Rencontre avec le sénateur Damien Regnard en visite en Indonésie

Par Valerie Pivon & Marie Pinot Liebert | Publié le 22/01/2023 à 19:30 | Mis à jour le 23/01/2023 à 04:42
Photo : Damien Regnard en visite au Lycée Français de Jakarta
Damien Regnard Senateur Indonesie

Le Sénateur des Français de l’étranger, Damien Regnard (LR) termine sa visite de six jours en Indonésie. Il est allé à la rencontre des institutions indonésiennes, des entrepreneurs et de la communauté française établie à Jakarta et Bali. Entre deux rendez-vous, il a accordé une interview à lepetitjournal.com Jakarta.

 

Pouvez-vous nous faire un premier bilan de votre séjour à Jakarta ?

C’est la première fois que je viens à Jakarta. J’avais la volonté de venir en Indonésie depuis longtemps, mais la pandémie a retardé ma venue. Cette visite s’inscrit plus globalement dans une tournée au sein de la zone Asie, notamment après les Philippines et le Cambodge. Je passe 3 jours à Jakarta puis 3 jours à Bali.

Chacune de mes visites a quatre objectifs, tout d’abord l’éducation et le rayonnement culturel. J’ai rencontré le proviseur, le directeur et les parents d'élèves du lycée de Jakarta. J’ai également rencontré les personnes en charge de l’Institut Français. Dans le domaine l’économique, j’ai échangé avec les conseillers du commerce extérieur et les services économiques de l’ambassade. Autre point important, la diplomatie parlementaire, ce qui implique des rencontres avec les membres du gouvernement et des élus des pays que nous visitons. Je suis allé rencontrer la présidente du groupe d’amitié Indonésie/France. Nous avons pu échanger sur de nombreux points comme les investissements français en Indonésie, les problèmes administratifs, l’accueil de plus de 500 étudiants en France, les contrats de défense. Et la coopération et la défense, j’ai fait un point avec notre attaché de défense et des industriels du secteur.

Grâce au travail de l’ambassade, mon séjour coche toutes les cases, en un temps contraint, j'ai pu rencontrer de nombreux intervenants.

 

J’aime aussi faire des visites plus informelles, comme par exemple me rendre dans un supermarché pour voir le coût de la vie, les marques présentes… je suis expatrié depuis 26 ans aux États-Unis, j’ai acquis ces réflexes qui me permettent de mieux comprendre un pays.

 

L’Indonésie reste un pays méconnu en France, il est vrai que récemment plusieurs visites ministérielles ont permis d’améliorer les contacts. Le récent G20 à Bali a mis en lumière le pays

 

 

Vous allez à Bali rencontrer notre nouveau Consul honoraire et des représentants de la communauté française. Plus de 2.000 français inscrits vivent à Bali, 250.000 touristes par an et nous n’avons qu’un Consulat honoraire. Avoir un représentant du Consulat général sur place et des moyens financiers seraient une nécessité. Qu’en pensez-vous ?

Il est évident qu'avec des chiffres pareils, une représentation minimum devrait être assurée et qu’une section consulaire serait nécessaire. Je suis moi-même Français établis hors de France et je connais les inconvénients des tournées. Les conditions requises en Indonésie ne permettent pas au Consul honoraire de faire certains documents. Avoir une personne détachée de l’ambassade faciliterait grandement le travail du Consulat.

Dans un pays aux risques de catastrophes naturelles importants, je pense qu’une section consulaire devrait être envisagée avant que nous rencontrions une crise, le nombre de résidents et de touristes est énorme. Pour peser vis-à-vis de l’administration et de ses contraintes financières, il faudrait peut-être faire un travail de chiffrage des frais de déplacements de deux personnes en y ajoutant le facteur risque également. Je l'étudierai lors de mon déplacement à Bali, mais il serait logique que nous ayons des renforts officiels. Il est important de préserver notre Consul honoraire, qui, rappelons-le, est volontaire.

Maintenant, je vois ce qui se passe au sein du Ministère des Affaires étrangères et la tendance est plutôt à la fermeture des postes.

 

Votre rôle est de défendre les intérêts des Français de l’étranger. Malheureusement, en France, ceux-ci sont toujours perçus comme des exilés fiscaux ou des privilégiés auprès de nos représentations (Assemblée Nationale, Sénat). Comment faire pour changer les idées reçues et montrer l’importance de ces 2 millions de Français répartis sur la planète ?

Pour changer la perception des Français à l’étranger, vous, Lepetitjournal.com, faites partie des vecteurs. Je pense notamment aux trophées que vous organisez dans chaque région pour mettre en avant des initiatives des français sur place : profils humanitaires, entrepreneurs…

En période de crise, on aime bien avoir des boucs émissaires et les Français de l’étranger en font partie, car ils sont vus comme des privilégiés qui coûtent cher et qui ne rapportent rien. Or, ils ne bénéficient d'aucune aide sociale autre que les minimas qui sont destinés aux personnes dans des situations difficiles. La seule véritable aide sociale qui représente une enveloppe un peu conséquente est la bourse scolaire. Toutefois, les conditions pour y accéder sont devenues draconiennes.

