« Une punition sévère est inévitable », écrivent les juges de Daejeon. Pour la première fois, un tribunal reconnaît que seize femmes ont été conditionnées à voir en lui le Christ de retour. La peine dépasse le réquisitoire.


Jung Myung-Seok, un pasteur coréen condamné pour violences sexuelles
Jung Myung-Seok purge déjà dix-sept ans de prison. Lundi, le tribunal du district de Daejeon, dans le centre du pays, y ajoute trente-trois ans. À 81 ans, le fondateur de la Christian Gospel Mission (JMS) est reconnu coupable de violences sexuelles sur seize fidèles.
Un verdict plus lourd que le réquisitoire
Le parquet avait demandé 27 ans en septembre. Les juges vont six ans plus loin. Ils ordonnent aussi quinze ans de bracelet électronique. Jung se voit interdire pendant dix ans de travailler auprès d’enfants, d’adolescents ou de personnes handicapées. Ses données personnelles seront rendues publiques.
La condamnation reste une décision de première instance. Un appel est possible. Si les deux peines sont confirmées et purgées l’une après l’autre, Jung Myung-Seok dépasse largement les cent ans à sa sortie.
Un « Messie » et seize victimes
Les faits se déroulent de 2018 à 2022. Le principal théâtre est le centre de formation de Wolmyeongdong, à Geumsan, dans le Chungcheong du Sud. Le parquet recense environ quatre-vingts viols ou agressions.
Le tribunal retient notamment le chef de « quasi-viol », qui s’applique quand la victime ne peut pas résister. Les juges estiment que les femmes sont dans un état d’« incapacité psychologique de résister ». Elles ont appris à le vénérer comme un dieu et à lui obéir sans condition.
Les seize victimes décrivent les lieux et les faits avec précision et cohérence. Les juges jugent leurs récits crédibles. Le parquet reproche aussi à Jung d’avoir forcé des victimes à signer un engagement de ne pas porter plainte. Il l’accuse d’avoir ensuite accusé les plaignantes de mentir ou d’agir par intérêt.
Un accusé qui nie tout
Jung Myung-Seok conteste l’ensemble des faits. Il affirme n’avoir eu aucun contact physique avec les plaignantes. Selon lui, aucune ne se trouvait en état de sujétion. Le tribunal rejette cette ligne.
Il acquitte toutefois l’accusé de certaines agressions, faute de preuves suffisantes. Le procès dure plus de deux ans. Les premières poursuites remontent à mai 2024.
Le numéro deux et les cadres condamnés
Kim Ji-sun, alias Jeong Jo-eun, 48 ans, est considérée comme la numéro deux de la JMS. Elle écope de sept ans de prison pour avoir participé aux faits.
Trois autres cadres sont condamnés. Les peines vont de trois ans ferme à un an avec sursis de deux ans. Un responsable des fidèles est relaxé.
Jung Myung-Seok, un pasteur récidiviste
Jung est déjà tombé pour des faits similaires. Condamné à dix ans de prison pour des violences sexuelles sur des fidèles, il est libéré en février 2018. Les agressions reprennent peu après.
Deux victimes, une Hongkongaise et une Australienne, connues sous les prénoms Maple et Amy, rendent l’affaire publique. Leurs plaintes entraînent une première condamnation à 23 ans en décembre 2023. La cour d’appel la ramène à 17 ans en octobre 2024. La Cour suprême la confirme en janvier 2025.
Les plaintes se multiplient ensuite. Le parquet ouvre des procédures distinctes. Celle de lundi en est le deuxième volet.
Plus tôt en octobre, un tribunal civil ordonne à Jung Myung-Seok de verser 370 millions de wons (environ 248 000 euros) à trois femmes.
Un groupe religieux sous les projecteurs
La JMS naît dans les années 1980. Son siège est installé à Wolmyeongdong. Le groupe est largement décrit comme une secte.
La série Netflix In the Name of God: A Holy Betrayal ("Je suis Dieu" en coréen), sortie en mars 2023, met la JMS sous les projecteurs du monde entier. D’anciennes fidèles y témoignent.
Kim Do-hyung, professeur à l’université Dankook et figure du mouvement anti-JMS, prévoyait déjà en décembre 2023 une peine totale de plus de cinquante ans en cas de nouvelle condamnation. Lundi, le calcul se vérifie.
Les juges de Daejeon posent un principe : l’obéissance absolue imposée à des fidèles peut annuler leur capacité de dire non.
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