

17 ans après les faits, le tribunal correctionnel de Paris accueille depuis hier le procès dit des "faux électeurs". Des proches de Chirac comparaissent pour une fraude électorale présumée dans le IIIe arrondissement de la capitale
Jacques Dominati, ancien maire du IIIe et proche du président de la République, risque un an de prison et 15.000 euros d'amende (Photo : AFP)
Le tribunal correctionnel de Paris accueille depuis hier, et ce jusqu'à fin octobre, le procès des "faux électeurs" du IIIe arrondissement de la capitale. 15 personnes, élus ou fonctionnaires, comparaissent pour une présumée fraude électorale orchestrée lors des élections municipales de 1989, puis de 1995.
Parmi les principaux accusés, Jacques Dominati (79 ans), ex-maire UDF du IIIe arrondissement et ancien adjoint de Jacques Chirac lorsqu'il occupait l'hôtel de ville de Paris ; également les deux fils Dominati, Philippe (52 ans) et Laurent, (46 ans), respectivement sénateur UMP et conseiller de la capitale. Comme leurs 12 co-prévenus, ils risquent jusqu'à un an de prison, 15.000 euros d'amende et l'inéligibilité. Tous ont décidé de plaider non coupable aux accusations de "manoeuvres frauduleuses de nature à porter atteinte à la sincérité d'un scrutin" ou "infraction à la loi Informatique et liberté".
Le pot aux roses découvert par la succession socialiste
En préparation des municipales de mars 1989, 327 personnes auraient été inscrites sur les listes électorales du IIIe alors qu'elles n'habitaient pas vraiment dans l'arrondissement. 266 de ces "faux électeurs" étaient allés voter. La majorité UDF-RPR avait alors conservé le IIIe, mais par seulement 20 voix d'avance. C'est lors de leur arrivée à la mairie du IIIe, en 1995, que le socialiste Pierre Aidenbaum ? réélu en 2001 ? et son équipe découvrent le pot aux roses, grâce à des dossiers abandonnés sur place.
Jacques Dominati a, lui, déclaré hier : "J'avais exactement 2.300 voix d'avance. Il y a un certain nombre de choses qui j'espère, vont apparaître". Laurent Dominati affirme qu'on cherche juste à lui "nuire politiquement".
"Le vrai responsable, c'est Jacques Chirac. Nous avions des consignes"
Pour l'actuelle majorité parisienne PS-Verts, qui a décidé de se porter partie civile dans ce procès, il manque sur le banc des accusés celui qui serait derrière toute l'affaire : le chef de l'Etat. Après une douloureuse défaite face à François Mitterrand en 1988, celui-ci aurait ?uvré ? avec succès d'ailleurs ? pour gagner un an plus tard dans les 20 arrondissements de Paris, à n'importe quel prix.
Un moulin auquel Gérard Merle, ancien militant RPR et aujourd'hui témoin à charge, a apporté de l'eau hier avec cette sortie destinée à la presse : "Le vrai responsable, c'est Jacques Chirac. Nous avions des consignes pour 'faire du monde', qui venaient du président du RPR. Il fallait bien que le clan Dominati soit dans la manche du système pour arriver à faire le grand chelem".
Ils sont nombreux à penser que le cas du IIIe arrondissement est l'arbre qui cache la forêt puisque dans les XIe, XIIIe, XIXe et XXe, des centaines d'inscriptions douteuses n'ont jamais été examinées par les juges. Dans le Ve arrondissement de Jean et Xavière Tiberi, une affaire faisant état de 3.300 inscriptions illégales est en cours d'instruction depuis 1997.
Camille VAYSSETTES. (www.lepetitjournal.com) 12 septembre 2006
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Marianne, Exclusif : Faux électeurs de Paris
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