Les véritables exilés fiscaux parmi les Français de l’étranger sont peu importants. Néanmoins, la France devrait aussi se poser des questions sur ces exilés fiscaux : pourquoi ils s’en vont et comment les récupérer? Le français exilé fiscal n'est pas une réalité et je n’en ai jamais croisé. Dans mes interventions, je me bats contre ces stéréotypes.

J’ai rencontré, dans la cadre de mon mandat de sénateur, des gens qui travaillent bien plus que 35h par semaine, qui prennent des risques considérables, professionnels, mais aussi personnels et familiaux. Je vois des femmes de ménage, des ambulanciers, des infirmières, des chauffeurs de taxi, des artisans, des professions libérales, des industriels, des personnes qui travaillent dans l’humanitaire et dans des ONG… Ils participent au rayonnement de la France à l’étranger.

 

Le retour en France pour nos compatriotes est semé d'embûches: école, recherche de logements, caution pour étudiants, ouverture compte en banque, ...

Le retour est un défi en soi, beaucoup ont l’impression d’être un étranger dans leur propre pays. Vous passez par une période de réadaptation ; tout a changé, vous découvrez un pays que vous ne connaissez plus et on vous explique bien souvent que vous êtes des privilégiés.

Pour moi, la solution est de changer notre représentation au niveau du gouvernement. Actuellement, le secrétaire d'État chargé des Français de l'étranger rapporte au ministère des Affaires étrangères. Or certaines choses dépendent du ministère de l'Intérieur comme les élections, passeport, documents... Ces deux ministères ne communiquent pas assez entre eux. Il faut arriver à un système où le secrétaire d'État soit en ligne directe avec le premier ministre pour pouvoir faire de l'interministériel, cela serait plus efficace.

 

Nous avons un réel problème de représentation. Rien n’est fait pour faciliter le retour, tout est fait pour pousser les gens à partir.

 

Par exemple, lorsque vous avez une expérience en tant qu’enseignant, scientifique, chercheur… rien n'est fait pour valoriser votre parcours et encourager votre retour. Pourtant, les Français restent attachés à leur pays et ils y reviennent régulièrement voir leurs familles, amis…

Nous devrions avoir un numéro, une “hotline”, qui permettent de centraliser l'ensemble des démarches.

 

Un sujet très important pour les Français de l’étranger hors Union Européenne est la différence de fiscalité (CSG CRDS) avec les Français établis en Europe et le sujet de la résidence de repli. Rien n’avance dans ce domaine.

Effectivement, cette différence de la fiscalité est totalement aberrante et injuste pour les Français établis hors Europe. Aux USA, on s’est battus contre la convention fiscale, car on était doublement imposés.

Pour la CSG, la différenciation entre les résidents européens et hors Europe est discriminatoire et c'est une injustice. La France a été condamnée au niveau européen parce que nous avons trouvé des vecteurs juridiques qui le permettent.

Sur le plan politique, on peut voter la suppression CSG-CRDS, mais les chances de voir aboutir ces amendements sont proches de zéro, il faut encore de nombreux combats et tant que nous n'avons pas trouvé un vecteur pour faire condamner le gouvernement, je ne vois pas d'issue.

À cause de cette fiscalité punitive, les Français n'investissent plus en France, aujourd'hui être propriétaire d'un appartement que vous louez est pénalisant. Il en est de même pour les droits de succession. C’est une problématique qui touche aujourd'hui de nombreux pays.

 

En ce qui concerne la résidence de replis, il est normal de concevoir que des Français puissent garder une résidence qui leur permette de rentrer en cas de pépin. Ça n’est pas forcément le retour d’un pays en guerre, il peut s’agir d’un accident économique, d’une pandémie, d’un problème de santé ou familial. Il serait logique d’avoir une fiscalité plus favorable.

 

Les Français de l’étranger ne demandent pas de faveur, ils veulent juste être traités de la même façon que les Francais de l'hexagone, donc leur demande est légitime.

 

Mais il faut trouver le bon angle, car il est difficile pour l’administration de traiter différemment un Français établi hors de France d’un investisseur étranger en France. Cela deviendrait de la discrimination fiscale.

Je préconise de commencer par des mesures simples. Par exemple, pouvoir, au même titre que les Français, bénéficier d’avantages fiscaux comme pour les travaux de rénovation qui permettent à un logement d’être moins énergivore et d’éviter d'avoir des appartements au sein d'immeubles qui soient des passoires thermiques.

 

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