiller.
Nous pouvons également avancer les frais médicaux des adhérents de la CFE qui n'ont parfois pas les moyens de le faire.
Ce travail peut s'avérer difficile et il est nécessaire que lus de français adhèrent à l'association, par cohésion avec leurs compatriotes. Nous allons organiser une assemblée générale le 16 avril prochain et nous souhaitons y voir le maximum de monde pour sensibiliser les gens à notre action, mais aussi parler de l'avenir. Nous souhaitons par exemple dissocier le social et le travail d'accueil pur en créant dès septembre 2014 un "Le Cap accueil" comme il en existe déjà un à Johannesbourg.
Marie Dumoulin (www.lepetitjournal.com/lecap.html) vendredi 14 mars 2014


























